mardi 16 septembre 2008

Chanel N°5 Eau Première sheds a pearly light on a myth



Make N°5 younger?

And why not tickle the Mona Lisa to make her crack a real smile? Slap some blusher on the Venus de Milo? Paint Versailles candy pink? (Mind you, since Jeff Koons has been showing there, that’s kind of done.)

Well, Jacques Polge has done it. And it’s utterly lovely.

N°5’s streamlined Art Deco silhouette has been turned to flesh like Pygmalion's Galatea, lit with the pink, lemon and peach hues of dawn in a Fragonard painting, breaking through a pearly cloud of musk. The ice cap of the myth has melted: Eau Première gives N°5 the amiable face she could have had in her youth, if she’d ever been under 30 by shedding a different light on her.

Too matronly, too obvious, too successful, too copied, N°5 has put off many perfume lovers despite its iconic status: that of the perfume, als dich, whose very perfection can be intimidating. Not to mention the millions of women who wear it.

In Eau Première, the trademark aldehydes are slightly muted: the hairspray note appears, but more as a quotation than in a starring role, to assure us that this nymph does indeed carry N°5’s DNA, and its fresh cheeks are held up by her ancestor’s cut-glass cheekbones. The citrusy top notes are amped up, blended in with a peachy rose accord underlined by citrusy aldehydes; the musk base notes, more perceptible in vintage versions of N°5, are pushed to the foreground. The iris has absconded, the ylang-ylang is more muted. The vanilla-sandalwood base is more obvious. The drydown is the phase in which N°5's bone structure appears most noticeably: it is similar to the smell of the body lotion.

The result, with its fairly quiet sillage, is more tender, more flattering, more accessible and also more legible, which isn’t necessarily a flaw: if Eau Première was conceived as a gateway into the world of N°5, it stands on its own as a fragrance rather than coming off as a mere flanker.

When she asked Ernest Beaux to conceive a perfume for her, Gabrielle Chanel wanted it to “smell like a woman”. Eau Première smells like a woman too. But this one’s smiling.

Chanel N°5 Eau Première, after an aborted launch in 2007 due to a defect in the cap, is now once more available. And not a minute too soon.

Image: Jeune fille délivrant un oiseau de sa cage (Young Girl delivering a bird from its cage), by Jean-Honoré Fragonard.

Chanel N°5 Eau Première, un mythe reteint aux couleurs de l'aurore


Rajeunir le N°5 ?

Et pourquoi pas chatouiller la Joconde pour qu’elle sourie enfin franchement ? Flanquer un coup de blush à la Vénus de Milo ? Repeindre Versailles en rose bonbon ? (Quoi que, depuis que Jeff Koons y expose…)

Eh bien, c’est fait. Jacques Polge a osé. Et c’est magnifique.

La silhouette Art Déco carénée du 5 a pris chair, éclairée des teintes roses, citron et pêche de jour naissant des tableaux de Fragonard, dans un nuage nacré de musc. Les glaces du mythe ont fondu, et l’Eau Première rend au 5 le visage aimable qu’il aurait pu avoir dans sa jeunesse s’il avait jamais eu moins de trente ans, redécouvert d’être éclairé autrement.

Trop dadame, trop évident, trop vendu, trop copié, le N°5 en a rebuté plus d’une malgré son statut d’archétype du parfum. Dans l’Eau Première, les fameux aldéhydes qui sont sa signature sont mis en sourdine : la note « laque Elnett » ne fait plus son apparition que comme citation, pour nous assurer que cette nymphe a bien l’ADN du 5, et que ses joues fraîches sont tendues par les pommettes en coupole de l’ancêtre. Les notes hespéridées sont boostées, mariées à un accord pêche-rose ; le fond de musc, plus prononcé dans les flacons anciens de N°5, est remonté au premier plan, l’iris escamoté, l’ylang-ylang moins fortement dosé. Le fond de vanille-santal est également amplifié.

Le résultat, au sillage assez modéré, est plus flatteur, plus accessible, plus lisible aussi, ce qui n’est pas forcément un tort : si l’Eau Première a pu être conçue comme une entrée dans l’univers du N°5, c’est aussi un parfum à part entière plutôt qu’un simple flanker.

Lorsqu’elle demanda à Ernest Beaux un parfum, Gabrielle Chanel voulait qu’il « sente la femme ». L’Eau Première sent la femme aussi. Mais celle-là sourit.

Chanel N°5 Eau Première, après un lancement avorté l’an dernier à cause d’un défaut de flaconnage, sera disponible à partir du 10 octobre. Ce n'est pas trop tôt.

