dimanche 6 février 2011

1697 by Bertrand Duchaufour for Frapin: A Bacchanal for the Angels



Have you ever been kissed by a booze-drenched rose?
Neither have I. But I have drunk old rum, Armagnac and cognac from lips that weren’t my own and Frapin’s new elixir conjures that sensation: a woody spicy ambery burn made more burning still by body heat.

Great spirits, like fine wines, can produce accords as harmonious and complex as those of the best perfumes. It isn’t entirely illogical then that a house that has been producing cognac for twenty generations should branch out into perfumes: both are the quintessence of the French art de vivre, and both yield a share to the angels, the famous part des anges that escapes into the air as wines and spirits age…

 “La Part des Anges” having been co-opted by Thierry Mugler for a patented maceration process in wooden casks, Frapin turned to the next best thing. Their seventh opus was announced last summer as Les Ailes du Désir, “the wings of desire”, which was also the French title of Wim Wenders’ 1987 Der Himmel über Berlin (“The Sky over Berlin”). The story of an angel who chooses to become human in order to experience the pains and pleasures of life on earth seemed particularly suited – because of their volatile, combustible essence, distilled spirits and perfumes also hover between the spiritual and the carnal… Of course, before the Wenders movie, those “wings of desire” were not the attribute of angels but of the winged phallus used in fertility rites and commonly associated with the cult of the Greek god of wine and ecstasy: Dionysus. 

Unfortunately, Frapin’s David Frossard hit a snag when Wim Wenders’ company took legal action to prevent the use of the title. The launch, initially slated for September, was delayed but as no quick solution was forthcoming, the name 1697 -- the year in which the Frapin family was ennobled by Louis XIV – was chosen as an alternative. 

Up to then, the perfume had been off to an auspicious start. In 2009, David Frossard had been introduced to Bertrand Duchaufour by Pamela Roberts, L’Artisan Parfumeur’s former creative director, whom Frossard knew well from his four years as the export director of the brand. Duchaufour loved Frapin and was open to the idea of working with them. Knowing better than to fetter the perfumer with a restrictive brief, Frossard simply asked for a glamorous yet erotic fragrance…

The result nods towards two older  Duchaufour compositions which also happen to be two particular favorites of Frossard’s, Patchouli Patch and Bois d’Ombrie (the latter already featured a cognac note); it picks up where Al Oudh and Havana Vanille/Vanille Absolument left off.

 Vanilla is of course a prominent aroma in spirits aged in oak casks, since vanillin can be derived from oak, which also imparts leather and clove notes. Both Havana Vanille and 1697 feature it, but where the L’Artisan stretched out the facets of the vanilla pod until it started morphing into a cigar, the Frapin builds a space from which a vivid idea of fine spirit can emerge. The various accords (wood, amber, balsam, spice, leather, tobacco, dried fruit) spin around this axis to conjure a booze illusion.
In 1697, Havana Vanille’s hot flash of rum is amped up to conjure the rich burning sensation of a sip of cognac. The dried fruit facets of cabreuva, a wood essence seldom used in perfumery, and davana, one of Duchaufour’s signature notes, bolster the boozy effect. After the volatile rum absolute has evaporated, hot spices – cinnamon and clove – pick up the heat, soaking through the floral heart: with its ylang-ylang, jasmine and rose, at times 1697 could be perceived as a work on spicy flowers, with a phantom carnation spiking the bouquet…

The formula is built from top to bottom around the aromas of cognac or whiskey, with cresylic and tannic facets. The amber/leather effect is produced by cistus essence and cistus absolute, cassie absolute and a touch of isobutyl-quinolin. Patchouli is quite prominent in the blend.
The drydown of 1697 draws it towards balsamic notes, with vanilla, myrrh, tonka bean with its touch of chocolate and a sweetened condensed milk effect, but the mouth-burning booziness remains consistent throughout.

