The first cautious, semi-official statements about perfume reformulation, and the first public grumbles against IFRA and European regulations have just been heard from the labs…
And not just any labs. The big boys at luxury behemoth LVMH, Thierry Wasser, the in-house perfumer of Guerlain, and François Demachy, who oversees perfumes at Dior, were quoted in the January 13 edition of Le Monde, France’s newspaper of reference, in an article by Nicole Vulser entitled: "Les créateurs de parfums ont la Commission européenne dans le nez" ("Perfume composers have the European Commission up their nose", a wordplay on a French expression: to have someone "dans le nez" is to be annoyed with them -- thank you to Alyssa -- and Bela -- for reminding me of the English expression).
Both perfumers complain about the necessity of reformulating the historical fragrances of the house.
“Some perfumes were developed because there were no penalizing constraints”, explains Dior’s François Demachy.
“Among the perfumes we sell, the oldest is over 150 years old. If some day Brussels doesn’t want essence of rose any longer, how am I to do? There is rose in almost all our perfumes… It is a heritage we need to defend”, says Guerlain’s Thierry Wasser.
“Jean-Paul Guerlain, he adds, had composed Parure for his mother. We had to discontinue it because we could no longer use the ingredients necessary to make it. It’s a heart-break.”
Sylvie Polette, marketing vice-president for Parfums Jean-Paul Gaultier, says: “Brussels will be killing off part of the profession: we aren’t able to rebuild everything in the same way. This will spur research, but it is perceived as a real constraint.”
“Our palette is diminishing. This is a bit as though you told a painter he’s not allowed to use red, then blue or yellow”, states Frédéric Appaire, international marketing manager of Paco Rabanne.
Is this the beginning of long-delayed measures to oppose the (self-imposed) overregulation of the perfume industry? Or at least to limit the damage?
Of course, anyone with a nose knows the damage has already been done to each and every classic perfume, and that there probably isn’t a single fragrance that’s safe from vandalism, since regulations change every year. Something that came out this fall could be different when the next batch is produced.
But if the people quoted in Le Monde’s article are speaking up, however tentatively, there’s a good chance that they’ve received clearance to do so. My sources indicate that the status of the classic Guerlains as an official part of the French heritage – which could mean restoring the formulas – is under discussion. And in a very vague, unsubstantiated, “I know someone who knows someone” way, I’ve heard rumors that perhaps Mr. Bernard Arnault was getting just a little annoyed at a law project affecting both the perfume and the champagne industry, and authorizing a task-force to be assembled.
IFRA has backed down once now, on vanillin. Pressure can be brought to bear on European lawmakers and the scientists who advise them, who for the most part are utterly uninformed about the process of perfume composition (this ignorance boils down to: “Well, if one ingredient is a problem, just stick something different in the juice”). A case can be made that the classics are part of the French national heritage, and should be protected as such, though it’s such a complex matter that no one has succeeded yet – though it’s been attempted several times, apparently.
Whatever happens, it’s about time it started to happen.
Les premières déclarations – prudentes et semi-officielles – au sujet des reformulations de parfums, et les premières protestations publiques contre les règlementations de l’IFRA et de l’Union Européenne viennent de s’échapper des labos…
Et pas n’importe-lesquels. Les ténors de la parfumerie chez le titan LVMH, Thierry Wasser chez Guerlain et François Demachy chez Dior – ceux qui veillent sur le patrimoine le plus menacé – se sont prononcés dans l’édition du Monde du 13 janvier, dans un article de Nicole Vulser, intitulé « Les créateurs de parfums ont la Commission Européenne dans le nez ». 1
« Certains parfums ont été développés parce qu'il n'y avait aucune contrainte pénalisante », déclare François Demachy.