Image: Portrait de Mademoiselle Guimard par Jean-Honoré Fragonard.

lundi 15 septembre 2008

Carmen Tortola Valencia, Myrurgia's Maja


If Myrurgia’s Andalusian dancer is mythical in Spain, it isn’t only because she adorns the labels of its most famous fragrance. Her model, the dancer Carmen Tortola Valencia, is herself a legend in her native country.

Born in 1885 in Triana, the gypsy quarter of Seville, Carmen Tortola Valencia grew up in London, where her parents emigrated when she was three. It was there that she began dancing to support herself in 1908, in a music-hall. But her career took a new, more artistic turn when she discovered the American dancers Loïe Fuller and Isadora Duncan in Paris, the following year.

Considered one of the most beautiful women in Europe, highly cultured, and a sometimes painter, Tortola Valencia studied the traditional dances of Africa, the Orient and India to draw her inspiration from them. Nicknamed the « Barefoot Dancer »by the poet Ruben Dario, she shocked and fascinated as much by her sensuous choreographies – such as « The Dance of Incense » -- as by her free and scandalous private life. There were rumours of affairs with the Prince of Wales and the King of Spain, Alfonso XIII, as well as with the great Italian poet Gabriele d’Annunzio and the Spanish painter Ignacio Zuloaga, who did her portrait in 1914. She was said to be engaged to the marquess of Vinént : she wasn’t ; he was gay. In fact, so was she : her most constant companion, until her death in Barcelona in 1955, was Angeles Vila-Magret, fourteen years her junior.

The Buddhist, vegetarian and lesbian Tortola Valencia became the muse of Spanish painters and writers. Ruben Dario, Pio Baroja, Miguel de Valle-Inclan and Raul Gomez de la Serna all wrote poems in her honour.

In 1918, a photograph of Tortola Valencia, wearing the traditional comb and mantilla of the Spanish majas, inspired the design of the label for Myrurgia’s Maja fragrance. Her haughty silhouette, adorned in red and black, would be redesigned so many times that very little trace remains of her saucy features. What a strange way for the Queen of baile to survive the oblivion to which dance, the ephemereal art in which so many women expressed their genius, succumbs by its very nature.


Image: Carmen Tortola Valencia, photographed by Espasio Amatler (1914)

Carmen Tortola Valencia, la Maja de Myrurgia


Si l’Andalouse du Maja de Myrurgia est mythique en Espagne, ce n’est pas uniquement parce qu’elle figure sur l’étiquette des célèbres savonnettes. Son modèle, la danseuse Carmen Tortola Valencia, est elle-même une légende dans la péninsule ibérique.

Née en 1885 dans le faubourg populaire de Triana, à Séville, Carmen Tortola Valencia grandit à Londres où ses parents ont émigré lorsqu’elle avait trois ans. C’est à Londres qu’obligée de gagner sa vie, elle débute dans le théâtre des variétés en 1908. Mais c’est à Paris qu’elle découvre, l’année suivante, les grandes danseuses américaines Loïe Fuller et Isadora Duncan, dont elle sera l’émule.

Considérée comme l’une des plus belles femmes d’Europe, éminemment cultivée, peintre à ses heures, Tortola Valencia étudie les danses traditionnelles d’Afrique, d’Orient et d’Inde pour s’inspirer. Surnommé « la danseuse aux pieds nus » par le poète Ruben Dario, elle choque et fascine tant par ses chorégraphies sensuelles – comme « La Danse de l’encens »-- que par sa vie privée libre et scandaleuse. On lui prête de nombreuses conquêtes, du prince de Galles au roi Alfonso XIII en passant par le poète italien d’Annunzio ou le peintre espagnol Ignacio Zuloaga qui fit son portrait en 1914, et même des fiançailles, vite démenties, avec le marquis de Vinént (qui était en fait homosexuel). Mais son véritable amour, elle le vit avec Angeles Vila-Magret, qui demeurera sa compagne jusqu’à sa mort à Barcelone en 1955.

Bouddhiste, végétarienne, lesbienne, la flamboyante Tortola Valencia devient la muse des artistes et des poètes espagnols comme Ruben Dario, Pio Baroja, Miguel de Valle-Inclan et Raul Gomez de la Serna, qui lui consacrent des poèmes.

C’est en 1918 qu’un portrait de Tortola Valencia, coiffée du peigne et de la mantille traditionnels des majas espagnoles, inspire le design de l’étiquette des parfums Maja de Myrurgia. Sa silhouette cambrée, parée de rouge et de noir, sera maintes fois modernisée par la marque, estompant peu à peu les traits piquants de l’original. Curieuse façon pour celle qui fut en son temps « La Reina del Baile » de survivre à l’oubli auquel la danse, art éphémère où tant de génies féminins se sont illustrés, succombe par sa nature même.


Image: Carmen Tortola Valencia en maja (1918)