My only qualm may be the 14 per cent concentration, which I feel flattens the development a bit, whereas the 12 per cent concentration which I’d tested last summer in a small preview sample seemed to produce more ample sillage. As it is, though, it’s gorgeous stuff: a riff on the feel of cognac rather than a literal rendition, but just as head-turning as the drinkable Frapins; a dionysiac romp in the vineyard that should heat up what remains of this particularly chilly winter…
But consume with moderation: you’re apt to get licked by random Cupids.


Frapin 1697 will be launched in February, in a limited edition of 1697 numbered 50 ml bottles.


Illustration: Cupid and Psyche by Jacques-Louis David

1697 de Bertrand Duchaufour pour Frapin: La Bacchanale des Anges




Avez-vous déjà léché une rose éclaboussée de cognac?
Moi non plus. Mais il m’est arrivé de boire des liqueurs à des lèvres qui n’étaient pas les miennes, et le nouvel élixir de Frapin évoque cette sensation : une brûlure boisée, épicée, ambrée, plus brûlante de s’être échauffée à un corps…
Les grands alcools, comme les bons vins, déploient des accords aussi complexes et harmonieux que ceux des meilleurs parfums. Il n’est donc pas entièrement absurde qu’une maison qui produit les premiers depuis vingt générations se consacre aux seconds : les uns et les autres représentent la quintessence de l’art de vivre français, et cèdent une part de leur matière à l’air – la fameuse part des anges…

Comme « La Part des Anges » avait déjà été retenue par Thierry Mugler pour un processus breveté de macération en fût de chêne, le septième parfum de la maison Frapin devait s’appeler Les Ailes du Désir, titre français du film de Wim Wender  Der Himmel über Berlin (“Le ciel au-dessus de Berlin”). Qu’il s’agisse de l’histoire d’un ange qui choisit de devenir humain pour vivre les douleurs et les plaisirs terrestres en faisait un nom particulièrement indiqué – l’essence volatile des alcools et des parfums les placent à la frontière du spirituel et du charnel. Sans oublier que ces « ailes du désir » étaient attribuées, bien avant le film de Wenders, aux phallus ailés communément associés aux rites de fertilité de Dionysos, lequel, comme chacun sait, est le dieu grec du vin et de l’extase. Tout se tient.
Malheureusement, les représentants de Wim Wenders ayant contesté l’usage du titre français du film, David Frossard de Frapin a dû retarder un lancement initialement prévu pour septembre et se rabattre sur un autre nom quand l’imbroglio juridique a traîné en longueur. C’est finalement 1697, l’année où Louis XIV a ennobli la famille Frapin, qui a été retenu.

Jusque là, pourtant, le parfum semblait béni des dieux. C’est en 2009 que David Frossard, lors d’un salon de parfumerie de niche organisé par sa société Différentes Latitudes, a été présenté à Bertrand Duchaufour par Pamela Roberts, ancienne directrice artistique de L’Artisan Parfumeur où David Frossard avait été directeur des exportations. Bertrand Duchaufour, séduit par Frapin, s’est montré intéressé par une collaboration. Sachant qu’il valait mieux ne pas entraver la créativité du parfumeur par un brief trop restrictif, David Frossard a simplement demandé un parfum glamour, charnel, érotique…

Le résultat se situe dans le fil de deux compositions plus anciennes de Bertrand Duchaufour particulièrement appréciées par David Frossard, Patchouli Patch et Bois d’Ombrie (où se trouvait déjà une note cognac); il semble également prolonger un travail entamé avec Al Oudh et Havana Vanille/Vanille Absolument.