Quant à Thierry Wasser, il explique : « Nous vendons des parfums dont le plus vieux a plus de 150 ans. Si un jour, Bruxelles ne veut plus d'essence de rose, comment pourrais-je faire ? Il y a de la rose dans presque tous nos parfums... C'est un patrimoine à défendre. (…) Jean-Paul Guerlainavait créé Parure pour sa maman. On a dû l'arrêter, on ne pouvait plus utiliser les ingrédients nécessaires à sa fabrication. C'est un crève-cœur. »
Pour Frédéric Appaire, directeur marketing international de Paco Rabanne, « Notre palette de travail se réduit. C'est un peu comme si on disait à un peintre qu'il n'a plus droit d'utiliser du rouge, puis du bleu ou du jaune... »
Sylvie Polette, vice-présidente marketing des Jean-Paul Gaultier, déclare : « Bruxelles va tuer une partie du métier, on n'arrive pas à tout reconstruire à l'identique.Cela va pousser la recherche, mais c'est vécu comme une réelle contrainte. »
Assisterait-on aux prémisses d’une campagne longtemps attendue contre l’excès de réglementation de l’industrie du parfum ? Ou du moins, à une tentative de limiter les dégâts ?
Hélas, il suffit d’avoir le nez au milieu de la figure et de savoir s’en servir pour s’apercevoir que pas un seul classique n’a échappé au saccage, et qu’aucun parfum n’est à l’abri du vandalisme puisque les règlementations changent tous les ans. Un lancement de l’automne 2009 peut parfaitement être transformé dès le lot suivant.
Mais si les personnes citées par Le Monde s’expriment, fût-ce d’un ton mesuré, on peut supposer qu’elles ont été autorisées à le faire. Il n’est pas impossible que le statut patrimonial des grands Guerlain – dont la reconnaissance permettrait la restauration – soit en cours de discussion. Et certains bruits – très vagues, très « je connais quelqu’un qui connaît quelqu’un qui a dit… » -- laisseraient entendre que M. Bernard Arnault commencerait à s’énerver légèrement de certains projets de loi affectant à la fois l’industrie du parfum et celle du champagne, et qu’un groupe de travail à ce sujet pourrait être assemblé. Et si Bernard Arnault fronce les sourcils, il y a fort à parier pour qu’on l’écoute.
L’IFRA a déjà fait machine arrière une fois, au sujet de la vanilline. Les législateurs européens, ainsi que les chercheurs qui les conseillent, pour la plupart part totalement ignorants du processus de composition des parfums (« Si un ingrédient pose problème, mettez-en un autre dans le jus »), pourraient être mieux informés. Le statut de monument historique des grands parfums français pourrait être défendu – bien qu’il s’agisse d’une démarche tellement complexe et épineuse que personne n’est encore parvenu à le faire reconnaître.
Quoi qu’il en soit, il serait temps d’agir. Enfin.
1.Pour consulter l’intégralité de l’article, cliquez sur le lien ; j'en reproduis ici des passages pour le cas où le lecteur consulterait ce billet au-delà du délai où l’accès à l’article du Monde deviendra payant.
2009 a-t-il été une bonne année en parfumerie ? À en juger par le nombre de flacons apparus sur ma coiffeuse, on le dirait. Je suis tombée amoureuse plus d’une fois et j’ai été soufflée assez souvent pour affirmer que non seulement je ne me suis pas blasée, mais que plus je pénètre les arcanes de la composition, plus elles me passionnent…
En 2009, un parfumeur a, pour la première fois, avoué quasi-officiellement que l’un de ses parfums avait été reformulé (plutôt que « réorchestré » ou « modernisé ») : c’était Serge Lutens, dans un commentaire adressé au blog de l’historienne du parfum Elisabeth de Feydeau, lors du relancement de Féminité du Bois sous son propre label.
2009 est aussi, incidemment, l’année où l’instance (auto)réglementaire de l’industrie du parfum, l’IFRA , a fait machine arrière en suspendant les restrictions projetées sur l’usage de la vanilline à la suite des protestations outrées de ses membres (on imagine mal ce que serait la parfumerie actuelle sans des doses massives de ce matériau si flatteur aux goûts contemporains.)
