vendredi 3 février 2012

Getting the Axe (Anarchy for Her)



I must have gone viral. All of a sudden I’m spending part of my day deleting press releases for everything from cars to MP3 file-sharing sites and samples sales, and unsubscribing from the mailing lists of overzealous PR agencies who clearly don’t take the time to identify whose inbox they’re crashing.

But one email did intrigue me enough to investigate. It was from the Buzzman agency, addressed me with the informal French pronoun “tu” and told me they had a gift for me that wasn’t on the market yet. The date and tone were right for the buzz campaign to be about the brand-new Axe Anarchy for Her, and bingo! Axe was indeed among the agency’s clients, which was confirmed by the nice young man writing to me as though we’d been in high school together (like, last month).

I duly received a box containing my canister of Axe Anarchy for Her (and to think the mailman doesn’t even bother to ring when I get a parcel of vintage perfumes samples…). Enclosed was a gaudy flier explaining I was so burning hot I’d been selected for a special mission: unleashing chaos, by virtue of mixing my Axe Anarchy for Her with my male counterpart’s. I was to trawl social networks looking for the guy whose pictogram matched the one stuck on my can (see above). Chaos would ensue when we hooked up at the Anarchy Party on March 1st in Paris.

For the sake of science, I did take a snootful of Axe Anarchy for Her. The scent is a round-up of usual suspects. A soapy rosy floral accord (listed as cyclamen, magnolia, orchid and lily-of-the-valley) crushed between a vivid pear-melon note drenched in syrup and a vanilla and musk base. It’s pretty decent, actually: no better or worse than most pink juices sold in beauty emporia, and sold at a fraction of the price. What’s anarchic about an aquatic fruity floral gourmand I can’t fathom though – it’s certainly less aggressive than the spiky woods cloud most Axe sprays waft. In fact, it’s about as tame as a Hello Kitty crayon case.

Still, much as it pains me to think that some boy expecting a hottie-with-matching-pictogram at the Anarchy Party will be stood up by a woman old enough to have bought the Sex Pistol’s Anarchy in the UK when it came out, I’m afraid couldn’t consider attending, even in a hazmat suit.


Axe Anarchy for Her m'invite à faire la bombe


Je viens de muter viral. Tout d’un coup, je passe une partie de la journée à supprimer des communiqués de presse qui me vantent tout un bazar, des bagnoles aux sites de partage MP3 en passant par les Wonderbra, et à me désabonner des listes de mailing d’agences qui, dans leur fougue, ne prennent pas le temps de vérifier à qui appartient la boîte de réception où elles se sont invitées.

Cela dit, l’email tutoyant de l’agence Buzzman m’annonçant « on aurait un cadeau à t'envoyer. Un nouveau produit pas encore disponible à la vente » m’a poussée à enquêter. Le ton et la date correspondaient au lancement du nouvel Axe Anarchy for Her. Banco ! Buzzman compte en effet Axe parmi ses clients, ce que m’a confirmé le gentil jeune homme qui s’adressait à moi comme si nous étions allés au lycée ensemble (la semaine dernière).

J’ai donc reçu un colis contenant ma bombe Axe Anarchy for Her (et dire que le facteur ne sonne même pas quand le colis contient des échantillons de parfums vintage...). Un flier noir et fluo m’apprend que « très impressionné par ton pouvoir d’attraction », M. Buzzman me confie une mission : « déclencher le chaos ». Ce qui se produira lorsque mon Axe Anarchy for Her se mêlera à son équivalent masculin lors de l’Anarchy Party du 1er mars à Paris. Je dois retrouver l’heureux élu en ratissant les réseaux sociaux pour repérer le mâle de l’espèce dont l’Axe Anarchy for Him portera le même pictogramme que le mien (ci-dessus).