La vanille est bien sûr un arôme caractéristique des alcools élevés en fût de chêne puisque le chêne contient de la vanilline (mais également des composés à notes de cuir et de girofle). Elle agit fortement dans 1697 mais n’en est pas le centre comme dans Havana Vanille. Là où ce dernier était un éclatement des notes de la gousse qui la tirait vers le cigare, il s’agit ici de recréer une illusion d’alcool par un jeu d’accords ambre, baumes, épices, cuir, tabac et fruits secs autour d’un axe boisé.
La note de tête rhum de Havana Vanille est reprise et amplifiée dans 1697 pour produire l’effet brûlant d’une gorgée de cognac. Deux matériaux à facettes alcoolisées et fruits secs soutiennent cet effet liquoreux : le cabreuva, essence de bois assez rarement utilisée en parfumerie, et le davana qui est l’une des notes-fétiches de Bertrand Duchaufour. Après l’évaporation de rhum, les épices chaudes – cannelle, clou de girofle – relaient l’effet de brûlure et se répandent sur un cœur floral ylang-ylang, jasmine et rose. 1697 joue aussi, en mode mineur, d’un thème « fleurs épicées » où se profile un œillet fantôme…

La formula est bâtie tête-cœur-fond sur ces arômes communs au cognac, au rhum et au whisky, avec des effets tanniques et crésyliques. Le patchouli est assez prédominant. L’effet ambré/cuiré/tabacé est produit par le ciste essence et le ciste absolue, la cassie absolue et une trace d’isobutyl-quinoléine.
Si les notes de fond de 1697 le tirent vers le baumé – vanille, fève tonka avec ses accents un peu chocolatés et myrrhe, ainsi qu’une larme de « lait condensé sucré » -- l’effet brûlant de l’alcool agit tout au long du développement.

Mon seul petit bémol concerne la concentration à 14 pour cent, qui me semble rabattre un peu les notes, alors que l’échantillon à 12 pour cent qui m’avait été remis l’été dernier avait plus de relief. Ce détail mis à part, c’est un très beau parfum : une interprétation de l’idée de cognac plutôt qu’une représentation littérale, mais tout aussi enivrante que les Frapin à boire. Cette virée dionysiaque dans les vignobles et les chais devrait réchauffer les dernières semaines d’un hiver particulièrement glacial…
À consommer cependant avec modération : vous risquez de vous faire lécher par un satyre de passage.

1697 de Frapin sera lancé courant février dans une édition limitée de 1697 flacons numérotés de 50 ml. En vente à Paris chez Jovoy.



Illustration: Détail de La Bacchanale à Andros du Titien (1523-1525), Musée du Prado

vendredi 4 février 2011

My Top Ten Perfumes of Winter, 2010/2011



On the level? I can’t say I’ve worn any ten perfumes regularly this winter. I tend to test new things rather slowly, one at a time, over several days; I seldom wore any during my Christmas holidays in Canada because my father can’t stand fragrance; I go commando during my London courses since we’re already smelling so many things. And while I’m working on the book, I don’t like to be distracted – I’ll kick into analytical mode even with a familiar fragrance -- which means I’m often scentless on those days as well.
What to do? Here’s the list of the perfumes I was drawn to over this particularly harsh winter, either because I actually managed to wear them more than five times in the season, or because I wish I’d had the chance to…

Encens Flamboyant (Annick Goutal) was in last year's top ten and it's still going strong: it's become a staple of my Christmas holidays in Canada, its burnt mineral darkness and resinous undertones a counterpoint to the blinding scentless void of snow. The whole line is remarkably faithful to the fragrance and I’ve taken to burning the candle while soaking in the bubbles from the shower gel. An incense bath seems like a contradiction in terms, but there you go.

L’Heure Fougueuse (Cartier) aka "the Horsy one" is emerging as one of the best 2010 launches – so far it’s been getting nothing but praise in the blogs but also in the industry, including someone from a major niche brand who told me “Now why didn’t we put that out?” This beautifully constructed tribute to Eau Sauvage may be Mathilde Laurent’s best composition yet and one that can still give me that roller-coaster flutter in the stomach every time I wear it.

