lundi 30 mai 2016

Dialogue olfactif autour de Francis Ponge, Maison de la Poésie de Paris, 16.06.16


Parfums et Ponge

Un dialogue de Jean-Christophe Hérault 
et Denyse Beaulieu


La poésie a-t-elle un parfum ? Peut-on écrire un poème en odeurs ?

Le 16 juin prochain, je suis accueillie par la Maison de la Poésie de Paris avec Jean-Christophe Hérault, parfumeur chez IFF (Rosabotanica chez Balenciaga, la Collection Extraordinaire de Thierry Mugler...).

Jean-Christophe Hérault y présentera une série de compositions olfactives suscitées par cinq textes du poète français Francis Ponge, – L’Huître, La Guêpe, Le Mimosa, Carnet du bois de pin et La Mounine. Le thème du mimosa étant ce qui m’a poussée à proposer ce dialogue à Jean-Christophe, qui avait créé un « kaléidoscope » autour de l’odeur de cette fleur pour une séance de Speed-smelling...

Au programme : olfactions, dialogue entre Jean-Christophe et moi-même, et lectures d’extraits de ces textes par l’acteur et metteur en scène Pierre Baux, auteur d’adaptations de Francis Ponge pour le théâtre.

Je serais évidemment ravie de vous y voir – attention, il faut réserver sa place : pour ce faire, cliquez ici.

À l’origine de cette soirée, une intuition, suscitée par la lecture du recueil dont la plupart de ces textes sont tirés, La Rage de l’expression. Ou plutôt, deux évidences. D’abord, que ces textes composaient des parfums. Comme l’écrit Ponge :

… de ce paysage il faut que je fasse conserve […], que j’en lie un bouquet pouvant être tenu à la main…

Ensuite, que la démarche même du poète dans ces textes pouvait éclairer celle du parfumeur, du moins dans son approche du figuratif, dans la mesure où Ponge cherche à rendre compte de la spécificité des objets (ou des paysages) à travers des métaphores audacieuses. 



Certains textes de La Rage de l’expression, où Ponge reformule plusieurs fois différemment ses « définitions » du mimosa, de la guêpe, du bois de pin ou d’un paysage proche d’Aix-en-Provence, m’ont par ailleurs rappelé la face cachée du travail du parfumeur alors qu’il équilibre et agence différemment ses notes et ingrédients pour cerner l’effet souhaité. Et ça aussi, j’avais envie de le montrer via Ponge.

Dans La Rage de l’expression, encore :

Je désire moins aboutir à un poème qu’à une formule, qu’à un éclaircissement d’impressions…
… ne pas publier seulement la formule à laquelle on a pu croire avoir abouti, mais […] publier l’histoire complète de sa recherche, le journal de son exploration.



Supposons que le parfum, par-delà son statut de marchandise, soit aussi une façon de connaître le monde. (Ponge : « l’expression de l’idée, de la qualité propre, différentielle, comparée du sujet »). Un tel éclairage peut être une tentative de le penser, c’est-à-dire de le soustraire à la fois à l’aphasie de l’inculture olfactive et au verbiage d’un discours commercial où les mots « poésie » et « émotion » ne sont plus que des déclencheurs d’achat…

Par-delà l’illustration des mots par les senteurs – il ne s’agit pas de traiter le poème comme une espèce de brief marketing doté de plus-value culturelle –, cette rencontre mettra plutôt en regard deux pratiques créatives liées l’une et l’autre à la définition de l’objet dans ce qu’il « a de brut, de différent ». Et permettra, donc, d’éclairer ce qui, de l’art trop méconnu du parfumeur, est aussi une façon de connaître le monde ; une rage de l’expression.

Événement réalisé avec le soutien d’International Flavors & Fragrances (IFF)

Maison de la Poésie de Paris
Le 16 juin 2016 à 19h00
Passage Molière
157 rue Saint-Martin
75003 Paris









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