Dans l’intérêt de la science, j’ai mis le nez dedans (le déo, s’entend). Tous les suspects habituels des parfums pink sont alignés : note florale rosée-savonnette (magnolia, orchidée, muguet et cyclamen selon la liste officielle) écrasée entre un accord fruité aquatique poire-melon au sirop et un fond musqué vanillé boisé. C’est tout à fait correct, ni meilleur ni pire que bien des jus vendus dans les grandes surfaces de la beauté, en nettement moins cher. Cela dit, ce qu’il y a d’anarchique là-dedans m’échappe entièrement : contrairement à la majorité des sprays Axe qui dégagent un champignon atomique de bois-qui-pique, cet Axe girly est à peu près aussi agressif qu’un porte-clés Hello Kitty.

Ça me fend le cœur de penser qu’un petit loulou s’attendant à faire la bombe avec la bombe sexuelle dont le pictogramme correspond au sien va se faire poser un lapin par une femme qui a l’âge d’avoir acheté le single Anarchy in the UK des Sex Pistols à sa sortie. Mais je ne me sens pas la force morale d’assister à l’Anarchy Party, même revêtue d’une combinaison HAZMAT.



mardi 31 janvier 2012

L'Eau Froide: La gagnante/ The Winner


The winner of the draw for a sample of Serge Lutens's L'Eau Froide is Iodine. Please contact me at graindemusc at gmail dot com to give me your details.



La gagnante du tirage au sort d'un échantillon de L'Eau Froide de Serge Lutens est Isalabelle. Merci de me contacter à graindemusc arobase gmail point com pour me donner votre adresse.


dimanche 29 janvier 2012

L'Eau Froide by Serge Lutens: Turning smoke into water (and drawing a preview sample)

 Sticking the most emblematic note of niche into the genre most reviled by aficionados? Let no one say that Mr. Lutens doesn’t have a rather devilish sense of humor. A bucket of icy water poured over the heads of his most ardent fans, L’Eau Froide does just what is says on the bottle: it is, of all Godforsaken things, an aquatic incense. Well, not quite. L’Eau Froide may be the second installment in a collection kicked off with L’Eau Serge Lutens, which definitely featured an aquatic note, but here, there’s just a drop. Call off that post-trauma support group. 

For all its beauty, incense is a bitch of a material, with mineral and old-coin facets that can veer on blood or butcher’s stall. Ripped out of the oriental formulas in which it is most commonly featured, it is rather cold than warm, a quality Serge Lutens had already highlighted in the austere Encens et Lavande.

Though towards the drydown, L’Eau Froide takes on the slight mineral tinge of certain spring waters, throughout the development the stress is more on the adjective than the noun. The citrus-y, peppery and terpenic (as in pine and turpentine) facets of incense are boosted by mint and woody-aromatic notes likely to feature laurel and vetiver – the sinus-clearing effect is not unlike sucking a eucalyptus or pine-sap candy.

This salubrious splash is about as comfortable as an ice-cold shower until the very end, when the incense is finally coaxed by musk into releasing its rounder balsamic notes, at which point it takes on a warm, sweet, almost fatty tinge.

L’Eau Froide a little unrelenting in colder months – this may be an “eau”, but watered-down it’s not – so it’ll be interesting come summertime to see whether Serge Lutens has done his bit to fight global warming.

L’Eau Froide will be on sale as of February at the Palais-Royal, then world-wide in March. I’ll be happy to share my advance sample in a draw: just drop a comment telling me what you consider to be the coldest perfume in your collection.

Image: Lightning Fields by Hirochi Sugimoto

L'Eau Froide de Serge Lutens : Tranformer la fumée en eau (et tirage au sort)

Coller la note la plus emblématique du niche dans la famille olfactive la plus honnie des aficionados ? Qu’on ne dise pas que M. Lutens n’a pas un sens de l’humour légèrement sadique. Une fois de plus, il déverse un seau d’eau froide sur la tête de ses fans les plus ardents, en proposant – un comble – un encens aquatique. Enfin, pas tout à fait : la cellule psychologique de soutien aux traumatisées de la première Eau est priée de rengainer ses barrettes de Lexomil. La note aquatique, dans L’Eau Froide, est réduite à l’état de gouttelette, et verse plutôt dans le minéral que dans le jus de melon.

