mercredi 13 octobre 2010

Portrait of a Lady de Dominique Ropion pour Frédéric Malle : Oriental sans décolleté



Rangez Henry James dans son rayon et cessez de vous interroger sur le parfum que porterait Isabel Archer, l’héroïne fin de siècle de son Portait de Femme. Celle que peint Dominique Ropion pour sa 9ème collaboration avec Frédéric Malle (si l’on compte les parfums maison) est une beauté brune d’ascendance moyen-orientale qui aime sans doute porter les Yves Saint Laurent vintage de sa mère, diplômée de Sciences Po, férue de poésie soufie…

Quant à la démarche qui a présidé à la création du parfum, Frédéric Malle pratique une transparence inusitée : « Portant tous les deux fréquemment Géranium pour Monsieur, nous avions repéré certains éléments du fond de ce parfum avaient le potentiel de devenir le cœur d’un parfum oriental moderne. Ainsi, nous sommes partis d’une base de musc, de benjoin, de cannelle, de santal, de patchouli et d’encens. (…) Nous en avons changé les proportions en réduisant la note santal au profit d’un dosage massif de musc et surtout de patchouli cœur. »
Résultat de ce processus expérimental où l’éditeur a laissé le parfumeur travailler sans brief, un « parfum qui allie [sans doute] la plus importante dose d’essence de rose et de patchouli cœur. » Toujours dans l’esprit de transparence, Frédéric Malle en profite pour égratigner au passage certaines pratiques répandues dans les labos : « Dominique Ropion n’a pas cédé aux conventions de la parfumerie moderne qui consistent à ne pas démarrer une formule sans Hédione, Iso E Super, etc. Ces éléments sentis séparément son délicieux, mais ils n’apportaient rien à la formule de Portrait of a Lady, aussi ils n’en font pas partie. »

Alors que la collection soigneusement calibrée des Éditions de Parfums compte désormais dix-huit créations, toute nouvelle composition doit être pensée par rapport aux précédentes. Ainsi, Portrait of a Lady s’inscrit dans un rectangle balisé par Noir Épices (pour les épices, justement), Musc Ravageur (dans la famille des orientaux), Géranium pour Monsieur (pour la paternité) et Une Rose (qui est également une rose boisée).
À la croisée de ces quatre points de repère, Portrait of a Lady est ce que j’appellerai un oriental sec, dépourvu des rondeurs décolletées fournies par les notes balsamiques dans les orientaux traditionnels. L’ambiance moyen-orientale qui se dégage de l’accord rose-bois-encens relèverait plutôt de ce qu’on appelle dorénavant le genre « French-Oriental », qui doit moins à la famille des orientaux classiques qu’à une interprétation des notes traditionnelles de l’Orient par les codes de la parfumerie française.
L’oud n’apparaît pas dans la liste des notes officielles -- essence de rose turque, cassis, framboise, cannelle, clou de girofle, absolue rose turque, patchouli cœur, santal, encens, Ambroxan et cocktail de muscs blancs. Mais Portrait of a Lady dégage bien des effets oud jusque dans le matériau boisé synthétique très irradiant qu’on utilise souvent dans ce genre d’accord, et que je surnomme le « bois qui pique ».

L’overdose de rose ne fait pas pour autant du parfum un soliflore : Dominique Ropion en a étiré les facettes pour les greffer à une roue de notes connexes, à commencer par les fruits rouges et une fraîcheur menthée qui trahit sa filiation à Géranium pour Monsieur[i]. Les deux parfums partagent aussi une intensité olfactive qui les distingue, par exemple, d’Une Fleur de Cassie.
Mais l’essentiel se joue ailleurs, dans le sertissage de la rose : contrairement aux effets naturels d’Une Rose, plantée dans la lie de vin et la truffe, Portrait of a Lady joue sur les effets brûlés, minéraux du clou de girofle et de l’encens, à peine radoucis par une note cannelle : leurs fumerolles enrobent la rose d’un voile noir carbonisé. L’encens, matériau particulièrement difficile à manier à cause de sa dureté et de ses facettes métalliques pouvant évoquer le sang, est maté grâce au sens des proportions impeccable de M. Ropion.
Dépouillé de ses facettes terreuse et feuilles moisies, le patchouli devient un matériau de haute couture, au tomber souple et lourd en main de crêpe marocain : sa doublure soyeuse d’Ambroxan reprend les facettes tabacées de la rose. Ce fond boisé-ambré, durci par l’encens, décroche Portrait of a Lady de l’aile féminine de la galerie, pour le décaler vers un registre androgyne : un homme pourrait parfaitement le porter. D’ailleurs, ces messieurs des Émirats devraient se l’arracher.