La Traversée du Bosphore (L’Artisan Parfumeur) makes it over from last fall’s Top 10. When all is said and done, the Turkish back story plays no role in the pleasure I get from wearing it: I find it a deliciously joyful fragrance, with an original treatment of leather, a rose/vanilla/musk powder puff effect that manages to feel both edgy and easy to wear, and a lovely soaring volume.

Bois de Violette (Serge Lutens) is what I turn to for warmth: the candied sweetness of violet sheds a melancholy amethyst light on the resinous dried fruit and woods. I find the pencil-shavings facet of the cedar comes out more strongly in the cold. This is still, with La Myrrhe, one of the most remarkable Lutens.

Dans l’Atelier de Cézanne is, I’m sorry to say, an Olivia Giacobetti candle you’ll probably never get the chance to smell: it was produced last summer in a limited edition with and for the French artist Vincent Beaurin for the first contemporary art exhibition ever to be held at Cézanne’s studio in Aix-en-Provence. It is a serene, ghostly scent of dust, bees wax and linseed oil and a rarely used material, Alaskan cypress, with mineral accents and that dry, pencil-shaving cedar smell I seem to crave in this season. This is Giacobetti’s third collaboration with Vincent Beaurin. For retailers of this rarity, click here

I’d lie if I said I gave Like This (État Libre d’Orange) a lot of wear. In fact, I don’t have more than a sample to my name: by the time I got round to it, there’d been such love heaped on it I felt it was pointless to add a review and turned to other things. But the one spray that hit my skin fell on it like a sunset over snow-scorched grass.

Habanita (Molinard) is a scent I may never wear again – it is one of the very few too anchored in my past for me to revisit it. But through a kind friend in the States who stumbled on a stash in a consignment shop, I managed to nab a sealed, boxed bottle whose date of production was confirmed by the newspaper page that was wrapped around the bottle to prevent it from jostling: 1947. The tobacco effect still stands out vividly. Strip it down to its bearing walls – aldehyde C11, coumarin, cistus, oak moss, musk ketone, methyl ionone – and you’ve got the backbone of classic perfumery.

Le Temps des Lilas (Houbigant) came from the same source. The name conjures the faintest memory of a song heard in childhood – it was composed by Ernest Chausson and sung by one of my father’s favorite baritones, Gérard Souzay. The scent, from 1923, is like a melodic line teased out of the real, vintage Quelques Fleurs. I only own a few drops, and because it is lilac, a fragrance now clouded by extensive use in toilet sprays, I didn’t pay much attention at first to the blotter, except to note muguet, rose and apple facets. When I returned to it, it had blossomed into the most realistic rendition of lilac I’d even smelled. I’ll treasure those few drops of spring until the real thing comes along.

Now for the rest of my winter favorites, I’ll take a page from Bois de Jasmin’s book and venture out of the realm of fragrance with…

Redbreast 15-year old pure pot still Irish whiskey: this bottle popped up during my latest dinner party and I just had to confirm that first impression of chocolate liqueur smoothness... Let's see:  blackberry, cassis... check. Is there really clove, cinnamon and cardamom? Definitely. Let's try again for vanilla, gingerbread and ylang-ylang... Yup. Now you know how I almost ended up doing an Edina getting out of the cab. Next time, I think I’ll just spray it on…

Roasted chestnuts are now mostly and somewhat puzzlingly by young Sri Lankan men, so that the classic cry of “Chauds les marrons” is no longer heard. But sweet smoky aroma of the finger-burning treats in their charred husks is the smell of Parisian winters.