2009 est aussi l’année où deux parfumeurs réputés se sont affranchis des grands labos pour lancer leurs propres sociétés : Christophe Laudamiel a quitté IFF pour fonder Aeosphere, une société « fragrance media » qui ne s’en tiendra pas à produire des parfums à porter, puisque son acte de naissance a été Green Aria, un « opéra olfactif » dont les personnages sont des compositions parfumées.
Quant à Francis Kurkdjian, sa maison éponyme propose un concept bien ficelé où à chacun des parfums à porter (trois à partager, deux déclinés en masculin-féminin) correspondent un parfum d’ambiance, une bougie, du papier à brûler, un bracelet empreint de l’odeur en question et, dans le cas d’Aqua Universalis, une lessive – la première à être signée par un auteur de parfumerie fine. Bien que les compositions se cantonnent à des registres déjà explorés par Francis K., le seul fait que le nom d’un parfumeur soit jugé digne d’investissement reflète une mutation dans cette industrie, qui est le fruit, notamment, de l’attention soutenue portée par la blogosphère parfumée aux auteurs.
2009 est aussi l’année où la parfumerie fine s’est affranchie de son support-peau grâce à Frédéric Malle, qui a sollicité à certaines des stars de la profession (Dominique Ropion, Carlos Benaïm et Sophia Grojsman) des parfums d’ambiance réalisées selon les mêmes exigences que les parfums à porter. Deux systèmes de diffusion originaux, la « Fleur Mécanique » qui projette la fragrance en continu, et le « Rubber Incense » une sorte de « tapis-souris » imprégné de parfum, se sont ajoutés aux traditionnelles bougies. Entre les centaines de lancements annuels et des restrictions croissantes sur le port du parfum dans les lieux de travail (notamment aux USA et au Canada), le marché du parfum à porter semble avoir atteint la saturation alors que celui du parfum d’ambiance reste encore à développer, et il est très probable que les années à venir marqueront l’apparition de propositions de plus en plus variées et d’une qualité accrue.
En 2009, deux maisons de joaillerie ont lancé des collections « exclusives ». Leur prix, leur diffusion limitée, le sentiment que ces maisons ne faisaient que suivre le mouvement des Guerlain, Chanel et autres Armani, sans compter un grand moment de lassitude à l’idée de devoir découvrir en simultané des offres multiples, ont suscité cris et lamentations chez certains amoureux du parfum – qui ont pourtant tendu leurs poignets et écarquillé les narines…
La « Collection Extraordinaire » de Van Cleef & Arpels comprend six parfums signés par six parfumeurs différents : bien qu’aucun ne soit révolutionnaire, et que l’un d’entre eux soit curieusement déséquilibré (Lys Carmin, pourtant parti d’une bonne idée, celle d’un lys épicé), deux d’entre eux ont recueilli les suffrages, Bois d’iris et Gardénia Pétales.
“Les Heures de Parfum” de Cartier marquait le retour très attendu de la rebelle Mathilde Laurent, dont le travail chez Guerlain avait suscité de grands espoirs mais qu’on n’avait entraperçue ces dernières années qu’avec Ensoleille-moi de Gas Bijoux et Roadster de Cartier : elle se consacrait à la composition de parfums sur mesure pour les clients du grand joaillier. Et, manifestement, à l’invention d’une grammaire si personnelle qu’il faudra sans doute un certain temps pour l’apprécier pleinement. Je suis convaincue que sa voix – et sa patte – compteront beaucoup dans les années à venir.
Une autre voix découverte en 2009 nous est arrivée de la lointaine Nouvelle-Calédonie, en passant par la Suisse : avec sonManoumaliapour LesNez, Sandrine Videault a peut-être inventé à elle seule un nouveau genre que l’on pourrait appeler – bien que ce soit réducteur – la parfumerie ethnographique en traduisant les rituels odorants de l’île de Wallis dans le langage de la haute parfumerie française. Ce qui n’a rien d’étonnant, puisque Sandrine a fait ses classes chez le grand Edmond Roudnitska. J’attends avec impatience qu’elle nous propose de nouvelles explorations olfactives.
