mardi 19 octobre 2010

Le mariage de Nuit de Tubéreuse et de Fantastic Man (histoire vraie)



Ils se sont rencontrés grâce au parfum.
Elle lit mon blog, où elle laisse des commentaires poétiques et justes. Je l’ai croisée pour la première fois au Palais-Royal, rousse laiteuse au charisme et à l’élégance nerveuse d’un chat de race, lorsqu’Elle vient rejoindre à C., une amie commune, le jour du lancement d’El Attarine.
Lorsque S. m’offre de convier quelques personnes à une réunion informelle d’amoureux du parfum, je songe tout de suite à elle. Quant à lui, il a été invité par S. qui a fait appel aux services de sa société, parce qu’il est curieux de mieux connaître le monde du parfum. Il a apporté un flacon de son dernier coup de cœur, Fantastic Man de Byredo. Elle le surnomme ainsi, en s’éloignant, rieuse, drapée d’un châle violet.

Je la revois un peu plus d’un an après, en juin, à la terrasse du café Le Nemours, près du Palais-Royal. Elle me raconte qu’elle a revu le jeune homme et que ce jour-là, elle portait Mitsouko. Il lui a dit que c’était le parfum de sa mère. Elle ne s’en est pas inquiétée : pour elle, ce n’était pas un tête-à-tête amoureux. Pour lui, oui.
Elle parle comme si ce n’était pas une histoire sérieuse mais derrière ses lunettes noires, ses yeux pétillent et elle rit comme une femme qui se rappelle un secret délicieux. J’ai promis de l’emmener faire la tournée des boutiques pour lui montrer les nouveaux parfums lancés pendant les longs mois où elle s’est immergée dans un travail de création artistique. Elle est déjà passée chez Serge Lutens et s’est laissé séduire par Bas de Soie. Comme nos goûts sont souvent identiques, j’ai l’intention de lui présenter mes dernières amours : nous passons chez Penhaligon’s où elle décide qu’elle demandera peut-être Amaranthine pour son anniversaire, très bientôt. Puis chez Iunx, où le directeur de la boutique décrète que les imprimés floraux de nos robes d’été lui font mal aux yeux, et se réfugie sur le trottoir. Elle adore L’Eau de Sento.
Nous passons ensuite à la Scent Room du Printemps. Vamp à NY lui tourne la tête : ça aussi, ce sera sur la liste des cadeaux d’anniversaire. Mais c’est de Nuit de Tubéreuse qu’elle s’inonde, en fermant les yeux, légèrement frémissante.
Cette nuit-là, elle rêve d’un mariage sur la plage.

Lorsqu’elle va le rejoindre à Bordeaux, elle emporte le flacon de Nuit de Tubéreuse que son amie J., une autre amoureuse des parfums, lui a offert pour son anniversaire.
Lorsqu’elle quitte Bordeaux, il descend dans la boutique de L’Artisan Parfumeur, juste en bas de chez lui, pour s’en vaporiser, afin de se souvenir d’elle.

En août, elle m’apprend qu’ils se marient. S. et moi sommes invitées au mariage : après tout, s’ils se sont rencontrés, c’est grâce à nous.

En octobre, nous rejoignons leurs parents et amis sur les dunes du Cap Ferret dans la baie d’Arcachon, près de Bordeaux. Il pleut et nous restons un moment dans la voiture, puis nous déployons nos parapluies et parcourons le sentier entre les pins et les arbousiers, dont nous cueillons les fruits rouge orangé presque fluorescents dans le jour gris en avançant pieds nus, chaussures à la main.
Nous grimpons jusqu’au sommet de la dune. Sous un ciel ardoise courroucé, des vagues de quatre mètres déferlent sur la plage. Elle s’avance, tête enserrée dans une mantille blanche, longue et fine comme un arum, entre ses deux frères. Il la rejoint au bras de sa mère pour recevoir la bénédiction du pasteur. Sa sœur à elle lit un poème de Paul Éluard, « Je t’aime », et sa voix se brise un moment. Son amie J., celle qui lui a offert un flacon de Nuit de Tubéreuse, chante « I will » des Beatles, et sa voix se brise aussi.
Puis nous dévalons la dune jusqu’à l’océan, troussons nos robes et retroussons nos pantalons pour tremper les pieds dans l’eau : une énorme vague se brise sur le sable et nous trempe jusqu’à la taille ; nous rions en laissant le vent nous sécher, et nous cueillons encore des arbouses en regagnant les voitures.
Ils se sont rencontrés grâce au parfum, grâce à moi, grâce à S., leurs marraines fées. Le reste, c’est leur histoire.