Picture: Jean Shrimpton in Yves Saint Laurent by David Bailey for Vogue, 1964


Mon Top 10 des parfums de l'hiver 2010/2011



Chaque saison je me joins à mes camarades de la blogosphère anglophone pour livrer mes dix parfums préférés : j’avoue que pour cet hiver, j’ai peiné à trouver de quoi remplir la liste car autant sur le palmarès de l’année je choisis les lancements qui m’ont semblé les plus intéressants parmi ceux que j’ai sentis, autant je fonde mes sélections saisonnières sur des parfums que j’ai réellement portés. Or cet hiver, j’ai porté très peu de choses régulièrement car en plus de continuer à tester des nouveautés, j’ai passé plusieurs jours sans parfum. Soit j’étais chez mes parents, où j’ai respecté l’espace olfactif de mon père qui ne le supporte pas, soit j’étais à Londres et je ne me parfume pas quand je donne des cours. Je n’aime pas non plus forcément me parfumer lorsque j’écris car même une composition assez familière pourra me distraire du silence que je cherche à aménager.
 Que faire ? Voici les quelques parfums que j’ai tout de même réussi à porter plus de cinq fois au cours de la saison, ou que j’aurais aimé porter plus. Et deux odeurs qui ont réchauffé mon hiver…

Encens Flamboyant (Annick Goutal) est désormais la signature olfactive de mes vacances de Noël au Canada: son odeur brûlée, minérale et résineuse est le versant négatif du vide aveuglant et sans odeur de la neige, une branche de sapin en prime. La ligne est très fidèle à l’odeur du parfum, et j’ai pris l’habitude de faire brûler la bougie, plongée dans les bulles du gel douche. Un bain à l’encens, c’est une contradiction en soi, mais c’est comme ça.

L’Heure Fougueuse (Cartier), sans doute l’un des plus beaux lancements de 2010, ne recueille pour l’instant que des éloges dans les blogs et dans la profession – j’ai entendu, dans les salons d’une grande marque de parfumerie de niche, “Mais pourquoi n’est-ce pas sorti chez nous?” Cet hommage impeccablement construit à l’Eau Sauvage est peut-être la meilleure composition de Mathilde Laurent à ce jour, et elle me donne encore des papillons dans l’estomac dès que je la porte.

La Traversée du Bosphore (L’Artisan Parfumeur) passe du palmarès de l’automne à celui de l’hiver. Quant tout est dit, son côté "carte postale de Turquie" ne joue pas le moindre rôle dans le plaisir que j’ai à porter ce parfum : je le trouve très simplement, délicieusement joyeux. Un traitement original du cuir et un volume vaporeux de rose vanillée musquée très moderne, ce qui n’est pas peu dire sur des notes aussi fréquemment utilisées.

Bois de Violette (Serge Lutens) comble mes envies de chaleur avec sa pâte résineuse et boisée mêlée de fruits secs, juste éclairée d’un rayon améthyste. La facette « rognure de crayon » du cèdre ressort plus nettement dans le froid. Avec La Myrrhe, l’une des compositions les plus originales de la maison.

Dans l’Atelier de Cézanne, composé par Olivia Giacobetti pour l’artiste Vincent Beaurin à l’occasion de l’exposition de ce dernier dans l’atelier de Cézanne l’été dernier à Aix-en-Provence, a été produit en parfum d’ambiance pour l’exposition et en bougie pour la vente. Cette odeur fantômatique de poussière, cire d’abeille, huile de lin et d’un matériau nouveau en parfumerie, le cyprès d’Alaska,  dégage des facettes minérales et terpéniques évoquant un lieu où tout a été laissé en l’état après le décès du peintre. Il s’agit de la troisième collaboration de la parfumeuse et de l’artiste (cliquez ici pour les points de vente).


Je mentirais si je disais que j’ai beaucoup porté Like This (État Libre d’Orange). En fait, je n’en ai qu’un échantillon, que j’ai tardé à tester car on en avait déjà tellement fait l’éloge ailleurs que je suis passée, tout bêtement, à autre chose. Mais la seule vaporisation qui ait touché ma peau l’a réchauffée comme un coucher de soleil sur un gazon brûlé par la neige.