La concentration élevée de matériaux nobles place Portrait of a Lady dans le même ordre de prix que Carnal Flower (€145 les 50 ml, €215 les 100 ml), mais il est assez diffusif et tenace pour être appliqué avec une grande parcimonie – un pschitt sur la nuque devrait largement suffire. La dernière fois que je l’ai porté, c’était pour rendre visite à une amie joaillère : bien que j’aie été vêtue de noir et sans la moindre parure, elle m’a dit que mon parfum me tenait lieu de bijou… Dans la mesure où elle ne travaille qu’avec des pierres précieuses, je me suis dit que Portrait of a Lady était, en somme, une bonne affaire.



[i] Le géranium forme un pont entre la menthe, la framboise et la rose puisqu’il a la menthone en commun avec le premier, le géraniol avec la seconde, le géraniol et le citronellol avec la troisième ; l’odeur de rose est également présente naturellement dans la framboise, et inversement.




Illustration : Jean-Loup Sieff.

36 commentaires:

  1. Can I post on my blog a translation in Italian of the Portrait of a Lady post?
    I'm a lover of Malle and I think that your posts about malle are the best in blogosfera!!!
    my blog is www.fragrancescout.it

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  2. eleven european mystics13 octobre 2010 09:13

    denyse,
    is this the French, which makes me read your postin a different inner posture, or is it a different posture in your writing? superlatives aside, I am bewitched by the possibilities that open to our olfactive imagination, while we read you and remember Ropion's art and Frederic Malle's sophisticated collection. The title to the post as well as the character of the Rumi reading, vintage YSL clad beauty made me laugh, truly.
    It sounds mysterious and delicious. That you wore it 'sans parure' means much.

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  3. aussi qualitatif soit ce parfum, le prix est juste déplacé, honteux, excessif dans le mauvais sens du terme. Certaines limites sont franchies chez Malle, qui outrepassent la simple exécution d'un parfum de qualité. Je n'aime pas cela.

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  4. Anonyme

    mais si la idee consiste en attirer une clientele des Emirats, par example..un oriental sans decollete...enfin, le prix devient plus un concept qu'un impediment, non?

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  5. Giovanni, thank for your kind words. I would rather you translated a few excerpts and posted the links to the French and English versions.

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  6. EEM, I write in English and translate into French afterwards: sometimes things work better in a language than in another, but it's really not a matter of strategy, just "le génie de la langue"...
    And these days I am mostly "sans parure": I've never been big on jewels if they're not huge and barbaric, but they seem to add too many signs to the message...

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  7. Anonyme, à partir du moment où le principe des Editions de Parfums est de donner toute liberté créative au parfumeur sans restrictions de prix, il me semble normal que certains parfums atteignent un prix élevé: la rose, la vraie, la belle, ça n'est pas donné, et les prix des MP naturelles ont beaucoup augmenté (elles sont souvent sujettes à spéculation).
    Par ailleurs, la plupart des acheteurs de parfum n'ont pas de vastes collections, ils en adoptent un ou deux pour la saison ou une période de leur vie, donc le budget parfums n'est pas le même que celui des aficionados qui s'offrent plusieurs flacons dans l'année. Portrait of a Lady a une telle ténacité, une telle puissance et un tel sillage que réellement, on n'a pas besoin de s'en asperger, donc le prix du parfumage au quotidien ne doit pas être si élevé.
    Mais en effet, ce prix le met hors de portée de plusieurs amateurs à moins de partage de flacon. Cela étant, je ne rechigne pas à m'offrir Carnal Flower à ce prix car il n'a pas d'équivalent pour moi...

