lundi 10 février 2014

Le printemps en 4 nuances de vert: Carven, Elie Saab, Balenciaga, Bottega Veneta


La couleur de l’année 2014 ? Un mauve-rose pastel dénommé « Radiant Orchid » (« orchidée rayonnante »), a décrété Pantone. Le chien de l’industrie du parfum a dû manger le mémo : si la vague d’« eaux » continue cette année de déferler, au rose 2013 a succédé une palette printanière allant du vert amande au vert d’eau.


Carven L’Eau de Toilette
Depuis 1946, ce vert est la signature de Carven. Si le splendide étui rayé en papier plié n’a pas été repris sous la nouvelle licence Jacques Bogart, le chypre vert gardénia Ma Griffe a été restauré par les soins de Francis Kurkdjian, qui signe également les nouveautés. Après une Eau de Parfum l’an dernier, Carven L’Eau de Toilette sera lancé chez Colette fin février, mondialement à la mi-avril. Un jus vert tilleul travaillé autour de l’idée de blancheur, qui se traduit en floral pétales-moites avec une note melon en tête se fondant dans un bouquet plutôt abstrait, légèrement épicé, composé de fleurs « muettes » (freesia, pivoine, glycine, jacinthe, pois de senteur…).

Elie Saab L’Eau Couture

C’est également Francis K. qui signe le deuxième parfum d’Elie Saab. Cette fois, le vert prend une inflexion délicatement gourmande, inspirée par la petite facette amande fraîche de la fleur d’oranger en bouton. Encore une fois, l’idée de fraîcheur florale – portée par un accord magnolia rosé-citronné – se décline sur le mode néo-aquatique : voilà pour « L’Eau ». Le fond gourmand, traité avec élégance avec une vanille particulièrement lumineuse, ne dément pas le versant « Couture ». Un sillage joliment cosmétique aussi facile à porter qu’une tunique en soie…


Balenciaga Rosabotanica

Le thème olfactif de cette variation sur Florabotanica n’est pas à proprement parler le vert – tout de même affiché sur l’étui avec son fond vert d’eau. Mais cette rose déconstruite par Olivier Polge et Jean-Christophe Hérault, a des relents aromatiques, presque médicinaux (dus aux effets menthe-romarin de la cardamome) semble cueillie dans le jardin d’un herboriste de science-fiction. Ces facettes vertes, affirme Jean-Christophe Hérault, sont bel et bien présentes dans la rose. Elles se lient au vétiver via une autre note verte, celle de la feuille de figuier. L’une des roses les plus délicieusement insolites du marché.


Bottega Veneta Essence Aromatique

Lancé début mars, le nouveau parfum de Michel Almairac pour la marque italienne (sous licence Coty comme Balenciaga) joue également sur une palette aromatique-médicinale. Pas mal vu, puisqu’il s’agit d’une réécriture de l’eau de Cologne, parée de vertus thérapeutiques au 18ème siècle… Comme dans Rosabotanica, la rose est associée ici à une épice hespéridée-terpénique – en l’occurrence, la coriandre. Bergamote en tête pour l’effet Cologne, fond ambré « bois flotté » pour l’ambiance « bains de mer sur la côte adriatique en maillot à 600 euros » (les maillots de Tomas Meier, directeur artistique de Bottega Veneta, n’étant pas de mauvais investissements : j’en ai acheté deux en solde il y a dix ans, et ce sont toujours mes préférés)… On songe aussi, de loin, à cette autre réinvention de l’eau de Cologne, l’Eau Dynamisante de Clarins.

On peut noter en passant que toutes ces marques ont, suivant l’exemple de Prada, confié leur portefeuille olfactif à des parfumeurs attitrés : Francis Kurkdjian chez Carven et Elie Saab, Olivier Polge et Jean-Christophe Hérault chez Balenciaga (même si la nomination du premier chez Chanel et le départ de Nicolas Ghesquières risque de changer la donne), Michel Almairac chez Bottega Veneta (il signe aussi toute la série de roses de Chloé, également sous licence Coty).

Illustration: Untitled de Cy Twombly.

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