Reporterai-je un jour Habanita (Molinard) ? J’en doute. C’est l’un des très rares parfums à ce point associés à une période de ma vie que je ne pourrais pas y revenir. Mais une amie américaine m’a déniché un flacon dans un dépôt-vente au Texas, dont l’âge est attesté par la feuille de papier journal (en l’occurrence Le Monde) enroulée à l’intérieur de la boîte pour l’empêcher de bouger : il date de 1947. L’effet tabacé est saisissant. Dépouillez la formule pour dénuder ses murs portants – aldehyde C11, coumarine, ciste, mousse de chêne, musc cétone, méthyle ionone – et vous retrouverez la colonne vertébrale d’une bonne part des parfums classiques.

Le Temps des Lilas (Houbigant) m’est parvenu par la même source. Le nom me rappelle vaguement une chanson entendue dans mon enfance, composée par Ernest Chausson et interprétée par l’un des barytons préférés de mon père, Gérard Souzay. Le parfum, de 1923, est l’une des lignes mélodiques de Quelques Fleurs, du même Houbigant. Je n’en ai que quelques gouttes, et comme c’est un lilas, odeur maintenant gâchée par son usage dans les parfums WC, je n’y ai d’abord prêté attention que pour noter des facettes muguet, rose et pomme. Lorsque j’y suis revenue, il s’était épanoui : c’est sans doute l’évocation la plus réaliste du lilas que j’aie sentie. Ces quelques gouttes précieuses de printemps liquide m’aideront à tenir jusqu’au vrai printemps.

Le whiskey irlandais « pure pot still » Redbreast de 15 ans d’âge n’est pas un parfum mais il mériterait de l’être. Lorsqu’il a fait son apparition en fin de dîner chez des amis, je lui ai d’abord trouvé un arôme de liqueur de cacao. J’ai voulu vérifier. Mûre, cassis, abricot… Puis revérifier. Clou de girofle, cannelle, cardamome, pain d’épices… Allez, encore une fois : vanille, frangipane, ylang-ylang… C’était la première fois depuis longtemps que je manquais passer du taxi au caniveau, évité de justesse. La prochaine fois, je me contenterai de le vaporiser directement sur ma peau.

Et enfin, en amoureuse d’odeurs fumées, je me délecte de celle des marrons grillés vendus, désormais, par de jeunes Sri Lankais – le cri « Chauds les marrons » a disparu des rues mais ces cornets de coques à moitié carbonisées qui brûlent les doigts sont l’une des rares choses à me consoler, avec la fourrure, de nos hivers parisiens…


Pour d’autres tops 10 (en anglais), voyez Bois de Jasmin, Now Smell This, Perfume Posse et Perfume-Smellin’ Things.


 Illustration: Jean Shrimpton par David Bailey



jeudi 3 février 2011

Finalists for the Parfums 2011 awards of the Fragrance Foundation France


The Fragrance Foundation France has just announced the finalists for the seven awards Les Parfums 2011 (i.e. the French Fifi awards) given out by the public, who will vote on the internet. The winners will be announced on May 5th 2011.

In addition, two awards will be given out to perfumes available in less than 100 points of sale in France (i.e. niche and exclusive lines), the Perfumers’ Award and the Specialists’ Award, where yours truly sits on the jury alongside the French-language bloggers Ambre Gris, Poivre Bleu and Olfactorum, beauty editors and evaluators.
The board of the Fragrance Foundation will also give out a special award.

Up for public vote (French internet users only) on www.fragrancefoundation.fr or www.marionnaud.fr...

Best Feminine Fragrance
Acqua di Gioia by Giorgio Armani, Chance Eau Tendre by Chanel, [Untitled] by Maison, Martin Margiela, Womanity by Thierry Mugler, Belle d’Opium by Yves Saint Laurent, Voyage d’Hermès by Hermès, Balenciaga Paris by Balenciaga, Lady Million by Paco Rabanne, Love, Chloé by Chloé, Fan di Fendi by Fendi.

