dimanche 3 janvier 2010

Les meilleurs parfums de 2009 (selon moi) et un regard sur l’année passée



2009 a-t-il été une bonne année en parfumerie ? À en juger par le nombre de flacons apparus sur ma coiffeuse, on le dirait. Je suis tombée amoureuse plus d’une fois et j’ai été soufflée assez souvent pour affirmer que non seulement je ne me suis pas blasée, mais que plus je pénètre les arcanes de la composition, plus elles me passionnent…

En 2009, un parfumeur a, pour la première fois, avoué quasi-officiellement que l’un de ses parfums avait été reformulé (plutôt que « réorchestré » ou « modernisé ») : c’était Serge Lutens, dans un commentaire adressé au blog de l’historienne du parfum Elisabeth de Feydeau, lors du relancement de Féminité du Bois sous son propre label.

2009 est aussi, incidemment, l’année où l’instance (auto)réglementaire de l’industrie du parfum, l’IFRA , a fait machine arrière en suspendant les restrictions projetées sur l’usage de la vanilline à la suite des protestations outrées de ses membres (on imagine mal ce que serait la parfumerie actuelle sans des doses massives de ce matériau si flatteur aux goûts contemporains.)

2009 est aussi l’année où deux parfumeurs réputés se sont affranchis des grands labos pour lancer leurs propres sociétés : Christophe Laudamiel a quitté IFF pour fonder Aeosphere, une société « fragrance media » qui ne s’en tiendra pas à produire des parfums à porter, puisque son acte de naissance a été Green Aria, un « opéra olfactif » dont les personnages sont des compositions parfumées.

Quant à Francis Kurkdjian, sa maison éponyme propose un concept bien ficelé où à chacun des parfums à porter (trois à partager, deux déclinés en masculin-féminin) correspondent un parfum d’ambiance, une bougie, du papier à brûler, un bracelet empreint de l’odeur en question et, dans le cas d’Aqua Universalis, une lessive – la première à être signée par un auteur de parfumerie fine. Bien que les compositions se cantonnent à des registres déjà explorés par Francis K., le seul fait que le nom d’un parfumeur soit jugé digne d’investissement reflète une mutation dans cette industrie, qui est le fruit, notamment, de l’attention soutenue portée par la blogosphère parfumée aux auteurs.

2009 est aussi l’année où la parfumerie fine s’est affranchie de son support-peau grâce à Frédéric Malle, qui a sollicité à certaines des stars de la profession (Dominique Ropion, Carlos Benaïm et Sophia Grojsman) des parfums d’ambiance réalisées selon les mêmes exigences que les parfums à porter. Deux systèmes de diffusion originaux, la « Fleur Mécanique » qui projette la fragrance en continu, et le « Rubber Incense » une sorte de « tapis-souris » imprégné de parfum, se sont ajoutés aux traditionnelles bougies. Entre les centaines de lancements annuels et des restrictions croissantes sur le port du parfum dans les lieux de travail (notamment aux USA et au Canada), le marché du parfum à porter semble avoir atteint la saturation alors que celui du parfum d’ambiance reste encore à développer, et il est très probable que les années à venir marqueront l’apparition de propositions de plus en plus variées et d’une qualité accrue.

En 2009, deux maisons de joaillerie ont lancé des collections « exclusives ». Leur prix, leur diffusion limitée, le sentiment que ces maisons ne faisaient que suivre le mouvement des Guerlain, Chanel et autres Armani, sans compter un grand moment de lassitude à l’idée de devoir découvrir en simultané des offres multiples, ont suscité cris et lamentations chez certains amoureux du parfum – qui ont pourtant tendu leurs poignets et écarquillé les narines…

La « Collection Extraordinaire » de Van Cleef & Arpels comprend six parfums signés par six parfumeurs différents : bien qu’aucun ne soit révolutionnaire, et que l’un d’entre eux soit curieusement déséquilibré (Lys Carmin, pourtant parti d’une bonne idée, celle d’un lys épicé), deux d’entre eux ont recueilli les suffrages, Bois d’iris et Gardénia Pétales.

