dimanche 26 septembre 2010

IV -- L'Heure Fougueuse de Mathilde Laurent pour Cartier: Senteur de Centaure


Certains parfums dégagent une étrange justesse. Question d’affinité personnelle? Peut-être pas, lorsqu’on sait que Mathilde Laurent a écrit L’Heure Fougueuse (le numéro IV de la collection "Les Heures de Parfum" de Cartier) avec l’intention délibérée d’évoquer un archétype olfactif, comme elle l’avait fait pour La Treizième Heure.

Cette dernière était un travail sur la fumée, l’une des odeurs les plus anciennes connues de l’humanité. L’Heure Fougueuse rend hommage à sa conquête la plus noble, le cheval. Sa formule extrêmement simple, tracée d’une main aussi sûre que celle des auteurs de peintures rupestres, sertit une base que Mathilde Laurent appelle « l’accord crinière ».

Si vous ne captez pas une bouffée d’écurie au débouché de L’Heure Fougueuse, ne vous inquiétez pas. Les notes de tête, bergamote et maté, créent un effet de thé dont l’aspect tannique est intensifié par l’amertume de l’Evernyl (molécule principale de la mousse de chêne synthétisée). Le maté est, bien entendu, une sorte de thé à facette herbacées, tabac et foin (on n’est tout de même pas si loin de l’écurie) que Mathilde utilise en substitut de la mousse de chêne pour créer une structure chyprée.

L’illusion de thé est intensifié par l’utilisation d’un matériau floral et frais, le Karismal, proche de l’Hédione qui est l’un des composants à la fois du jasmin et du thé (Jean-Claude Ellena s’en est d’ailleurs servi pour créer l’effet thé au jasmin dans l’Eau Parfumée au Thé Vert de Bulgari). Les facettes citrus et florales du Karismal, mariées à la vanilline, suscitent également une note tendre et translucide de magnolia qui adoucit l’impression râpeuse, presque tactile de tannin.

Le Karismal et le maté figuraient également dans la formule de La Treizième Heure, dont L’Heure Fougueuse pourrait représenter l’aspect diurne et apaisé. Mais alors que XIII tire l’accord cuir vers l’extrémité brûlée du spectre, cette Quatrième Heure (pour les quatre pattes du cheval) joue sur la douce chaleur d’un cuir « vivant ».

L'accord "crinière" s'insinue alors comme une bouffée d'odeur charriée par le vent, un peu foin à la manière de l'absolue de narcisse ou de certaines qualités de jasmin, un peu sueur musquée, sans que l'on sache exactement si cette sueur est celle de la monture ou du cavalier. La légère teinte de cumin ferait pencher, parfois, plutôt vers l'humain – pas la bouffée faisandée qu’on se prend dans le métro l’été à l’heure de pointe, mais cette vague réminiscence d'un corps autre, lointain, qui remonte lorsqu’on repasse un vêtement vintage sans l’avoir envoyé au pressing...

Et c’est sans doute en cela que L’Heure Fougueuse vise juste, par ce halo d’odeur qui se situe en-deçà de toute identité masculine ou féminine pour susciter un sentiment d’humanité un peu animale – comme je le notais dans mes premières impressions, je me suis plusieurs fois retournée, d’instinct, pour trouver qui sentait si bon (et non pas qui portait ce délicieux parfum).

En suscitant cette aura ni masculine, ni féminine, mais aussi par sa structure de chypre frais, L’Heure Fougueuse est également, et délibérément, un hommage à la plus emblématique des fragrances partagées, L’Eau Sauvage d’Edmond Roudnitska – bien qu’elle se soit adressée aux hommes, son auteur escomptait bien qu’elle serait appropriée par les femmes, et il ne se trompait guère. Ainsi, la Fougueuse répond à la Sauvage, bien que ni l’une ni l’autre ne soit particulièrement échevelée. Au contraire, ce qui les rapproche est leur sens de l’équilibre.

Si ce n’était de son prix assez prohibitif – qui m’oblige à me contenter du décant fourni par Cartier – L’Heure Fougueuse serait le parfum que je me choisirais lorsque j’ai simplement envie d’être moi-même : elle me procure, curieusement, une sensation d’équilibre, une aisance affranchie de tout besoin d’ornement. Elle ne parle pas pour moi, elle ne me parle même pas particulièrement de moi : je m’y sens chez moi sans qu’elle me rappelle aucun foyer. Peut-être, dans une autre vie mythique, ai-je été centaure ?