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  8. EEM, je ne suis pas sûre que l'intention ait été d'attirer la clientèle des Emirats, mais connaissant la passion des gens du Golfe pour le parfum, il est certain que leur plaire est un avantage pour une maison.

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  9. Tu cites l'Ambroxan plusieurs fois je crois mais pas quand tu évoques l'oud. C'est pourtant bien ce matériau qu'on utilise dans les reconstitutions modernes, non, je me trompe ?
    C'est effectivement surprenant après avoir pris connaissance du dossier de presse de retrouver ce "morceau" de Géranium pour Monsieur mais ce passage m'a semblé très furtif et je crois que tant qu'on a pas senti le parfum cela ne peut constituer une évocation qui puisse permettre de se le représenter.

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  10. j'espère que malgré le prix, il sera possible de tester ce parfum en parfumerie!

    récemment je vidais un sac à main et j'ai trouvé les baguettes, scellées dans du plastic, de ma visite chez Frédéric Malle EdP, il y a bien 2 ans. certains parfums sentaient encore quelque chose, d'autres, plus du tout.

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  12. Denyse, vous avez, encore plus que pour "la Traversée ", titillé ma curiosité, tellement la description de "Portrait of à Lady" me parle. En vous lisant, je pensais au narguilé d'Airdiem dessiné par la talentueuse Nedda E-Asmar, un narguilé pur en étain poli, reprenant tous les codes mais débarrassé du kitch. Je vois très bien votre diplômée moyen-orientale s'en envoyer quelques volutes, parée du dernier Ropion, dans un de ces restaurants branchés qui se trouvent aux derniers étages des immeubles du Moyen-Orient. Ou alors à Paris, pourquoi pas, elle préfère peut-être poursuivre encore un peu ses recherches sur la finance islamique appliquée à la gestion de fortune européenne. Je m'égare, mais je me dis que le parfum de la modernité arabe a peut-être enfin été créée..! ce que vous entrevoyez de l'intérêt qu'il pourrait susciter dans les riches Emirats est passionnant. Depuis le 20° siècle (et peut-être même un peu avant) le monde arabe a vécu sur le mimétisme occidental. Il n'y a avait rien de plus chic que de ramener un Chanel ou un YSL à une amie saoudienne, lassée des attars certes enivrants mais pas toujours subtils. Mais le modèle a montré ses limites. Et le complexé renoue avec sa propre identité culturelle, non sans mal, hésitant entre repli et émancipation, mais dans tous les cas fuyant les stéréotypes de l'orientalisme (mais question mimétisme, il reste encore beaucoup trop de "lebanese blonde"). "Oriental sans décolleté", çà colle tout à fait (une jolie illustration serait aussi "Ghada avec une toile derrière", de Youssef Nabil). Sacrée belle surprise si la parfumerie arabe moderne naissait de la tradition de la grande parfumerie française (celle des Frederic Malle and co et pas LVMH). Je fais le pari avec vous qu'il se passe quelque chose là-bas, qui a été perçu ici par nos nez talentueux. Je vois à peu près la différence de concept d'avec le Bosphore..qui est un "oriental du Nord" si j'ai bien suivi, alors que Portrait of a Lady est un oriental "middle-east" mais moderne (ce ne sont que des suppositions hasardeuses car je ne les ai pas encore sentis, ni l'un ni l'autre...). Quant au prix....comme je vous comprends pour Carnal Flower (même si la tubéreuse et moi on ne se trouve toujours pas). En attendant, çà me dirait bien un petit narguilé façon El-Asmar, mais pas "pomme", hein, plutôt "jasmin/bergamote", par nostalgie pour les macarons parisiens.
    Lala.

