dimanche 10 mai 2009

Géranium pour Monsieur de Dominique Ropion pour Frédéric Malle Éditions de Parfums : Vortex Vert Menthe pour Dandy Sidéral



Après le déconcertant Dans tes Bras, Frédéric Malle persiste dans l’exploration d’univers parallèles de la parfumerie en lançant une autre création étonnamment futuriste qui bouscule le train-train de la famille fougère. Laquelle, désormais proliférante dans les rayons masculins des parfumeries sous la forme de « fougères aromatiques » cheap et sans imagination, en avait cruellement besoin.

Peu de parfumeurs se sont risqués avec succès à jouer la menthe en note dominante, à part Mathilde Laurent, qui l’a plantée dans un talus d’herbe fraîche dans l’Aqua Allegoria Herba Fresca composé durant ses années Guerlain, puis entourée de notes boisées et balsamiques neuf ans plus tard dans son récent, et brillant, Roadster pour Cartier. La beauté et la complexité du matériau est éclipsée par ses connotations chewing gum/dentifrice, et pour l’apprécier, il faut écarter ses idées préconçues… Car, ne vous y trompez pas, malgré son nom, Géranium pour Monsieur est un parfum à la menthe, de la tête au fond.

Dominique Ropion a aligné les succès au cours de sa carrière distinguée, mais pour moi, c’est Frédéric Malle qui a révélé son génie : Carnal Flower mérite pleinement son rang aux côtés de Fracas et de Tubéreuse Criminelle au paradis de la tubéreuse ; idem pour Vétiver Extraordinaire, sans doute l’un des meilleurs du marché depuis que celui de Guerlain a été reformulé ; quant à Une Fleur de Cassie, je le considère comme l’un des plus beaux parfums des dix dernières années.

C’est de Frédéric Malle, semble-t-il, qu’est venue l’inspiration de Géranium pour Monsieur : il avait envie, explique-t-il, d’une composition qui rappelle les lotions et les savons de barbier d’antan – et le géranium est, indéniablement, une note d’eau de toilette masculine à l’ancienne. Mais l’interprétation de Ropion n’a rien de rétro : sa néo-fougère s’arrache au trio coumarine, lavande et mousse de chêne tout en conservant l’arrondi, le lissé de savonnette de classiques comme le magnifique Canoë de Jean Carles pour Dana ou de sa progéniture, le jadis-incontournable Brut de Fabergé.

La bouffée de menthe de Géranium pour Monsieur est tellement saisissante qu’on peut pratiquement goûter sa fraîcheur anesthésiante, et tellement prolongée qu’elle aspire toutes les autres notes dans son vortex bleu glacier pendant des heures.

Comme Octavian Coifan l’a noté dans son analyse de Géranium pour Monsieur, le géranium et la menthe recèlent plusieurs molécules communes, et c’est là-dessus que Ropion a joué pour fondre plusieurs types de fraîcheur : celle, glaciale et dentelée, de deux types de menthe ; celle, plus arrondie et teintée de citronnelle, du géranium, qu’il enchaîne à une note tout aussi « ronde », mais plus chaude, celle de l’anis (anethol) ; et enfin, celle du Floralozone, matériau que je n’ai jamais senti mais que son fabricant, IFF, décrit ainsi : « Puissant, propre, vert, ton d’air frais rappelant les brises océaniques. Allège les fragrances sans dominer grâce à sa nature neutre ».

La facette rosée du géranium est difficile à distinguer de prime abord. Elle apparaît au moment où l’on se dit que Géranium pour Monsieur se cantonne dans la fraîcheur, avec une vibration sombre, sèche et boisée qui évoque le cèdre sans en être : très probablement un effet de l’accord de base Ambroxan, avec ses accents médicinaux de sauge sclarée, de l’encens et du santal.

L’odeur menthée est si tenace que le musc et le benjoin, avec ses facettes de vanille et de cannelle, mettent longtemps à se manifester pour réchauffer la charpente boisée de la composition. Les derniers accords évoquent un savon de bonne qualité ; leur rémanence est remarquable.

Comme dans le cas de l’avant-gardiste Dans tes Bras, on peut mettre longtemps à se faire aux effets sidérants, voire futuristes, de Géranium pour Monsieur. Je ne sais pas encore si je le porterais cette senteur « qui s’aventure là où aucun homme n’est jamais allé », mais comme dirait le M. Spock de Star Trek, en haussant le sourcil : « Fascinant ».

