vendredi 14 août 2009

A Scent by Issey Miyaké : Le Fond de l'Air est Vert





Serait-ce la révolution verte dans le monde des parfums ? Les lancements consécutifs du Cristalle Eau Verte de Chanel et du Private Collection Jasmine White Moss d’Estée Lauder pourrait laisser croire à un revival du style olfactif de la fin des années 60/début des années 70.

À l’époque, l’accord galbanum-jacinthe de Fidji (Guy Laroche, 1965), Chamade (Guerlain, 1969), N°19, Cristalle (Chanel, 1970 et 1974), vingt ans après pionnier Vent Vert de Balmain (1947), exprimait la révolution jeune – dans le style bourgeois et posé d’une industrie qui s’adressait aux classes moyennes plutôt qu’aux babas fleurant le musc et le patchouli.

Mais aujourd’hui, le retour des notes vertes ne relève pas tant du jeunisme ou d’une vague rétro que d’une réaction à la tendance écolo-bio-végétarienne – l’industrie du parfum se mettant au vert, pour ainsi dire. Il s’agit également de rechercher une autre façon d’exprimer la « fraicheur » sans avoir recours aux notes hespéridées ou aquatiques – ce qui nous conduit, tout naturellement, à Issey Miyaké.

Depuis 1992, L’Eau d’Issey a réussi à vendre des millions de bouteilles en se faisant passer pour « l’odeur de l’eau » et donc, comme un anti-parfum, malgré la puissance industrielle de sa note Calone aux senteurs de melon et de concombre. De même, A Scent by Issey Miyaké cherche à se faire passer pour autre chose que de parfum, en l’occurrence, selon le communiqué de presse « un parfum aussi simple et beau que l’air que nous respirons. » Donc, après l’eau et le feu (le défunt Feu d’Issey), voici l’air. Il ne manque plus que la terre aux quatre éléments : le concept du prochain lancement est donc tout trouvé.

Mais en fait, A Scent by Issey Miyaké est – roulement de tambour… Un chypre. Un chypre holographique et dématérialisé de nouvelle génération, soit, mais un chypre.

Première impression : celle d’un Cristalle minimaliste. Et je dois dire que je préfère l’interprétation de Daphné Bugey à celle de Jacques Polge et Christopher Sheldrake.

Les notes données par le communiqué de presse – galbanum, verveine, jacinthe et jasmin, en plus d’un « crystal moss » qui semble être la réponse de Firmenich à l’accord « white moss » d’IFF dans le prochain Estée Lauder – couvre à peu près tout ce qu’on peut y sentir, mis à part une légère base de musc poudré.

A Scent démarre sur une puissante bouffée de galbanum – son effervescence un peu amère est accentuée par une note de citron (sans doute la verveine et, il me semble, une pincée d’aldéhydes) – avant que la note « mousse » accentue ses relents terreux. C’est dans cette phase qu’A Scent rappelle le plus Cristalle. Mais comme il s’agit d’un parfum composé de façon pyramidale classique, il évolue vers un cœur floral de jacinthe – le partenaire naturel du galbanum depuis Vent Vert – et d’un jasmin non-indolé, mais assez ample. La note citronnée de la verveine persiste longtemps, mais les notes de fond tendent à s’affaisser un peu au bout de cinq ou six heures.

Bien qu’A Scent soit destiné aux femmes, il est assez sec et translucide pour être porté par les hommes, d’autant plus que son flacon n’a rien de féminin.

Ce n’est sans doute pas par hasard que les deux plus beaux flacons de l’année jusqu’ici, celui de Ross Lovegrove pour Narciso Rodriguez Essence et celui d’Arik Levy pour A Scent by Issey Miyaké aient été tous deux suscités par la même société, Beauté Prestige International (division de Shiseido qui fait aussi les Jean-Paul Gaultier). Les flacons du nouveau Miyaké sont édités en trois tailles (dont une pour un gel douche) et on dirait qu’ils ont été découpés au laser dans un bloc de glace (cliquez ici pour les voir). Leur design pointu et minimaliste inspirera sans doute bien des convoitises. La mienne, en tous cas.

Image: Verushka von Lehndorff photographiée par Holger Trüslzsch


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