L’encens, c’est bien beau, mais c’est une saleté à travailler, car il dégage des facettes de vieille pièce jaune qui peuvent virer au sang ou à l’étal de boucher. Arrachée aux formules orientales où elle figure habituellement, la résine du boswellia sacra est plutôt froide que chaude, qualité déjà mise en valeur par messieurs Lutens et Sheldrake dans l’austère Encens et Lavande. Et c’est justement sur cette froideur innée que joue L’Eau Froide.

Bien que sur la fin, L’Eau Froide laisse filtrer la saveur minérale de certaines eaux de source – genre Volvic – l’accent est plutôt mis sur l’adjectif. Les facettes citrus, poivre et terpène (pin, térébenthine) de l’encens sont glacées par la menthe et des notes boisées-aromatiques qui évoqueraient le vétiver et le laurier. Bref, un effet Kiss Cool mâtiné de Ricola à l’eucalyptus et de bonbon La Vosgienne qui dégage bien les bronches.

Cette giclée d’odeurs salubres est à peu près aussi voluptueuse qu’une panne de chaudière en plein hiver jusqu’aux notes de fond, où l’encens se laisse enfin convaincre par le musc de dégager ses facettes baumées, arrondies et presque grasses. Mais d’une certaine façon, c’est ce côté implacable qui rend L’Eau Froide intéressante. À re-tester en période de canicule, pour voir si M. Lutens lutte contre le réchauffement climatique à sa manière…

L’Eau Froide sera mise en vente dès février au Palais-Royal, puis partout en mars. Pour la découvrir en avant-première, laissez-moi un commentaire me disant quel est le parfum le plus réfrigérant de votre collection…

Image:  Sally Mann, Untitled

vendredi 27 janvier 2012

The French Ministry of Culture acknowledges perfumery as an art

France has had a Ministry of Culture since 1959 – incidentally, just a spritz away from Serge Lutens’ boutique, since the Ministry is housed in the 18th-century Palais Royal.
Fashion, design, rock music, comics, the circus, were all brought into the cultural fold in the 80s. But it took another quarter of a century for the French Republic to acknowledge that perfume, too, was a form of art, and a major contribution to French culture.

Somehow, I’m not surprised that it was the current Minister Frédéric Mitterrand, a writer, filmmaker, television producer and talk-show host, who finally invited perfumers in. And not a moment too soon, thanks to the tireless efforts of the Société Française des Parfumeurs.

Yesterday afternoon, the order of “Chevalier des Arts et des Lettres”, a honorific title given to those who have illustrated themselves in the arts and letters, was bestowed to five seasoned perfumers, diplomatically selected to represent the Big Five: Daniela Andrier (Givaudan), Françoise Caron (Takasago), Olivier Cresp (Firmenich), Dominique Ropion (IFF) and Maurice Roucel (Symrise).

The Minister made a beautifully written, well-documented speech (kudos to his ghostwriter). The newly-minted “Chevaliers” each spoke a few words: Daniela Andrier defended creative freedom but admitted her mouth had gone dry; François Caron, with tears in her eyes, simply dedicated this honor to the memory of her recently deceased parents; her brother Olivier Cresp promised he’d go on surprising us; Dominique Ropion read a speech in which he swears he slipped a couple of spoonerisms, which he is renowned for making; Maurice Roucel was down-to-earth and droll, and took a moment to photograph the audience, the Minister and himself.

What will this ceremony change for the industry? Will the Ministry move at last to protect still-extant masterpieces of the past and grant them a status as national heritage, so that they can be exempted from regulations and restored to their former glory? Will the matter of authorship be addressed? Will there be funds and resources allocated to exhibitions, historical research, preservation of heritage and archives? Will the Osmothèque get more support so that it can at least open a branch in Paris?

For the moment, it is a symbolic gesture, but most perfumers I spoke with told me they were deeply moved, and hopeful. And also a little parched, since champagne ran out early. And peckish since the “canapés” were too weird to eat.  So guests trickled down to see the exhibition curated by Annick Le Guérer in the Ministry’s windows, which includes atomizers of historic scents reconstituted by the Osmothèque, such as Patou’s Moment Suprême or Rigaud’s Un Air Embaumé.