Best Masculine Fragrance
Bleu by Chanel, Gucci by Gucci Sport, Midnight in Paris by Van Cleef and Arpels, Boss Bottled Night by Hugo Boss, Voyage d’Hermès by Hermès, Bulgari Man by Bulgari, Force by Biotherm Homme, Le Mâle Terrible by Jean-Paul Gaultier, Chrome Sport by Azzaro.

Best Bottle Design for a Feminine Fragrance
Flora Nymphea by Guerlain, Oriens by Van Cleef and Arpels, [Untitled] by Maison Martin Margiela, Womanity by Thierry Mugler, Belle d’Opium by Yves Saint Laurent, Voyage d’Hermès by Hermès, Balenciaga Paris by Balenciaga, Lady Million by Paco Rabanne, Love, Chloé by Chloé, Fan di Fendi by Fendi.

Best Bottle Design for a Masculine Fragrance
Bleu by Chanel, Gucci by Gucci Sport, The One Gentleman by Dolce & Gabbana, Carbone by Balmain, Voyage d’Hermès, Bulgari Man by Bulgari, Force by Biotherm Homme, Le Mâle Terrible by Jean-Paul Gaultier, Burberry Sport for Men.

Best Advertising Campaign for a Feminine Fragrance
Acqua di Gioia by Giorgio Armani, Classique X by Jean-Paul Gaultier, Trésor in Love by Lancôme, Womanity by Thierry Mugler, Belle d’Opium by Yves Saint Laurent, Voyage d’Hermès by Hermès, Balenciaga Paris by Balenciaga, Lady Million by Paco Rabanne, Love, Chloé by Chloé, Fan di Fendi by Fendi.

Best Advertising Campaign for a Masculine Fragrance
Bleu by Chanel, Burberry Sport for Men, The One Gentleman by Dolce & Gabbana, Boss Bottled Night by Hugo Boss, Chrome Sport by Azzaro, Bulgari Man by Bulgari, Force by Biotherm Homme, Le Mâle Terrible by Jean-Paul Gaultier.

The long list hasn’t been given out yet for the Specialists’ Award. I already have a few contenders in mind…

Since the vote is only open to people with French I.P. addresses, here's the moment to have your say: any favorites?

And what niche or exclusive 2010 launches would you love to see on the short list for the Perfumers' and Specialists' awards?

Les Finalistes des prix Parfums 2011 de la Fragrance Foundation France



La Fragrance Foundation France a annoncé aujourd’hui les finalistes des prix Les Parfums 2011 qui seront décernés par les internautes. Les gagnants seront annoncés le 5 mai 2011.
Deux autres prix seront décernés aux parfums disponibles sur moins de 100 points de vente en France (autrement dit, les niches et les exclusifs), le Prix des Parfumeurs et le Prix des Spécialistes, où votre servante a l’honneur de siéger au jury avec Ambre Gris, Poivre Bleu, Olfactorum, ainsi que des rédactrices beauté et des évaluateurs de maisons de composition.
Le comité de la Fragrance Foundation décernera également un Prix Spécial.

Les internautes pourront voter du 7 au 25 mars sur les sites suivants:

Meilleur parfum féminin
Acqua di Gioia de Giorgio Armani, Chance Eau Tendre de Chanel, [Untitled] de Maison Martin Margiela, Womanity de Thierry Mugler, Belle d’Opium d’Yves Saint Laurent, Voyage d’Hermès d’Hermès, Balenciaga Paris de Balenciaga, Lady Million de Paco Rabanne, Love, Chloé de Chloé, Fan di Fendi de Fendi.
Meilleur parfum masculin
Bleu de Chanel, Gucci de Gucci Sport, Midnight in Paris de Van Cleef and Arpels, Boss Bottled Night de Hugo Boss, Voyage d’Hermès d’Hermès, Bulgari Man de Bulgari, Force de Biotherm Homme, Le Mâle Terrible de Jean-Paul Gaultier, Chrome Sport d’Azzaro.