Après tout, Mathilde Laurent a peut-être bien réussit à transcrire un archétype olfactif, une odeur littéralement encodée dans nos gènes...



Les nouvelles Heures de Parfum sortiront en novembre.

Pour un autre regard sur IV – L’Heure Fougueuse, cliquez sur l’avis d’Ambre Gris : comme nous avons découvert le parfum en même temps, nous nous sommes dit qu’il serait intéressant de rédiger nos textes sans échanger nos impressions et de les publier simultanément.

Et rendez-vous jeudi pour deux avis sur VII – L’Heure Défendue.



Illustration : Chevaux de la Grotte Chauvet (période de l’Aurignacien).


dimanche 19 septembre 2010

Sartorial by Bertrand Duchaufour for Penhaligon's: Subverting Fougère


Apart from smelling very good indeed, Bertrand Duchaufour’s new Sartorial for Penhaligon’s is a remarkable piece of work because it is also a reflection on perfumery – a demonstration of the theoretical self-awareness that sets the artist apart from craftsman. If you’re an artist, you don’t merely apply your know-how to creating variations on known genres or forms: you situate your work within the history of your art by what you reject, what you retain, what you revive, what you displace. In the case of Sartorial, what Bertrand Duchaufour performs is what is called in French a mise en abyme: an untranslatable expression that means, more or less, a story within a story, the former reflecting on/mirroring the latter.

In the framing story, the English house of Penhaligon’s asks Bertrand Duchaufour to compose a masculine fragrance inspired by another English institution: Savile Row. Emily Maben, Penhaligon’s head of marketing, suggests he visits the bespoke tailor Norton & Sons, whose client roster can boast such icons as Winston Churchill, Cary Grant, Fred Astaire and King Juan Carlos of Spain.

The obvious choice for a scent inspired by the crucible of masculine elegance can only be the archetype of the masculine fragrance: the fougère. But the template Bertrand Duchaufour has picked is, humorously, the polar opposite of elegance: the big, bad Brut by Fabergé, perhaps the most mass-market and clichéd of masculine scents. Downloading hairy-chested virility into exquisitely razor-edged tailoring is pretty much like putting Cockney Michael Caine in a Savile Row suit. It’s been done, and it works. So: another story within the story, the 60s downmarket version of virility acting, perhaps, as a quote of the Swinging London dandies photographed by David Bailey (hence the above illustration).

Conceptually, Sartorial becomes even more interesting – in fact, downright fascinating – when you consider the radical displacement Bertrand Duchaufour has carried out on the fougère, the oldest modern fragrance family, since Houbigant’s 1882 Fougère Royale was the first to integrate a synthetic material, coumarin, which along with lavender, oakmoss, patchouli and geranium, forms the scaffolding of the fougère family. More significantly, despite the fact that its name refers to a plant (the fern), it was the first abstract fragrance – cutting loose from natural representation thanks to the use of synthetics was precisely what tipped perfume-making over into becoming both an industry and an art.

Bertrand Duchaufour’s delightfully subversive gesture is to reintroduce figuration and narration into the very template of abstraction in perfumery, by leveraging a culture acquired through his work for L’Artisan Parfumeur: that of the olfactory travel sketchbook.

He took in the subdued but chaotic smell of Norton & Sons; parsed the various olfactory sources; pried apart, framed and edited them to compose something that is both recognizably a fougère, and the atmosphere of a bespoke tailor’s shop. In other words, Duchaufour uses one ready-made (the fougère) to make sense of another (Norton & Sons). By overlaying two institutions of masculine elegance as though he were superimposing tracing papers bearing the shape of two olfactory identities, he manages to displace both. To destabilize the clichés.

The notes in Sartorial work on three levels: as representations of the place of inspiration, as quotes from the history of perfumery and as elements of a distinctively Duchaufourian composition.

Lavender, the main axis of Sartorial along with patchouli, is one of the building blocks of fougère, but also a sign of cleanliness (its name comes from the Latin lavare, washing, as it was used by laundresses). This is why it became a specifically masculine note in the 19th century: gentlemen couldn’t smell seductive, but it was acceptable for them to smell clean. It is also a sign of Englishness: the fact that what is possibly the first scent to be specifically marketed to men is Atkinson’s 1837 English Lavender adds another story-within-the-story.

In Sartorial, the lavender top note acts not only as a sign of masculinity, cleanliness and Englishness but also as a figurative element: set in very strong ozonic-metallic effects – their sheer brutality acting as a quote of the Brut template --, it conjures the steamy smell of hot irons on tweed but also steel shears and greased sewing machines: the metallic greasiness is worked in with specific aldehydes and salicylates but also by using the slightly rancid oil effect of nutmeg.