La veille du mariage, le directeur de la boutique L’Artisan Parfumeur de Bordeaux, ayant appris l’histoire par l’un des invités, a traversé la ville en vélo pour rouvrir la boutique, et offrir un nouveau flacon de Nuit de Tubéreuse à la mariée.
Le marié portait Fantastic Man.
Quant à la mariée, elle portait Nuit de Tubéreuse… évidemment.


41 commentaires:

  1. Magnifiques, et les photos rendent si bien ce beau mariage d'amour.
    Quelle bienveillante fée vous faites !

    Lala.

    RépondreSupprimer
  2. Lala, je n'y ai pas beaucoup fait, mais j'en suis très fière! Et je suis particulièrement touchée qu'un parfum que j'adore y ait joué un rôle aussi émouvant grâce à cette séance d'été...

    RépondreSupprimer
  3. Un parfum intelligent d'un Nez intelligent. A ce propos, j'ai vu ici et là que ceux qui aimaient Tubéreuse Criminelle ou Carnal Flower...n'aimaient pas forcément Nuit de Tubéreuse, allant même jusqu'à lui reprocher son nom. Vous faites donc en quelque sorte figure d'exception, ce qui est le minimum pour la main du Destin.

    Lala

    RépondreSupprimer
  4. Lala, la mariée me détrompera si je fais fausse route, mais je crois qu'elle aime les trois aussi, puisqu'elle est quasiment ma jumelle olfactive!

    RépondreSupprimer
  5. Nous leur souhaitons de belles années de bonheur à tous les deux, nous, qui avons assisté à la première rencontre ... autour du parfum. Une bien belle journée, emplie de bonnes ondes, ce que confirme cette union.

    RépondreSupprimer
  6. Méchant Loup, en effet, il y a des "témoins"! Comme, à la demande des mariés, je n'ai utilisé aucun nom... je n'ai pas multiplié les détails, mais les intéressés s'y reconnaîtront!

    RépondreSupprimer
  7. Merci pour cette belle histoire! Les photos sont sublimes. Je n'ai jamais senti Fantastic Man mais je suis tout à fait d'accord sur les pouvoirs érotiques de Nuit de Tubéreuse!

    RépondreSupprimer
  8. Tara, écoute, Fantastic Man nous avait bien fait rigoler quand cet adorable garçon nous avait fait passer le flacon... Bande de snobs qu'on est!
    Quant aux pouvoirs érotiques, l'amour y est certainement pour beaucoup... sans compter la mariée, à tomber!

    RépondreSupprimer
  9. Qu'est ce qui faut pas raconter pour lancer du parfum...mdr

    RépondreSupprimer
  10. Eve, et surtout, qu'est-ce qu'il ne faut pas faire! Présenter ces jeunes gens l'un à l'autre alors que l'un des deux parfums n'existe même pas encore, prendre le risque qu'ils ne tombent pas amoureux, qu'elle n'aime pas le parfum en question, ou lui... Sans doute la campagne de lancement la plus aléatoire de l'histoire de l'humanité!

    RépondreSupprimer
  11. Les deux fées Casque d'argent et Casque d'or se sont donc unies pour célébrer les noces de Bonne Biche et Bon Mignon :-)

    Je souhaite que ce beau conte dure éternellement.

    RépondreSupprimer
  12. Magnifique. Merci de le partager et de si bien l'écrire. L'émotion la plus poignante, ou qui brise, n'est jamais mièvre.
    Cet été j'avais aussi adoré cette Nuit de tubéreuse. Maintenant c'est clair il me faut trouver ce Fantastic Man... Au propre comme au figuré? Peut-être...