One of the first people I ran into as I was lining up to give my invitation was Michel Roudnitska. As Frédéric Mitterrand spoke, I watched him taking pictures – he is a photographer as much as he is a perfumer. And I couldn’t help thinking of his father, who fought long and hard for perfumery to be considered as an art.
Edmond Roudnitska – who one of the speakers, Roucel I think, called “the Specter of the Commander” – never got an honorific decoration. But his spirit was surely hovering under the gilded moldings.

“Le Ministère est au parfum” exhibition, Jan. 23 to March 18

Cinq parfumeurs adoubés Chevaliers des Arts et des Lettres par Frédéric Mitterrand

Le Ministère de la Culture existe en France depuis 1959. La mode, le design, le rock, la bande dessinée et le cirque sont considérés comme des formes de création artistiques depuis les années 80. Mais aura fallu encore un quart de siècle pour que la République reconnaisse que le parfum, quintessence de l’esthétique et de l’art de vivre de la France et l’un de ses produits les plus prestigieux dans le monde entier, est également un art. Les efforts de la Société Française des Parfumeurs présidée par Patrick Saint-Yves, appuyé par Annick Le Guérer, ont porté leurs fruits.

Monsieur le Ministre : merci. Il était temps.

Hier après-midi, donc, Frédéric Mitterrand conférait l’ordre de Chevalier des Arts et des Lettres à cinq grands parfumeurs, diplomatiquement choisis dans chacune des cinq grandes maisons de composition : Daniela Andrier (Givaudan), Françoise Caron (Takasago), Olivier Cresp (Firmenich), Dominique Ropion (IFF) and Maurice Roucel (Symrise).

Le Ministre a prononcé un discours chaleureux, très joliment écrit et très bien documenté. Les nouveaux chevaliers se sont exprimés tour à tour : Daniela Andrier pour défendre la liberté de création ; François Caron, extrêmement émue, pour dédier cet honneur à ses parents récemment disparus ; son frère Olivier Cresp pour nous promettre qu’il nous surprendra encore. Dominique Ropion a lu un texte dans lequel il jure avoir glissé deux de ces contrepèteries pour lesquelles il est réputé. Maurice Roucel, drôle et direct, a conclu en photographiant l’assistance et le ministre avant de quitter le podium.

Que changera cette cérémonie pour l’industrie ? Le Ministère conférera-t-il enfin à certains chefs d’œuvre un statut de patrimoine qui les affranchirait au moins en partie des réglementations et permettrait de les restaurer, d’en assurer la pérennité ? La question du droit d’auteur sera-t-elle enfin abordée concrètement ? Des ressources seront-ils alloués aux expositions, à la recherche historique, à la conservation du patrimoine et des archives ? L’Osmothèque recevra-t-elle un soutien ?

Pour le moment, il s’agit d’un geste essentiellement symbolique, mais la plupart des parfumeurs auxquels j’ai parlé étaient émus, et pleins d’espoir. Assoiffés, aussi, car on a très vite manqué de champagne. Et plutôt affamés, car le buffet était… peu consensuel. Les invités sont donc descendus assez tôt visiter l’exposition conçue par Annick Le Guérer dans les vitrines du Ministère, qui comprend des atomiseurs de parfums historiques tels que Moment Suprême de Patou et Un Air Embaumé de Rigaud.

En entrant, l’une des premières personnes que j’ai croisées était Michel Roudnitska. Pendant que Frédéric Mitterrand parlait, je l’ai regardé prendre des photos – car il est photographe autant que parfumeur – sans pouvoir m’empêcher de penser à son père. Edmond Roudnitska s’est longuement battu pour que le parfum soit considéré comme un art à part entière. Celui que l’un des décorés – Maurice Roucel, je crois – a surnommé « le Spectre du Commandeur » n’a jamais eu droit à une distinction honorifique. Mais son esprit flottait sûrement hier sous les moulures dorées.

Exposition « Le Ministère est au parfum », du 23/01 au 18/03