The old, dusty leather of club chairs and mounted trophies is created by playing on the dust-like facets of pepper – the spices in Sartorial are used not as representations of spices but for their specific olfactory qualities – and gurjum, which also offers medicinal and woody facets. Those woody facets, strengthened by patchouli and cedar, blend in with bees wax to conjure the polished floors and cupboards of the shop. The smell of old wood is boosted by one of Bertrand Duchaufour’s signature materials, Symrise’s Corps Racine (you can smell it in Eau d’Italie’s Bois d’Ombrie), with its rooty, green, pea pod/green pepper facets: through its earthy, almost clayey effects, the Corps Racine also serves to conjure the smell of the chalk used to trace cutting lines on cloth. The fougère structure is picked up by a patchouli and oakmoss base; tobacco and tea effects have been worked in as additional English quotes.

The result is a highly contrasted composition: the tension between the ozonic metallic effects, the aromatic lavender, the dusty leather and wood notes and the smooth fatty warmth of bees wax literally creates a sense of space around its wearer – the olfactory equivalent of quadraphonic audio.

It is also an intensely saturated product, not only from an olfactory standpoint but also on a semiotic level: fougère + lavender + Savile Row + Englishness basically add up to saying “Penhaligon’s” – their shops are actually decorated in a very similar style to the traditional English bespoke tailors’ – thus neatly tying in the scent with the brand identity.

In a sea of hackneyed, off-the-rack masculine scents, Sartorial’s combination of toughness and elegance – again, think Michael Caine rather than upper-class twit or Brut-splashed lout – is an olfactory lifebuoy. It is also an impeccable demonstration of the way a perfumer can fulfil the terms of a commission while keeping to his own, and bring something new to the conversation. One would expect no less from its author, and mainstream brands would do well to pay attention.



Illustration: Michael Caine photographed by David Bailey in 1965.

Sartorial de Bertrand Duchaufour pour Penhaligon's: Détournement de fougère



Que le nouveau Sartorial composé par Bertrand Duchaufour pour Penhaligon’s soit original, diffusif et contrasté, c’est le moins qu’on puisse attendre de son auteur. Mais ce produit a également ceci de remarquable qu’il représente une réelle réflexion sur l’art du parfum – autrement dit, qu’il relève de la démarche qui distingue l’artiste de l’artisan. L’artiste ne se contente pas d’appliquer son savoir-faire à des variations sur des formes existantes : il se situe dans le contexte de son art par ce qu’il rejette, par ce qu’il retient, par ce qu’il ressuscite et par ce qu’il déplace ou détourne.

Dans le cas de Sartorial, ce déplacement s’effectue par une mise en abyme du genre fougère, dont le point de départ a été la commande passée par Penhaligon’s pour un parfum masculin. La directrice du marketing de la maison, Emily Maben, a suggéré à Bertrand de puiser son inspiration chez Norton & Sons, tailleurs du mythique Savile Row, qui a compté Winston Churchill, Cary Grant, Fred Astaire, le prince Philip et le roi Juan Carlos d’Espagne parmi ses clients.

La référence à Savile Row, creuset de l’élégance masculine, dictait le choix de la fougère, archétype du parfum masculin. Mais le modèle choisi par le parfumeur est l’antithèse même de l’élégance puisqu’il s’agit du Brut de Fabergé, senteur à dix balles bien lourde, genre médaillon sur poitrail poilu. Un peu comme si l’on glissait un Cockney pur jus dans un costume à la coupe exquise… En fait, ça s’est vu, et ça marche. La preuve ? Michael Caine. Donc : encore une histoire enchâssée, via un parfum 60s qui pourrait bien évoquer, indirectement, les dandies du Swinging London photographiés par David Bailey (d'où l'illustration ci-dessus).

Conceptuellement, Sartorial – terme qui signifie « vestimentaire » -- devient encore plus intéressant lorsque l’on considère ce qu’en a fait Bertrand Duchaufour : un détournement du genre, c’est-à-dire de la première famille olfactive moderne, puisque le premier parfum moderne est, pour autant qu’on sache, la Fougère Royale d’Houbigant lancée en 1882. Moderne, parce qu’il s’agit du premier parfum à intégrer une matière première synthétique, la coumarine, qui forme avec la lavande, le géranium, le patchouli et la mousse de chêne la structure de la famille fougère. Mais surtout, bien que son nom se réfère à une plante, parce que c’est le premier parfum abstrait : c’est justement cette abstraction, cet affranchissement de la représentation de la nature rendue possible par les matières premières synthétiques, qui a permis à la parfumerie de devenir à la fois une industrie et un art.