“Les Heures de Parfum” de Cartier marquait le retour très attendu de la rebelle Mathilde Laurent, dont le travail chez Guerlain avait suscité de grands espoirs mais qu’on n’avait entraperçue ces dernières années qu’avec Ensoleille-moi de Gas Bijoux et Roadster de Cartier : elle se consacrait à la composition de parfums sur mesure pour les clients du grand joaillier. Et, manifestement, à l’invention d’une grammaire si personnelle qu’il faudra sans doute un certain temps pour l’apprécier pleinement. Je suis convaincue que sa voix – et sa patte – compteront beaucoup dans les années à venir.

Une autre voix découverte en 2009 nous est arrivée de la lointaine Nouvelle-Calédonie, en passant par la Suisse : avec son Manoumalia pour LesNez, Sandrine Videault a peut-être inventé à elle seule un nouveau genre que l’on pourrait appeler – bien que ce soit réducteur – la parfumerie ethnographique en traduisant les rituels odorants de l’île de Wallis dans le langage de la haute parfumerie française. Ce qui n’a rien d’étonnant, puisque Sandrine a fait ses classes chez le grand Edmond Roudnitska. J’attends avec impatience qu’elle nous propose de nouvelles explorations olfactives.

En 2009, l’oud s’est définitivement posé en successeur du patchouli, notamment pour séduire la clientèle moyen-orientale folle de parfums et pas encore tout à fait fauchée. By Killian en a proposé une interprétation magnifiquement veloutée (mais d’un prix assez dissuasif) signée Calice Becker, Pure Oud. Quant à Bertrand Duchaufour, son Al Oudh magnifiquement bestial pour L’Artisan Parfumeur a fait poussé des hauts cris au public américain cuminophobe, mais apparemment, il se vend si bien au grand magasin du Louvre qu’il frôle la rupture de stock.

2009 est également l’année où la vanille s’est enfin libérée du rayon pâtisserie et de son registre gourmand trop simpliste, subvertie par deux des parfumeurs les plus intelligents de la décennie. Avec sa remarquable Vanille Galante, Jean-Claude Ellena a métamorphosé la gousse en hybride orchidée/lys/ylang, puis l’a étirée jusqu’à ce qu’elle ne soit plus qu’une brume impalpable. Bertrand Duchaufour a greffé la sienne sur le tabac, en exacerbant les facettes moins explorées – animales, médicinales, épicées – de la gousse en même temps que ses aspects baumés, ce qui fait de Havana Vanille une mutante, choquante pour ceux qui s’attendaient à une variation de la Spiritueuse Double Vanille de Guerlain, par exemple. En un mot : une vanille pour ceux que la vanille ennuie à pleurer (moi, par exemple : j’y consacrerai très prochainement un post).

Enfin, 2009 est l’année où la parfumerie s’est mise au vert, à deux titres. D’abord en passant au bio – Honoré des Prés a sans doute présenté, dans ce registre, la gamme la plus réussie, ne serait-ce que parce que ses parfums ont été composés par Olivia Giacobetti, qui se fait trop rare ces derniers temps.

Mais le vert a aussi été la note du jour de quelques lancements grand public qui ressuscitent (et récrivent, sans mousse de chêne) la famille Seventies des chypres verts : le flanker de Cristalle chez Chanel, Cristalle Eau Verte ; A Scent by Issey Miyaké de Daphné Bugey et le Private Collection Jasmine White Moss d’Estée Lauder. Côté parfumerie d’auteur, le ravissant Tiaré d’Ormonde Jayne joue également de cette note tropicale sur un registre étonnamment vert et frais (avis à suivre prochainement).

Pour conclure cette rétrospective qui est loin d’être complète, voici les lancements 2009 qui ont intégré ma collection, ceux pour lesquels j’ai voté avec ma peau, dans le désordre…

Les vanilles subversives :

1) Havana Vanille de Bertrand Duchaufour pour L’Artisan Parfumeur

2) Vanille Galante de Jean-Claude Ellena pour les “Hermessence” d’Hermès

Les tropicaux carnivores:

3) Amaranthine de Bertrand Duchaufour pour Penhaligon’s

4) Manoumalia de Sandrine Videault pour LesNez

Les floraux verts crémeux:

5) Tiaré de Linda Pilkington et Geza Schoen pour Ormonde Jayne

6) Gardénia Pétale de Nathalie Feisthauer pour la « Collection Extraordinaire » de Van Cleef & Arpels

7) Private Collection Jasmine White Moss d’Estée Lauder

Les élixirs fumés:

8) Turtle Vetiver d’Isabelle Doyen pour LesNez

9) L’Heure Mystérieuse et…

10) La Treizième Heure de Mathilde Laurent pour « Les Heures de Parfum » de Cartier

L’oriental dévoyé :

11) Oriental Lounge de Céline Ellena pour The Different Company.