Meilleur flacon féminin
Flora Nymphea de Guerlain, Oriens de Van Cleef and Arpels, [Untitled] de Maison Martin Margiela, Womanity de Thierry Mugler, Belle d’Opium d’Yves Saint Laurent, Voyage d’Hermès d’Hermès, Balenciaga Paris de Balenciaga, Lady Million de Paco Rabanne, Love, Chloé de Chloé, Fan di Fendi de Fendi.

Meilleur flacon masculin
Bleu de Chanel, Gucci de Gucci Sport, The One Gentleman de Dolce & Gabbana, Carbone de Balmain, Voyage d’Hermès, Bulgari Man de Bulgari, Force de Biotherm Homme, Le Mâle Terrible de Jean-Paul Gaultier, Burberry Sport for Men.

Meilleure campagne publicitaire parfum féminin
Acqua di Gioia de Giorgio Armani, Classique X de Jean-Paul Gaultier, Trésor in Love de Lancôme, Womanity de Thierry Mugler, Belle d’Opium d’Yves Saint Laurent, Voyage d’Hermès d’Hermès, Balenciaga Paris de Balenciaga, Lady Million de Paco Rabanne, Love, Chloé de Chloé, Fan di Fendi de Fendi.

Meilleure campagne publicitaire flacon masculin
Bleu de Chanel, Burberry Sport for Men, The One Gentleman de Dolce & Gabbana, Boss Bottled Night de Hugo Boss, Chrome Sport d’Azzaro, Bulgari Man de Bulgari, Force de Biotherm Homme, Le Mâle Terrible de Jean-Paul Gaultier.

La liste de présélection du Prix des Spécialistes n’a pas encore été livrée, je l’attends avec impatience et quelques idées derrière la tête…

Et vous ? Sans trahir les secrets de l’urne, pour qui pencheriez vous parmi les finalistes ci-dessus ? 

Repérez-vous des omissions flagrantes? 

Et quels parfums espérez-vous voir figurer parmi les finalistes du prix des parfumeurs et de celui des spécialistes?

mardi 1 février 2011

Serge Lutens Jeux de Peau: la gagnante du tirage au sort / the winner of the draw


First I’d like to thank you for all your thoughtful messages about Eleven European Mystics, it’s meant a great deal to me and in time, when I don’t feel it’s inappropriate to forward the link to her family, I hope they’ll be touched as well.

Thank you also for the lovely, poetic responses I got to my question about the way you imagined Serge Lutens as a child. Perhaps he’s had a glance and been amused. I might find out one day…

I’m not going to utter a total cliché by saying that my friend EEM would have wanted me to go on as usual, but I do know the last thing she’d have wanted was for me to stop writing. I will post a new review very soon : I have a few written up.

Meanwhile, the winner of the Serge Lutens Jeux de Peau sample draw is Delfina. Please contact me with your address at graindemusc at gmail dot com.



Tout d’abord j’aimerais vous remercier de vos pensées pour mon amie Eleven European Mystics, même si peu d’entre vous ont eu l’occasion de la « croiser » dans les commentaires côté anglais…

Merci aussi de vos réponses poétiques à ma question sur la façon dont vous vous imaginiez Serge Lutens enfant. Il y a peut-être jeté un coup d’œil… Je le saurai peut-être un jour.

Je ne vais pas tomber dans le cliché en disant que mon amie EEM aurait voulu me voir reprendre le cours du blog comme si de rien n’était, mais je sais qu’elle aurait voulu tout sauf que je me détourne de l’écriture. Je publierai très vite un texte sur un nouveau parfum : j’en ai quelques-uns en réserve.

En attendant, la gagnante du tirage au sort de l’échantillon de Jeux de Peau de Serge Lutens est Farfadette. Merci de me contacter avec votre adresse à graindemusc arobase gmail point com.



Illustration: L'enfant au pain d'Ozias Leduc.