Le geste délicieusement subversif de Bertrand Duchaufour est de réintroduire de la figuration, de la narration, dans le modèle même de l’abstraction en parfumerie, en prenant appui sur un discours développé chez L’Artisan Parfumeur, celui du carnet de voyage olfactif.

Étudier les senteurs discrètes mais confuses de Norton & Sons ; distinguer les différentes sources de ces odeurs ; séparer, cadrer, sélectionner les plus intéressantes pour composer ce qui est à la fois une fougère, et l’environnement olfactif d’un atelier de tailleur. Bertrand Duchaufour se sert en fait d’un ready-made (la fougère) pour en comprendre un autre (Norton & Sons). Il superpose ainsi deux institutions de l’élégance masculine comme des calques olfactifs, pour les déplacer aussi bien l’un et l’autre que l'un par l'autre ; pour détourner les clichés afin de renouveler un genre à la limite de l’épuisement, dans un geste qui tient à la fois du collage et du jeu de mots.

Les effets principaux de Sartorial jouent sur trois niveaux croisés : représentation du lieu d’inspiration, citations de l’histoire d’une famille olfactive, éléments d’une composition à la fois originale et profondément inscrite dans le corpus de son auteur.

La lavande qui forme avec le patchouli l’axe majeur de Sartorial est l’un des composants clés de la forme fougère. Elle fonctionne comme signe de la propreté (son nom découle de la même étymologie que « laver ») et c’est en tant que telle qu’elle a intégré la palette olfactive masculine dès le 19ème siècle, puisqu’un gentleman peut se permettre de sentir le propre. Mais c’est aussi le signe olfactif de l’Angleterre en général et des gentlemen anglais en particulier : l’English Lavender d’Atkinson, créé en 1837, est d’ailleurs peut-être la première eau de toilette spécifiquement destinée aux hommes. Donc : encore une mise en abyme.

Dans Sartorial, la note de tête lavandée agit non seulement comme symbole du propre, du masculin et de l’Angleterre, mais aussi, concrètement, comme élément de représentation. Portée par des effets ozoniques métalliques extrêmement prononcés, presque brutaux – ici, référence au nom du modèle --, elle évoque l’odeur de vapeur dégagée par les fers chauds sur le tweed, ainsi que celle des ciseaux et des machines à coudre graissées : l’odeur de métal graissé est produit par des aldéhydes, des salicylates et par les effets "huile rance" de la muscade.

Le cuir poussiéreux des fauteuils clubs et des trophées de chasse est quant à lui évoqué en jouant sur les facettes poussière du poivre – les épices de Sartorial ne sont pas utilisées pour représenter les épices, mais pour certaines de leurs qualités olfactives – et du gurjum, baume qui offre également des facettes médicinales et boisées. Ces facettes boisées, renforcées par le patchouli et le cèdre, s’enrobent de cire d’abeille pour créer l’odeur d’encaustique du parquet et des meubles à tiroirs de l’atelier. L’effet « vieux bois » est accentué par l’un des matériaux-fétiches de Bertrand Duchaufour, le Corps Racine de Symrise (que l’on peut sentir dans son Bois d’Ombrie d’Eau pour Eau d’Italie), qui apporte des effets racinaires, gousse de pois et poivron vert : ses facettes terreuses, presque argileuses, servent en outre à évoquer la craie de tailleur. Un fond de patchouli et de mousse de chêne étaye la structure fougère ; des effets tabac et thé fonctionnent comme citations supplémentaires de l’ambiance anglaise.

Le résultat est une composition fortement contrastée, où la tension entre les effets ozoniques métalliques, la lavande aromatique, le cuiré-boisé poussiéreux et la note grasse enveloppante de la cire produit un effet littéralement spatial – un équivalent olfactif de la quadriphonie.

Sartorial est aussi un produit intensément saturé, tant par la force de ses facettes que par sa richesse sémantique de son paradigme : fougère + lavande + Savile Row + Angleterre égale Penhaligon’s – le décor des magasins de la firme évoque d’ailleurs celui des ateliers des tailleurs anglais – ce qui ajoute encore une couche de sens tout en assurant une cohérence impeccable entre le produit et l’identité de la marque.