Cette liste se cantonne à ceux que je porte régulièrement : sinon, elle comprendrait certainement le Fille en Aiguilles de Serge Lutens, le Géranium pour Monsieur de Dominique Ropion pour Frédéric Malle, le Pure Oud de Calice Becker pour By Kilian et le Mythique de Yann Vasnier pour les Parfums DelRae’s. Et j’en oublie sans doute…

Maintenant, à vous : quels sont les lancements 2009 qui vous ont le plus séduits ?

Photo de Norman Parkinson pour le magazine Queen (1960)

mardi 29 décembre 2009

(My) Best Perfumes of 2009 -- and a look at the year gone by


Was 2009 a good year for perfume? Judging by the number of additions to my personal rotation, I’d say it was pretty satisfactory. I’ve fallen in love more than once and been knocked out of my Louboutins often enough to say that not only have I not become blasé, but the more I dig into the workings of perfume composition, the more passionate I get about the art…

2009 was the year a perfumer finally came semi-officially clean about reformulations – Serge Lutens, in a comment given to fragrance historian Elisabeth de Feydeau on her blog, about Féminité du Bois. The year IFRA backed up on a guideline after industry protests about the restriction on the use of the massively popular vanillin.


2009 was the year where two renowned perfumers broke out of the big labs to set up on their own: Christophe Laudamiel quit IFF to found Aeosphere, a “fragrance media” company that clearly won’t restrict its activities to personal fragrance since one of its first endeavors was Green Aria, a “scent opera” in which the characters were olfactory.

Francis Kurkdjian founded his Maison along more traditional lines, with a well thought-out concept of his-and-hers or non-gendered scents with complementary room sprays, candles, incense papers, scented leather bracelets and laundry detergent. Though the compositions themselves stayed well within Francis K.’s known register, the mere fact that a perfumer could become a bankable name demonstrates the shift in the industry brought along, notably, by the online perfume culture and its focus on authors.

2009 was also the year in which fine fragrance got housebroken, with Frédéric Malle recruiting top talent (Dominique Ropion, Carlos Benaïm and Sophia Grosjman) to compose scents specifically for living spaces, applying the same exacting standards as they do to personal scents. Two patented diffusion systems, the “Fleur Mécanique” which continuously sends out the fragrance, and a perfume-impregnated mat resembling a mouse-pad, were added to the more traditional candles. Between the hundreds of yearly launches and growing workplace restrictions on wear, personal perfume seems to have come to a saturation point while house fragrance remains a huge potential market, and it is more than likely that it will develop in quality and variety of offer in the coming years.

2009 saw two fine jewelry houses getting into the “exclusives” game. Price points, limited distribution, the feeling that those houses were merely getting in on the bandwagon and the sheer lassitude of having to wade through multiple simultaneously offerings raised some groans in the online perfume community. Van Cleef & Arpels’ “Collection Extraordinaire” comprised six fragrances, by six different perfumers: while none was groundbreaking and there was at least one dud among them (the oddly unbalanced Lys Carmin), two managed to garner a number of enthusiasts, Bois d’Iris and Gardénia Pétales.

Cartier’s “Les Heures de Parfum” marked the eagerly awaited return of the maverick Mathilde Laurent, acclaimed for her work at Guerlain, who had all but disappeared from the public nose whilst composing bespoke fragrances for Cartier’s clientele. Her cult Guet-Apens/Attrape-coeur for Guerlain, as well as, I’m afraid, my own boundlessly enthusiastic reviews may have raised expectations a little too high for perfume lovers. However, not only do I stand by my initial assessment, but I maintain that Ms Laurent has been quietly inventing her own grammar of perfumery over the past few years to such an extent that it may take a while for her idiosyncratic language to be perceived. Clearly, she will be a voice to contend with.