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  16. Etrangement, en sentant Portrait of a Lady, j'ai immédiatement pensé à Opôné de Diptyque. Une rose thé sur une base épicé et un fond chypré-oriental (ayant, senti Opôné pour la dernière fois en juillet, ne m'en veuillez pas si mon impression s'est révélée erronée).
    J'ai néanmoins été agréablement surprise par le patchouli qui n'es pas trop présent mais qui vient surtout structurer la fragrance et lui apporter de la profondeur. Le patchouli, associé aux épices, à l'encens et au musc a d'ailleurs un petit côté "Lutensinade". Il m'a semblé que Portrait of a Lady ne cherchât pas à jouer sur les oppositions entre les différentes matières mais plutôt sur leur complémentarité, la rose tenant la place prépondérante et les autre matières venant la facetter d'une manière vraiment admirable.
    Je lui trouve une sorte de fondu "velours" que j'imagine être celui d'une robe d'un tableau préraphaélite. En effet, j'ai tout de suite pensé à un tableau de Dante Gabriel Rossetti, la Ghirlandata (http://www.neuroticpoets.com/rossetti/image/ghirlandata/).
    Plus qu'une ambiance purement orientale, je visualise plutôt un intérieur baroque italien, méditerranéen dans lequel l'on ressentirait l'influence de tout le bassin méditerranéen.
    Enfin, concernant la tenue, je dois dire qu'elle est réellement excellente, et que ma touche embaumait non seulement tout l'intérieur de mon sac mais également l'atmosphère autour de mon bureau sur la chaise duquel j'avais posé mon sac.

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  17. http://www.fragrancescout.it/wordpress/2010/10/13/portrait-of-a-lady-dominique-ropion-per-frederic-malle/

    thank you very much

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  18. Thierry, je ne sais pas trop ce qu'on met dans les accords oud et je ne vais pas me risquer à spéculer (on m'a dit mais j'ai oublié). Géranium pour Monsieur n'est pas une évidence, en effet, lorsqu'on n'est pas au courant de la filiation!

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  19. Turquoise, il faudra attendre sans doute la mi-novembre, me dit-on... En tous cas, il risque en effet de perdurer sur les touches, il est d'une rémanence redoutable!

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  20. Lala, je pense qu'en effet l'hybridation des codes moyen-orientaux et de l'art de la parfumerie à la française peut permettre à la parfumerie du Moyen-Orient d'entrer dans la modernité et à la parfumerie "à la française" de pouvoir jouer sur des senteurs opulentes trop souvent rejetées aujourd'hui par les consommateurs occidentaux, donc avec une part de sa tradition. Si j'ai bien compris, ce mouvement est déjà en train de se dessiner -- on le voit d'ailleurs chez Amouage, ou dans la collection Arabian Nights de By Kilian.

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  21. Note sur les commentaires supprimés: ce sont des envois en triplé et quadruplé.

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  22. Anne, je n'ai pas pensé à Lutens -- aucune de ses notes fruits secs ne sont présentes ici, ni rien de résineux... Mais un velours baroque ou pré-raphaëlite, ça me va parfaitement: rouges profonds creusés en dévoré et de broderies dorées noircies par le temps...

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  23. Ah s'il pouvait exister de plus petits flacons ! Je pense qu'une contenance de 30 ml serait largement suffisante, il en faut si peu pour se parfumer, dites-vous... et je vous crois sur parole: je "vois" si bien ce magnifique parfum après vous avoir lu que c'en est presque magique ! Merci pour ce très beau billet tant savant que charmant.
    alizarine

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  24. Alizarine, sans doute le parfum sera-t-il disponible en recharges pour atomiseur de sac à un moment donné... Auquel cas il sera plus simple d'organiser un achat à trois!

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  25. c'est marrant moi aussi c'est ce qui m'est venu à l'esprit quand je l'ai senti le parfum cette sensation d'oid bien qu'il ne soit pas dans la pyramide, mais c(est un peu cette impression moyen orientale qu'il renvoie;

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  26. Sophie, je suis rassurée: ça n'est pas que moi. Je pense que FM n'a pas parlé d'oud d'abord parce que la note est un peu galvaudée à ce stade, ce qui risquerait de brouiller la communication du lancement, et sans doute parce qu'il n'y a pas de vrai oud dans la formule. Mais l'effet est bien là.