Dans un océan de parfums masculins qui tiennent du costard Celio malgré leurs griffes prestigieuses, Sartorial est une bouée d’élégance, mais également la démonstration de la façon dont un parfumeur peut parfaitement respecter une commande sans déroger à son propre langage, tout en renouvelant un genre. On n’en attendait pas moins de son auteur, et les grandes marques seraient bien avisées d’y prêter attention.


Illustration: Michael Caine, photographié par David Bailey (1965).

Kiss Me Tender: Les Gagnants, the Winners

Les Parfums de Nicolaï m'ont gentiment fait donc non pas de trois, mais de dix échantillons! Voici donc les gagnants du tirage au sort...

Alexandra
Garance
Dominique
EhANDY

Merci de m'écrire à graindemusc arobase gmail point com pour me donner (ou me rappeler) votre adresse.

Je multiplie en ce moment les interviews pour mon livre: ne paniquez pas si je mets un petit moment à porter les enveloppes à la Poste!


Parfums de Nicolaï kindly donated ten samples instead of three as announced. Here are the winners of the draw:

Nancy
Normand
Eleven European Mystics
StyleSpy
Tara
Musette

Please write to me to give me (or remind me of) your address at graindemusc at gmail dot com. And don't panic if I'm a little late in mailing them: I'm swamped with interviews and research for my book right now on top of my usual work!

jeudi 16 septembre 2010

Destination Grasse


I'm off to Grasse for a few days to do research for my book... I'll announce the winners for the Parfums de Nicolaï draw on Monday.

I've got a lot of very beautiful things waiting for reviews... Stay tuned!

Je suis à Grasse quelques jours pour mon livre. J'annoncerai les gagnants du tirage du Parfums de Nicolaï lundi.

Puis je vous parlerai de très beaux parfums... très bientôt !

dimanche 12 septembre 2010

Kiss Me Tender by Parfums de Nicolaï: Sweet Purple



I’d never met heliotropes in person until a wander round the Champ de Mars – the park that rolls from the Eiffel Tower to the École Militaire – found me suddenly daydreaming about biscotti… I traced the mouth-watering aroma to a bed of small star-shaped purple blossoms. Nature is a genius pastry chef.


Though the essence of heliotrope cannot be extracted, the note was tremendously popular throughout the 19th century: it was one of the few deemed demure enough for well-bred ladies. It was conjured with essences of almond, vanilla and orange blossom until heliotropine was synthesized in 1869. From the 1880s to the 1930s with, predictably, a peak during the Mauve Decade, well over a hundred heliotrope fragrances were produced, not counting dozens of lilacs and a handful of wisteria, heliotrope’s sisters in the anisic floral family. Its wistful, tender scent, wed to mimosa and violet, yielded the Impressionistic masterpiece Après l’Ondée. Is it surprising then that Patricia de Nicolaï, upholding her heritage, would turn one day to such a quintessentially gourmand, Guerlain flower?

With its candied lemon peel top note, Kiss Me Tender, to be launched later in September, is also quintessentially Nicolaï: the perfumer has always had an elegant hand with confectionery effects. Patricia de Nicolaï herself compares her newest scent to the pastel-coloured candied almonds called dragées that are traditionally handed out to guests in tulle pouches at weddings and christenings.


Though it is simple, to call Kiss Me Tender a soliflore would be selling it short: the smell of heliotrope is a perfume in itself. Patricia de Nicolaï has bolstered the almond and vanilla facets of the heliotropine core with natural essences, warmed with a sprinkle of clove. As the fragrance develops, the naturalistic heliotrope reconstitution gives way to a robust floral heart of ylang-ylang, orange blossom and jasmine – at this point, Kiss Me Tender is dominated by a jasmine and almond accord.


There is something innately well-bred, demure and a tad nostalgic about Kiss Me Tender – in it, Patricia de Nicolaï pursues the exploration of retro, romantic floral notes she started with her two previous feminines, Violette in Love and Weekend à Deauville, as well as her Un Coeur en Mai for MDCI. The scent also fully deserves its “tender” epithet – but between the floral and candied facets, you’ll never quite decide whether it calls for either a kiss or a lick.


Patricia de Nicolaï’s press office has kindly offered a draw for three samples: drop a comment if you’d like to preview tryout.


For much, much more on Kiss Me Tender and the mauve charms of heliotrope, read Octavian Coifan's review on 1000fragrances.


Illustration: Mother and Child by Pierre-Auguste Renoir