Another voice that emerged in 2009 came from the distant French territory of Nouvelle Calédonie via Switzerland: with LesNez Manoumalia, Sandrine Videault may have single-handedly invented ethnographic perfumery, though the scent, inspired by the fragrant rituals of the island of Wallis, also meets the standards of the best French perfumery – unsurprisingly, since Sandrine was taught by none other than the great Edmond Roudnitska. I am eagerly awaiting her further olfactory explorations.

2009 is the year in which oud definitely became the new patchouli. In a bid to rope in the still-affluent and perfume-loving Middle-Eastern clientele, By Killian came up with Calice Becker’s gorgeously inky-velvety (but steeply-priced) Pure Oud, while Bertrand Duchaufour composed a gloriously whiffy Al Oudh for L’Artisan Parfumeur: it’s been drawing horrified howls around the perfume blogosphere, especially in the cumin-phobic USA, but it’s been selling so well in the Paris shops they can’t keep in stock.

2009 was the year in which vanilla finally broke free from the pastry shelves and its facile, foody register, subverted by two of the most intelligent perfumers around. With his remarkable Vanille Galante, Jean-Claude Ellena turned the pod back into an orchid/lily/ylang hybrid, then stretched it out into an impalpable mist. Bertrand Duchaufour spliced his with tobacco, drawing out the less-explored animal, medicinal and spicy facets of the pod along with its balsamic aspects, which turned Havana Vanille into a strange beast indeed, shocking to anyone who was expecting a variation, say, on Guerlain’s Spiritueuse Double Vanille. In a word: a vanilla for people whom vanilla bores to tears (count me among them: expect a belated review early next year).

Finally, 2009 was the year where perfumery went green: organic lines have been sprouting around, Honoré des Prés probably being the most interesting, if only because the scents were composed by Olivia Giacobetti, whom we haven’t been seeing a lot lately (and regrettably).

But green was also one of the “notes du jour”, with a few major mainstream launches reviving (and rewriting, sans oakmoss) the green chypre genre: Chanel's Cristalle’s flanker, Cristalle Eau Verte, Issey Miyake’s A Scent by Daphné Bugey and Estée Lauder’s Private Collection Jasmine White Moss… On the niche side, Linda Pilkington’s heart-stoppingly lovely Tiaré for Ormonde Jayne played the tropical essence in a surprisingly green register as well… A review will follow shortly.

To conclude this far-from-complete retrospective, here are the past year’s launches that actually made it into my collection, the ones I voted for with my skin: my personal best of 2009, in no particular order…

The subverted vanillas:

1) Havana Vanille by Bertrand Duchaufour for L’Artisan Parfumeur

2) Vanille Galante by Jean-Claude Ellena for Hermès “Hermessence”

The carnivorous tropicals:

3) Amaranthine by Bertrand Duchaufour for Penhaligon’s

4) Manoumalia by Sandrine Videault for LesNez

The creamy green florals:

5) Tiaré by Linda Pilkington for Ormonde Jayne

6) Gardénia Pétales by Nathalie Feisthauer for Van Cleef & Arpels « Collection Extraordinaire »

7) Private Collection Jasmine White Moss by Estée Lauder

The smoky potions:

8) Turtle Vetiver by Isabelle Doyen for LesNez

9) XII- L’Heure Mystérieuse by Mathilde Laurent for Cartier « Les Heures de Parfum »

10) XIII - La Treizième Heure by Mathilde Laurent for Cartier « Les Heures de Parfum »


These are only the ones I actually own and wear: otherwise, the list would also certainly include Serge Lutens’ Filles en Aiguilles, Frédéric Malle’s Géranium pour Monsieur by Dominique Ropion, By Kilian’s Pure Oud by Calice Becker, Annick Goutal's Un Matin d'orage by Isabelle Doyen and Parfums DelRae’s Mythique by Yann Vasnier. And I’m sure I’m forgetting several.

For another take on the best perfumes of 2009, see Now Smell This.

And now, on to you: what were your favorite launches of the year?


