lundi 12 mai 2014

Wisteria Hysteria de Comme des Garçons X Stephen Jones: Glycine glaciale




C’est pour sa glycine que j’ai loué mon premier studio à Paris, un truc à mezzanine dont l’escalier escarpé a failli me faire la peau par quelques lendemains de fête. Le jour où j’ai visité l’endroit, des grappes mauves dégoulinaient de la fenêtre en arche…

La glycine, donc. Et puis le fait qu’Hemingway ait écrit Le Soleil se lève aussi dans l’hôtel voisin. Que Valéry Larbaud ait traduit l’Ulysse de James Joyce dans l’immeuble même. C’est là que j’ai décidé que je ne serais jamais prof de fac, dès que j’ai publié mon premier article dans un magazine français. Là que j’ai savouré mon premier « petit déjeuner parisien » -- « achète les croissants, j’apporte le champagne » -- avec un étudiant rencontré dans le bus. Il m’a laissé un exemplaire du Pedro Paramo de Juan Rufo en partant. Je me suis vaguement demandé pourquoi il n’avait jamais rappelé. Lorsque j’ai fini par lire le roman, j’ai découvert son numéro sur la dernière page… Mais quand on a à peine plus de vingt ans, il y a carambolage de garçons sur le paillasson, et je n’ai jamais rappelé celui-là. Dans l’hystérie des glycines, c’était le printemps toute l’année.

Depuis, j’ai souvent harcelé les parfumeurs pour qu’ils créent une glycine. En vain : comme bien des fleurs dites « muettes », celle-là n’est apparemment qu’un salmigondis de fleurs lorsqu’on la sent en flacon. Je pense même avoir songé au nom « Wisteria Hysteria » -- rime richissime capable d’évoquer l’effarant « enlacement ophidien » de ses vrilles, « sa puissance meurtrière, qui sert une convaincante beauté », écrit Colette dans Pour un herbier… Amour printanier mais baiser de la mort.

Pour sa deuxième collaboration avec Stephen Jones, chapelier fou de la perfide Albion, Comme des Garçons s’est attaqué à cette fleur fatale en l’emprisonnant dans une gangue de givre. C’est contre un mur en acier brossé, inoxydable et impossible à tordre, qu’elle grimpe aux rideaux.

Nathalie Feisthauer, sous la direction de Christian Astuguevieille, a soumis la glycine au même traitement que le lilas « fleur de scotch » de l’eau de parfum ou la violette-sur-une-météorite du premier Stephen Jones X CdG. Reproduire l’odeur de la fleur telle quelle ? Pensez-vous, ce serait d’un gauche… Non, cette glycine-là est une mutante, une vampiresse qui a sucé le sang de la créature blafarde, issue de Cracovie via Kyoto, qui incarne le parfum dans la vidéo d’Henry Pincus.

Cet effet minéral, métallique, presque sanguin, c’est la conflagration du poivre, de l’encens et de l’indole qui la produit. En filant sur sa météorite, la violette du premier Stephen Jones a lâché quelques pétales. En souffle de fond, une bouffée de bois-qui-pique fait frémir les grappes glacées.

Si cette wisteria souffre d’hysteria, son symptôme se manifeste plutôt sous la forme de ce que la psychiatrie, époque Charcot, appelait « l’état crépusculaire »[1], proche du somnambulisme ou de l’hypnose. Aussi chic et vaguement effrayant qu’un bibi de Stephen Jones, en somme.


[1] « Altération transitoire de la vigilance, avec sentiment de déréalisation et irruption de l'imaginaire mais maintien relatif des repères temporospatiaux, voire d'une activité relativement coordonnée, bien que souvent automatique », précise Psychologies.com

lundi 5 mai 2014

For Grain de Musc's 6th birthday, a list of 50 fragrances that got under my skin


Grain de Musc turns six today! Not a bad time to take stock. Or rather, to turn back to the fragrances that have stuck: the ones I’d be wearing if I weren’t constantly testing new stuff – a lovely problem to have, but nevertheless quite an annoying one… So here it is: my personal hall of fame. I’m just listing the ones I own full bottles of – and, again, only the ones I regret not having more time for. With a couple of exceptions, I’ve left out discontinued vintage or irretrievably reformulated classics (like Vent Vert). I've included the links, so if you want to go back on some of my write-ups over these six years, click away!

Chanel heads the list with no less than eight choices: 31 rue Cambon, N°19, N°22, N°18, Cuir de Russie, 1932, N°5 Eau Première and Cologne

Frédéric Malle follows closely with six: Le Parfum de Thérèse, Carnal Flower, Une Fleur de Cassie, Musc Ravageur, Dans tes bras and a newcomer, Eau de Magnolia.

Guerlain, obviously, with five picks: Mitsouko (still my all-time favorite, especially in its current extrait version), Vol de Nuit (ditto), Jicky (vintage), Attrape-Cœur/ Guet-Apens/ Vol de Nuit Évasion and Sous le Vent.

Annick Goutal lines up four: Songes, Mon Parfum Chéri, Grand Amour and Eau du Sud.

Cartier tallies up four as well, with: La Panthère, La Treizième Heure, L’Heure Fougueuse and L’Heure Mystérieuse.

L’Artisan Parfumeur yields three with (duh) Séville à l’aube, La Traversée du Bosphore and Nuit de Tubéreuse.

Serge Lutens, surprisingly, tallies up only three, perhaps because his was the first niche brand I adopted and other loves have crowded out his line-up: Bois de Violette, La Myrrhe and Boxeuses.

Hermès is another brand I admire, though ultimately I’ve truly connected with only one JCE, Eau deNarcisse Bleu. The two others are the classic Eau d’Orange Verte and Bel Ami.