    RépondreSupprimer
  13. Lamarr, on ne pourrait pas faire un casque de titane à la place? ;-)

    RépondreSupprimer
  14. La mariée chérit en effet également Tubéreuse criminelle, et soupire à la simple évocation de Carnal Flower... Cette maladie étant hélas très contagieuse, le marié semble avoir été irrémédiablement contaminé. On ne connaît malheureusement pas d'antidote ni de vaccin.
    C'était sans compter la fée Casque d'argent, qui pour célébrer leur union leur a remis un coffret magique où sont précieusement conservées de sublimes effluves du temps jadis... ils attendent religieusement le moment opportun pour débuter la thérapie.
    Après le cadeau d'une rencontre autour de parfums vintage, c'était bien vu! Bravo la fée! :-)

    RépondreSupprimer
  15. Fantastique Man20 octobre 2010 11:27

    Merci Denyse pour cet article sublime, merci pour votre présence, je propose une réédition annuelle afin de refaire profiter à tous de ce bel endroit et de ses saveurs si particulières. Bien à vous. E

    RépondreSupprimer
  16. Céci, on a toutes besoin d'un Fantastic Man, mais plutôt grandeur nature!

    RépondreSupprimer
  17. Anonyme... en fait, "elle"! Dans le parfum, lorsqu'on l'écoute vraiment et qu'il est vraiment écrit avec le coeur, tout s'enchaîne, il dicte l'histoire. Ces parfums d'antan font en effet écho à ceux de notre petite réunion "fondatrice"! Rien n'est un hasard.

    RépondreSupprimer
  18. Fantastique Man, c'était en effet un lieu d'une rare magnificence... je ne demande qu'à le revoir en si bonne compagnie, dans des souvenirs aussi doux.

    RépondreSupprimer
  19. C'est si beau que j'en ai la chair de poule!

    RépondreSupprimer
  20. Fantastic Man vous a peut-être fait sourire par le choix de son parfum, mais pour le coup, son nom indiquait qu'il était l'homme de la situation, au moins à ses yeux à Elle. Cette histoire dont je sais qu'elle est vraie continue de me paraître insensée...
    Et en plus Elle portait Nuit de Tubéreuse pour le grand jour, au bord de l'océan !
    Toi et S pouvez être fières.
    Je les embrasse chaleureusement Elle et Lui, et leur présente tous mes voeux de bonheur.

    RépondreSupprimer
  21. Thierry, tu étais là aussi... Avoue que c'est tout de même un sacré coup de théâtre!

    RépondreSupprimer
  22. Cette histoire fait partie de ces histoires romanesques presque trop parfaites et trop belles pour être vraies et pourtant c'est arrivé. Je le sais, j'étais également là le jour de leur RENCONTRE.
    Je leur envoie tous mes voeux de bonheur.

    RépondreSupprimer
  23. Rebecca, non seulement as-tu assisté à leur rencontre, mais également à la rencontre de la mariée avec Nuit de Tubéreuse, et tu pourras témoigner de sa volupté toute féline en la découvrant!

    RépondreSupprimer
  24. Merci pour toute cette Beauté
    Du Bonheur !

    RépondreSupprimer
  25. JulienFromDijon21 octobre 2010 03:55

    L'histoire me laisse... rêveur.

    RépondreSupprimer
  26. la photo sur la version anglaise est vraiment magnifique et l'histoire très romantique...

    dans mon histoire d'amour, le parfum tient aussi un rôle important. lors de notre première rencontre, je portais aussi Mitsouko. notre première visite commune fut chez Maitre Parfumeur et Gantier à côté de la place Vendôme. lorsque j'ai essayé "jardin blanc", il m'a dit, "c'est exactement l'odeur que j'ai senti sur une très belle femme quand j'avais 10 ans, lors une croisière avec mon père". quant à lui, il essaya "Parfum d'habit" , le cuir est une odeur qui va comme un gant à mon homme fantastique à moi qui craque pour les "Cuir de Russie". notre deuxième visite de parfumeurs fut pour le Palais Royal et lorsque j'essayai Tubéreuse Criminelle, je crois bien qu'il tomba encore plus éperdument amoureux. il est vrai que ce parfum nous ennivre tous les deux au point que mon homme fantastique en met quelques gouttes dans les draps quand je lui manque trop.
    je rend hommage au blog de boisdejasmin, qui m'a fait découvrir la beauté des parfums "de niche" et au vôtre dont l'écriture est très belle et si vous n'y êtes pour rien dans mon histoire d'amour, vous y êtes toutes les deux pour quelque chose dans quelques uns des beaux souvenirs qui lui sont associés.

    longue vie amoureuse à Fantastique Man et Nuit de Tubéreuse

    RépondreSupprimer
  27. Columbine, voilà encore une histoire d'amour et de parfum... merveilleuse! Tubéreuse Criminelle a d'ailleurs aussi joué pour moi un rôle important dans une histoire d'amour. Comme quoi la tubéreuse est une potion magique.