Image by Irving Penn.

lundi 21 décembre 2009

Guerlain Tonka Impériale: Regal Balsam


Tease out and blow up L’Heure Bleue’s full, almondy notes, tone down the orange blossom and heliotropin, hold the spices and you’ve got Guerlain’s next installment in the L’Art et la Matière collection: Tonka Impériale by Thierry Wasser, to be launched on February 1st 2010. Along with Bois d’Arménie, I find it to be the best of the line, and quite an encouraging sign for Thierry Wasser’s upcoming, less mainstream Guerlain compositions.

Like Wasser’s Iris Ganache and Olivier Polge’s Cuir Beluga (both from L’Art et la Matière), this is a gourmand with restraint, as creamy rich as the finest French chocolat filled with a Tonka bean ganache, yet laced with a hint of the trademark Jacques Guerlain aromatic herbs – in this case, rosemary – to man up the composition.

With its almond, tobacco/honey, balsamic and hay facets, Tonka bean absolute is practically a perfume in itself. In Tonka Impériale, the warm balsamic effect predominates, boosted by vanilla; its caramelized, almost roasted effects give the fragrance a chocolate-like richness without the actual flavor of chocolate. In a word, this is a Guerlain in the grand tradition of the patisserie, its cloyingness kept in check by the sheer feeling of quality: no empty calories here, just I-could-lick-my-arm-raw sensuousness. A gourmand for people who, like me, don’t like to smear themselves with olfactory dessert, and much subtler than, say, its boozy-sweet big sister Spiritueuse Double Vanille, namely because Tonka bean is a little less common as a dessert note… It’s also got considerable radiance and tenacity, so if you try it out on skin, don’t plan for other tests: a couple of spritzes will swallow up any other perfumes, and probably quite a few credit cards.

But don’t complain if you get bitten while wearing it: just bite back.


Image: Benjamin Constant, Empress Theodora at the Coliseum.

Tonka Impériale de Guerlain: Fève enfiévrée


Prélevez et amplifiez les notes pleines et amandées de L’Heure Bleue, mettez la fleur d’oranger et l’héliotropine en sourdine, faites l’impasse sur les épices, et vous obtiendrez le prochain L’Art et la Matière de Guerlain, Tonka Impériale de Thierry Wasser, qui sortira le 1er février prochain et qui est à mon avis (comme à celui de mon confrère d’Olfactorum) l’un des meilleurs de la collection avec Bois d’Arménie. Ce qui augure bien des propositions futures de Thierry Wasser, lorsqu’il travaille dans un registre plus intimiste.

Comme Iris Ganache , également de Thierry Wasser, ou Cuir Beluga d’Olivier Polge, cette nouvelle Tonka Impériale est gourmande, mais avec mesure, aussi onctueuse que la meilleure bouchée fourrée à la ganache de fève Tonka, mais parcourue d’une courant aromatique – la touche d’herbe de Provence chère à Jacques Guerlain – qui donne un brin de nervosité à la richesse de la composition et l’équilibre.

Avec ses facettes amande, tabac/miel, foin et baume, l’absolue de fève Tonka est pratiquement un parfum à elle toute seule. Dans Tonka Impériale, c’est l’aspect chaud et baumé qui prédomine, accentué par la vanille ; des effets caramélisés, presque torréfiés, donnent au parfum la sensation brûlante en bouche du chocolat, sans sa saveur. Autrement dit, ce Guerlain-ci joue sur la grande tradition de pâtisserie de la maison ; mais la qualité des matières en fait l’une de ces friandises auxquelles on s’abandonne avec l’impression de se faire du bien plutôt que de suicider aux calories…

Tonka Impériale est un oriental gourmand pour ceux qui ne succombent pas en général aux sucreries olfactives, notamment parce que sa note principale est moins souvent visitée que la vanille. Assez délicieux pour donner envie de se lécher le bras jusqu’à le faire rougir – et pendant longtemps, car il est d’une ténacité et d’une intensité appréciables. Lorsque du test sur peau, ne prévoyez pas d’autre essai : il avale tout. Y compris les cartes bancaires, qui risque de léviter toutes seules de bien des portefeuilles…

Mais ne vous plaignez pas si vous vous faites mordre par le méchant loup quand vous le porterez. Vous l’aurez bien cherché.


Image: Edmond Aman-Jean, L'Amour de soi