mercredi 12 février 2014

Contrefaçon en parfumerie



Hier, un mail tombait dans ma BAL : Pirate-Parfum s’indigne d’avoir été assigné au Tribunal de Grande Instance par vingt grandes marques. Proteste de n’avoir jamais copié leur produits, mais simplement eu recours à la publicité comparative : « La société propose des parfums de sa propre fabrication et les compare à des "produits concurrents composés des mêmes ingrédients principaux et des produits de la même famille olfactive". »

Ces « francs-tireurs » auto-proclamés, jouant sur le discours des éditeurs de logiciels libres – mais ne poussant pas la logique jusqu’au bout puisque leurs formules ne sont pas open-source --  s’érigent en défenseurs du consommateur en lui proposant des parfums moins chers, puisqu’ils ne supportent pas le prix du marketing desdits jus.

Et pour cause : Pirate-Parfum, sur son site, annonce clairement la couleur en comparant ses produits avec les leaders du marché. Et les internautes ne s’y trompent pas : dans le fil consacré à ce site marchand sur le forum Beauté-Test, c’est bien la qualité plus ou moins réussie de ces plagiats qui est évaluée. Même sur le billet consacré hier par Domik d’Auparfum au même communiqué, les seules réactions au moment où je rédige ces lignes sont celles d’internautes intéressés par des copies bradées de leurs jus préférés.

 Désolée, mais c’est désolant. D’autant plus que Pirate-Parfum assène, dans son communiqué, l’argument le-beurre-et-l’argent-du-beurre qui devrait l’affranchir de tout soupçon de contrefaçon :

Une jurisprudence française en faveur de Pirate-Parfum
Pour le droit d'auteur, dès 2006, la Cour de cassation avait considéré que la fragrance d'un parfum procédait de la seule mise en œuvre d'un savoir-faire et ne constituait pas une forme d'expression pouvant bénéficier de la protection par le droit d'auteur. Arrêt confirmé par une autre décision en 2013.

Autrement dit, ces défenseurs auto-proclamés du consommateur s’appuient sur une décision juridique aberrante qui va à l’encontre de toutes les convictions des amoureux du parfum. Tout en se prétendant voués, je cite, à « la libération du parfum ». Libéré de quoi, au juste, le parfum ? De la créativité ?

Certes, nous sommes nombreux à déplorer que les grandes marques en manquent, de créativité, et se piratent les unes les autres en empilant tous les ingrédients des best-sellers du moment dans des mash-ups aux effluves de carambolage olfactif. Qu’elles consacrent des budgets plus importants à la promotion et au packaging de leurs parfums qu’à ce que contiennent leurs flacons.  

Il n’en reste pas moins que si les consommateurs convoitent J’Adore, Coco Mademoiselle ou Terre d’Hermès – sans compter Shalimar, N°5 ou Angel, bref pas les plus indigents des jus, et ceux précisément dont « s’inspire» Pirate-Parfum – c’est bien parce que Dior, Chanel, Thierry Mugler ou Hermès ont consacré des budgets maousse à développer, à faire connaître et à soutenir leurs produits, en s’appuyant sur le prestige de leurs marques respectives.

On ne peut pas aimer le parfum et soutenir Pirate-Parfum, comme le souligne Auparfum.com. L’affaire a été entendue le 11 février. Pour le coup, franchement, on espère que les « vingt grandes marques » obtiendront gain de cause.

Sur la question ô combien épineuse du droit d’auteur en parfumerie, voir mon billet consacré à la question, ainsi que celui de Poivre Bleu sur Auparfum.

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