    RépondreSupprimer
  28. Denyse, qui a dit que les philtres d'amour n'existaient pas? merci de nous enchanter jour après jour avec votre blog.

    l'autre jour, au musée de l'érotisme, j'ai souri en voyant votre livre dans leur librairie

    RépondreSupprimer
  29. Columbine, Bertrand Duchaufour est le Merlin qui a concocté le philtre, moi je suis la Morgane qui a prononcé la formule magique! Mais ça ne marche que quand y croit...

    RépondreSupprimer
  30. Superbe histoire !

    Et dire que j'ai découvert les plaisir de l'amour en portant EGOÏSTE... tout un programme...
    J'essaie de me ranger en portant l'homme sage de Divine... on verra...

    Plein de belles choses pour les amoureux !

    RépondreSupprimer
  31. Madiel, on pourrait (et cela a dû être fait déjà) décrire toute une histoire d'amour avec des noms de parfums... On peut aussi opter pour L'Homme de Coeur!

    RépondreSupprimer
  32. Mon Dieu ! C'est trop beau !!!!

    Han ! C'est magnifique ! C'est vrai que choisir un parfum c'est souvent une histoire d'amour en amont. Mais que ce soit le parfum qui ait créé l'histoire d'amour, c'est... Wahou !

    Perso, pour mon mariage (bon, je sais c'est pas pour tout de suite ^^), je me verrais bien porter le n°19...

    Bravo à nos deux amoureux :D !

    Jicky / Alexis

    RépondreSupprimer
  33. Jicky, le parfum a été l'occasion... ils ne se seraient sans doute pas rencontrés autrement. Et, oui, c'est poétique, magique... Une fatalité merveilleuse, inexplicable.

    RépondreSupprimer
  34. Magique, tout simplement.

    Je crois que cette Nuit de Tubéreuse me paraîtra plus belle encore maintenant que je connais cette histoire...

    Brava, D, et tous mes vœux de bonheur aux mariés!

    RépondreSupprimer
  35. Six, je l'ai reportée l'autre soir... mais avec une curieuse sensation, car tout d'un coup, en plus de ma propre histoire avec ce parfum, je portais celle de mes amis!

    RépondreSupprimer
  36. Oh Trop Beau ! Tous mes voeux de bonheur à ces charmantes personnes... et bravo aux fées qui se sont penchées sur leur destin :)
    Raaahlalala, waooww un homme qui porte Fantastic Man, c'est déjà tout un programme !

    Reste à Byredo de leur offrir un présent, et là le set "I MARRIED ADVENTURE" est vraiment prédestiné !

    alizarine

    RépondreSupprimer
  37. Alizarine, je n'ai aucun contact avec Byredo mais je crois que des personnes travaillant pour leur distributeur en France lisent ces pages... A bon entendeur...

    RépondreSupprimer
  38. C'est vrai que c'est une très belle histoire et magnifiquement raconté. J'espère que la rencontre avec ma future moitié sera toute aussi belle ...

    RépondreSupprimer
  39. Alizarine, J'ai acheté il y a quelque mois "I married adventure" sans savoir que j'allais m'engager avec la femme de ma vie. Sur la boite, des traces de doigts imprimées noir sur blanc. Quelques jours après mon bureau s'est fait cambrioler et un "expert" de la police scientifique a réalisé un relevé d'empreintes à la poudre noire sur cette boite, ajoutant ainsi au packaging un effet où la réalité double le marketing : troublant. Heureusement le contenu du coffret était resté intact ... mais encore aujourd'hui lorsque je touche la boite mes doigts se noircissent. Mon prochain Byredo sera "Palermo" qui semble coller à ma personnalité et à mes goûts ... seul hic les prix viennent de passer à +25%, ma femme trouve cela excessif mais est convaincue que Palermo est "Mon parfum". Je me demande bien ce qui va m'arriver cette fois. Affaire à suivre

    RépondreSupprimer
  40. Mais ça devient encore plus fou, cette histoire de parfums! Bon, allez, il faudrait que Byredo fasse un geste!

    RépondreSupprimer
  41. Ah c'est drôle, Mister Fantastic Man, votre intriguante et ténébreuse histoire m'évoque un tout autre parfum pour votre "à suivre" que le superbe, lumineux , pétillant PALERMO au coeur d'absolu de rose... Eh tout ça c'est très Arsène Lupin ;)!!?
    alizarine

    RépondreSupprimer