Parfum d’Empire also lines up three: Azemour, Aziyadé and Cuir Ottoman.

Patou comes in with two picks, Eau de Patou and 1000, as does Rochas with Femme (vintage) and Eau de Rochas.

And then…
Le Labo: Ylang 49
Arquiste: Anima Dulcis
Iunx: L’Éther
Les Nez: Manoumalia
Comme des Garçons: Avignon
Bulgari: Black
Robert Piguet: Bandit (vintage)
État Libre d’Orange: Putain des Palaces
Vero Profumo: Mito


I didn’t do it on purpose, but the list yields a nice round 50. I’m too lazy to look up launch dates, but out of those 50, I can count only a dozen pre-1990s fragrances, so it turns out I’m not that much of a vintage girl (maybe because most bottles live in the refrigerator). There aren’t more than a dozen either that came out in the mainstream, so: definitely niche and exclusives, from fairly classic houses.

As far as genres go, chypres pretty much dominate the selection with a least twenty picks. But I’m surprised to find six colognes since I never thought of myself as a citrus lover (though most of those can come under “chypres”). About ten fragrances rate as “white florals”, and as many have leather notes. Orientals are scarcer, gourmands practically absent.

So there you go. With chypres in the middle, branching out on one side into white florals via fruity/lactonic notes, and on the other with leathers via their darker, woody-mossy tones, it’s as good a way as any to draw a personal scent map.

What about you? Have you ever listed your “standards” to find out where you stand on the map?

Pour les 6 ans de Grain de Musc, petit bilan des 50 parfums qui auront ma peau



Grain de Musc fête son sixième anniversaire aujourd’hui. C’est l’occasion d’un petit bilan ou plutôt, d’un inventaire des parfums que je porterais si je ne testais pas constamment de nouveaux jus – problème de femme du monde, certes, mais qui n’en reste pas moins agaçant par moments…

Alors voilà : mon panthéon perso, celui des parfums que j'ai dans la peau. Je n’ai répertorié que ceux dont j’ai un flacon. Plutôt pas les disparus ou les reformulés jusqu’à devenir méconnaissables, à deux ou trois exceptions près. Et l'occasion de revenir sur un certain nombre de billets rédigés au fil des ans, pour ceux qui auront envie de cliquer!

Chanel arrive en tête de liste avec huit sélections : 31 rue Cambon, N°19, N°22, N°18, Cuir de Russie, 1932, N°5 Eau Première et Cologne

Frédéric Malle suit de près avec six merveilles : Le Parfum de Thérèse, Carnal Flower, Une Fleur de Cassie, Musc Ravageur, Dans tes bras  et mon nouvel amour, Eau de Magnolia.

Guerlain en aligne cinq : Mitsouko (mon préféré de tous, excellent dans sa version extrait actuelle, on ne le répétera jamais assez), Vol de Nuit (idem), Jicky (vintage), Attrape-Cœur/ Guet-Apens/ Vol de Nuit Évasion et Sous le Vent.

Annick Goutal, quatre : Songes, Mon Parfum Chéri, Grand Amour et Eau du Sud.


L’Artisan Parfumeur, trois, avec (évidemment) Séville à l’aube, La Traversée du Bosphore, et Nuit de Tubéreuse.

Serge Lutens, étonnamment, décroche avec trois – sans doute parce qu’il s’agit de la première marque de niche que j’ai adoptée, voire habitée, et ses parfums sont plutôt liés à mon passé… Je retiens en tous cas Bois de Violette, La Myrrhe et Boxeuses.

Hermès, autre marque que j’admire, n’est pas forcément celle avec laquelle je vivrais le plus en fin de compte. Un seul JCE, Eau de Narcisse Bleu, et deux classiques : Eau d’Orange Verte et Bel Ami.

Parfum d’Empire, trois aussi: Azemour, Aziyadé et Cuir Ottoman.

Patou suit avec deux choix, Eau de Patou and 1000, ex-aequo avec Rochas pour Femme (vintage) et Eau de Rochas.

Et encore…
Le Labo : Ylang 49
Arquiste : Anima Dulcis
Iunx : L’Éther
Les Nez : Manoumalia
Comme des Garçons : Avignon
Bulgari : Black
Robert Piguet : Bandit (vintage)
État Libre d’Orange : Putain des Palaces
Vero Profumo : Mito

Sans le faire exprès, j’arrive à 50. Trop flemmarde pour vérifier les dates de lancement, mais sur le nombre, un peu plus d’une dizaine seulement datent d’avant les années 1990. Donc, au fond, je ne suis pas plus vintage que ça (peut-être parce que les flacons historiques vivent dans le frigo). À peine plus de dix sont mainstream : mes préférences vont manifestement au niche ou aux lignes exclusives, la plupart du temps de marques plutôt classiques.

Quant aux genres, les chypres dominent avec une vingtaine de sélections. Mais je suis étonnée d’y retrouver autant de colognes – je ne me suis jamais considérée comme une fêlée du citronné (cela dit, plusieurs d’entre elles peuvent être considérées comme des chypres). Une dizaine de floraux blancs, autant de cuirs, peu de roses ou d’orientaux, pratiquement pas de gourmands.

Disons qu’en plaçant les chypres au cœur de mon territoire d’élection – les aficionados de tauromachie diraient ma querencia --, flanqués des floraux blancs d’une part auxquels ils se relient par les notes fruitées lactoniques, et des cuirés d’autre part qu’ils rejoignent via leurs notes boisées-moussues, on arrive à une carte olfactive assez cohérente.

Et vous ? Avez-vous déjà tenté, en répertoriant vos incontournables, de tracer votre carte olfactive ?