Image: Vortex en bord de fuite du nouvel aileron arrière de la Ferrari Maranello, réalisée par le studio Geomagic.

jeudi 7 mai 2009

On the Air! Listen to Bertrand Duchaufour, Grain de Musc and 1000fragrances on France Inter Monday May 11


Time to brush up on your French: Octavian Coifan of 1000fragrances and I have been invited to discuss with L'Artisan Parfumeur's in-house perfumer, Bertrand Duchaufour, on a very popular consumer-oriented radio show, Service Public, on the French national radio France-Inter.

The lovely and whip-smart Isabelle Giordano – who presented this year’s Prix Jasmin, a French perfume industry ceremony awarding fragrance writing and photography – will be grilling us on… fragrance, of course. Why is it so expensive? Why is it so hard to review it?

The show airs on Monday May 11th at 10 A.M., French time. You can download a podcast on the same day (but no later) or listen to it online from the France-Inter archives for 10 days following the broadcast.


To listen live or download the show, click on this link.


En direct ! Écoutez Bertrand Duchaufour, Grain de Musc et 1000fragrances sur France Inter lundi 11 mai


À vos postes : Isabelle Giordano me recevra avec Octavian Coifan du blog 1000fragrances et Bertrand Duchaufour, parfumeur-maison de L'Artisan Parfumeur, à l’émission Service Public, le lundi 11 mai de 10 heures à 11 heures.

La belle Isabelle, qui a présidé le jury du Prix Jasmin 2009, nous interrogera sur les parfums (évidemment), autour des questions suivantes : Pourquoi sont-ils si chers ? Pourquoi est-il si difficile d’en faire la critique ?

Si vous ne pouvez pas nous écouter en direct, vous pouvez télécharger le podcast (mais il faut le faire le jour même). Sinon, les émissions peuvent être réécoutées sur le site de France-Inter pendant 10 jours.


Pour écouter ou télécharger l’émission, cliquez sur le lien de l'émission Service Public.


A Curious Case of Cloning… The Party in Manhattan



Talk about being late to the party… A couple of years late, at least. Nevertheless, I was thrilled when my friend Tara showed up with a sample of The Party in Manhattan, which as far as I can tell isn’t available in Paris.

And what a lovely scent it is. A fruity lactonic chypre with a distinct peach top note wrapped in a whiff of civet, a rose- jasmine heart and an oakmoss/patchouli/amber base… What’s not to love?

Except. That. I already own this scent. Or its twin. Acqua di Parma Profumo, in its pre-reformulated version (it was excellent remade by Nathalie Lorson last year). Not absolutely the same, but I’d be willing to bet the formulas to those two are practically identical, though the suppliers may be different (the peach in The Party takes on a more candied flavor because of the banana facet of jasmone).

A quick Google search… Yes, it figures. Who’s behind The Party? One Paolo Borgomanero, the very same gentleman who re-launched the Acqua di Parma line, along with Diego della Valle (Tod’s) and Luca di Montezemolo (Ferrari) in 1993, before selling 50% of it to LVMH in 2001 (it became sole owner in 2003).

Did il Signore Borgomanero take a few formulas along when he started The Party? Acqua di Parma Profumo is, according to the brand’s website, a 1930s formula, though no trace of the fragrance has been found in period magazines by Octavian Coifan, who owns quite a collection of them (which doesn’t mean it didn’t exist, but may point towards a little historical creativity). As for The Party in Manhattan, the inspiration is supposed to be a 1930s scent: the website doesn't say which, but inan interview given by Mr. Borgomanero to Cosmetics Business, he says it was called Galore.

Well, fiddledeedee. Galore, still in production, is a Germaine Monteil scent launched in 1964, and not a chypre, for that matter.

Delving deeper into the DNA of The Party/Profumo twins, we do in fact find a 1920s fragrance: Jean Patou Que Sais-je? (1925), Henri Alméras’ sunny answer to Jacques Guerlain’s moody masterpiece: Mitsouko.

That’s quite a distinguished lineage for The Party, though not an entirely legitimate one. But as Profumo has been reformulated, Que Sais-je? is discontinued (though the 1980s re-edition orchestrated by Jean Kerléo can still be found online) and Mitsouko is… well, never mind, The Party can still be warmly recommended to vintage-style chypre lovers. The Perfume Posse trio who reviewed it found it quite high on the skank-meter: I don’t find it particularly dirty, but then, maybe my indole-setting is particularly high…


Image: Veronica Lake by George Hurrell