En 2009, l’oud s’est définitivement posé en successeur du patchouli, notamment pour séduire la clientèle moyen-orientale folle de parfums et pas encore tout à fait fauchée. By Killian en a proposé une interprétation magnifiquement veloutée (mais d’un prix assez dissuasif) signée Calice Becker, Pure Oud. Quant à Bertrand Duchaufour, son Al Oudh magnifiquement bestial pour L’Artisan Parfumeur a fait poussé des hauts cris au public américain cuminophobe, mais apparemment, il se vend si bien au grand magasin du Louvre qu’il frôle la rupture de stock.
2009 est également l’année où la vanille s’est enfin libérée du rayon pâtisserie et de son registre gourmand trop simpliste, subvertie par deux des parfumeurs les plus intelligents de la décennie. Avec sa remarquable Vanille Galante, Jean-Claude Ellena a métamorphosé la gousse en hybride orchidée/lys/ylang, puis l’a étirée jusqu’à ce qu’elle ne soit plus qu’une brume impalpable. Bertrand Duchaufour a greffé la sienne sur le tabac, en exacerbant les facettes moins explorées – animales, médicinales, épicées – de la gousse en même temps que ses aspects baumés, ce qui fait de Havana Vanille une mutante, choquante pour ceux qui s’attendaient à une variation de la Spiritueuse Double Vanille de Guerlain, par exemple. En un mot : une vanille pour ceux que la vanille ennuie à pleurer (moi, par exemple : j’y consacrerai très prochainement un post).
Enfin, 2009 est l’année où la parfumerie s’est mise au vert, à deux titres. D’abord en passant au bio – Honoré des Prés a sans doute présenté, dans ce registre, la gamme la plus réussie, ne serait-ce que parce que ses parfums ont été composés par Olivia Giacobetti, qui se fait trop rare ces derniers temps.
Mais le vert a aussi été la note du jour de quelques lancements grand public qui ressuscitent (et récrivent, sans mousse de chêne) la famille Seventies des chypres verts : le flanker de Cristalle chez Chanel, Cristalle Eau Verte;A Scent by Issey Miyaké de Daphné Bugey et le Private Collection Jasmine White Mossd’Estée Lauder. Côté parfumerie d’auteur, le ravissant Tiaré d’Ormonde Jayne joue également de cette note tropicale sur un registre étonnamment vert et frais (avis à suivre prochainement).
Pour conclure cette rétrospective qui est loin d’être complète, voici les lancements 2009 qui ont intégré ma collection, ceux pour lesquels j’ai voté avec ma peau, dans le désordre…
Les vanilles subversives :
1)Havana Vanille de Bertrand Duchaufour pour L’Artisan Parfumeur
2)Vanille Galante de Jean-Claude Ellena pour les “Hermessence” d’Hermès
Les tropicaux carnivores:
3)Amaranthine de Bertrand Duchaufour pour Penhaligon’s
10)La Treizième Heurede Mathilde Laurent pour « Les Heures de Parfum » de Cartier
L’oriental dévoyé :
11)Oriental Lounge de Céline Ellena pour The Different Company.
Cette liste se cantonne à ceux que je porte régulièrement : sinon, elle comprendrait certainement leFille en Aiguilles de Serge Lutens, le Géranium pour Monsieur de Dominique Ropion pour Frédéric Malle, le Pure Oud de Calice Becker pour By Kilian et le Mythiquede Yann Vasnier pour les Parfums DelRae’s. Et j’en oublie sans doute…
Maintenant, à vous : quels sont les lancements 2009 qui vous ont le plus séduits ?
Photo de Norman Parkinson pour le magazine Queen (1960)
I am a writer and translator based in Ottawa, as well as the perfume editor for Citizen K and a writer for NEZ, the olfactive magazine. My book The Perfume Lover, A Personal History of Scent is published by Harper Collins (UK), St. Martin's Press (USA) and Penguin (Canada). The perfume linked to the book,Séville à l'aube, was composed by Bertrand Duchaufour for L'Artisan Parfumeur.
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