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  27. manoumalia...je pense a manoumalia a cause de la possibilite de creer des 'hybridations' plus interesants, moins loyales aux codes olfactifs bien connus. Je trouve l'avalanche des ouds un peut troublant, seulement parce que c'est une avalanche (les boises me captivent, toujours). L'art francais des perfumes s'enrichie toujours a cause de sa subtilite et aussi, le niveau technologique. Si FM et M. Ropion on acheve un effet oud sand l'oud, ca veut dire - a mon avis - la grand perfumerie francaise. le gout, l'elegance, l'art et la technique. J'ai un petit flacon d'attar des roses, c'est tres beau, mais si on parle d'art, n'importe l'origin de l'inspiration, c'est un art que j'identifie plus avec la pharmacie, les herbaliste et l'alchimie depuis le 14eme siecle en Europe (et certainment dans le monde catholique apres la contre reforme) qu'avec aucune autre chose.. Je m'excuse a cause de mon francais...

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  28. EEM, des ouds, on en fait en général sans oud, ce n'est pas nouveau, mais je comprends bien ce que vous voulez dire: toute la différence entre la parfumerie de tradition française et la parfumerie moyen-orientale réside dans cette question de l'art par rapport à l'alchimie, à la médecine et aux pratiques traditionnelles/sacrées. Dominique Ropion est certainement un parfumeur dont l'écriture déplace la question.

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  29. Et pourtant l'alambic (al 'inbïq) ea pris son essor avec les perses (qui l'inventèrent sans doute) et les arabes, qui utilisaient par ailleurs le parfum comme médicament également, et bien avant la redécouverte du parfum dans l'Occident chrétien au 12° siècle. C'est d'ailleurs Avicenne qui inventa l'"extraction par la vapeur" des huiles essentielles au 11° siècle. Le 14 ° siècle est sans doute marqué en Occident par la première "eau de toilette" avec l'utilisation de l'alcool éthylique. je n'ai jamais compris pourquoi, alors pourtant que ce sont là encore les alchimistes perses qui furent à l'origine de l'alcool éthylique pur, le moyen-orient a préféré le support huileux. Le tournant en Occident n'est-il pas justement que le métier du parfum n'a plus été celui des alchimistes mais celui des gantiers ? Avec ce que cela implique en matière de création artistique ? La tradition de la parfumerie française ne naît-elle pas là ? Sans même évoquer l'industrialisation propre à l'Europe du 19°siècle ? Et ensuite l'essor de la chimie dans l'industrie ?
    Il me semble bien que précisément, l'alchimie du parfum est née et s'est développée en Orient, encouragée par l'islam qui y attachait une grande importance, le christianisme ayant au contraire mis fin à l'usage du parfum comme parure, jusqu'à ce que la Renaissance lui redonne ses lettres de noblesse à travers le métier de parfumeur. Plus que le parfum, c'est sans doute le métier de parfumeur que l'Occident a inventé.
    Lala

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  30. Lala, il faudrait un livre pour répondre! Disons que l'on s'accorde en général à situer la naissance de la parfumerie comme forme d'art -- mais aussi comme industrie -- au moment où elle s'est affranchie de la représentation grâce à l'arrivée des matières synthétiques, et où les parfumeurs ont cessé de réaliser des variations sur des recettes pour créer des formules individualisées. C'est beaucoup trop schématique, mais bon...

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  31. "Une bonne affaire" :-)) Entre Portrait of a Lady et L'Heure Fougueuse mon coeur balance grâce à vos descriptions alléchantes! J'ai vraiment hâte de les sentir en espérant que les petits vaporisateurs de sac seront disponibles pour Portrait of a Lady; pour Cartier il n'y a qu'une seule grande taille, non? Sophie

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  32. Sophie, en effet, Cartier ne fait qu'une taille -- j'espère que la suggestion, pour les mignonnettes, fera son chemin!
    Mais ces deux parfums sont si radicalement différents que d'une certaine manière, la question ne se posera pas à partir de la rencontre réelle...

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  33. Schématique mais clair, Denyse, merci. Et concernant le livre, vous savez ce qu'il vous reste à faire, un peu plus tard :)
    Lala

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  34. Lala, ce n'est pas un livre d'histoire -- celui d'Annick Le Guérer remplit ce rôle, et Elisabeth de Feydeau publie (je crois l'an prochain) une anthologie dans la collection Bouquins qui comportera une section histoire, même si je crois que cela ne portera pas essentiellement sur cet aspect. Et dans les blogs, pour ce qui est de l'histoire, la personne la plus compétente n'est pas moi, mais Octavian.

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