mardi 6 juillet 2010

Graines de Paradis de Sharini Parfums Naturels : Miel d'oranger musqué



De plus en plus de consommateurs s’interrogent sur la provenance et la qualité de leurs aliments ; forcément, cette attitude s’est désormais reportée sur leurs parfums. Voilà pourquoi Hermès, par exemple, prend la peine d’expédier Jean-Claude Ellena, flanqué d’une équipe de tournage, au fin fond du Kerala pour promouvoir Un Jardin après la Mousson, même si le cher homme (filmé avec mouillettes et flacons à bord d’un bateau, comme s’il composait en direct) aurait aussi bien pu concevoir sa formule bien au chaud dans son labo de Cabris. Et voilà pourquoi l’une des premières questions posées aux vendeurs de parfum est « Est-ce 100% naturel ? », même si la plupart des gens s’emmêlent allègrement les naseaux entre les arômes alimentaires naturels et artificiels (les seconds leur paraissant en général plus authentiques que les premiers). Ils veulent croire qu’ils achètent un parfum composés de trucs qui ont été vivants à un moment donné de leur existence. C’est… tout naturel.

Le parfum a toujours été un produit particulier, que l’on choisit parce qu’il fait rêver. Peu importe, au fond, que ce qui vous fasse rêver soit Beyoncé, Jean-Claude Ellena dans la mousson indienne ou de jeunes babas cueillant la cerise sauvage le 24 mai dans l’Hérault. Le rêve n’est pas une valeur ajouté : c’est ce qu’on inspire en même temps que son sillage. Et le parfum n’est pas le liquide dans le flacon : c’est l’histoire du parfumeur qui s’ajoute à la nôtre.


Celle que raconte Sharini Parfums Naturels, petite entreprise basée à Aniane dans l’Hérault, est particulièrement attachante. Non seulement le parfumeur Nicolas Jennings, jeune homme doté d’une barbe et de moustaches assez spectaculaires, utilise des matériaux exclusivement bio, mais il en produit plusieurs lui-même. Graines de Paradis, qu’il a composé pour l’opération « The Mystery of Musk », contient plusieurs de ces matériaux « made in Sharini », ce qui ajoute indéniablement au charme du parfum. Quatre de ses essences florales – le tiaré, le néroli, le jasmin et le genêt, ce dernier cueilli directement par l’intéressé – ont été extraites grâce à la méthode douce, traditionnelle et minutieuse de l’enfleurage, qui consiste à disposer des fleurs, fréquemment renouvelées, sur une couche de graisse à odeur neutre jusqu’à ce que celle-ci se trouve suffisamment imprégnée d’huiles essentielles. D’autres matériaux (cerises sauvages, thé rouge Rooibos et vanille) sont obtenus par teinture, c’est-à-dire par immersion dans l’alcool, qui absorbe les arômes.

Il doit y avoir quelque chose de profondément satisfaisant à parcourir la chaîne de production dans sa totalité, à l’ancienne : la cueillette, l’extraction, la composition… La tendresse et la patience de ce processus holistique imprègne Graines de Paradis, dont la générosité semble avoir capté l’âme des fleurs qui lui ont donné (leur) vie…

Après une ouverture effervescente qui me rappelle ma salade de fruits préférée de l’hiver (mandarines et pamplemousse réchauffés de gingembre), le parfum vire rapidement au floral plutôt sucré. Le cognac, la vanille et la cerise aux facettes amandées imprègnent d’une saveur presque caramélisée l’accord miellé du genêt, des fleurs de tilleul et des fleurs d’oranger. Cet effet miel de fleur d’oranger s’épanouit quelques heures avant de céder à un accord jasmin-santal. La liste des notes comprend également du patchouli, de l’oliban et de l’oudh, mais ces derniers ne semblent pas s’exprimer outre mesure (la formule, me semble-t-il, aurait pu être un peu plus courte encore sans perdre l’effet recherché). En revanche, la base de musc végétal d’ambrette et d’angélique imprègne fortement la composition, ce qui relie Graines de Paradis au thème « Mystery of Musk » : il ne s’agit pas ici d’une reconstitution botanique et bio de la note musc, mais d’un floral musqué aux penchants gourmands.

Graines de Paradis répand une sensualité paresseuse de fin d’après-midi d’été. Il est assez diffusif et d’une bonne rémanence pour un produit 100% naturel, grâce aux notes de fond « lourdes ». Je l’avais choisi pour mon propre tirage au sort avant d’essayer tous les parfums qui me sont parvenus dans le cadre de l’opération Mystery of Musk, en me disant que si on me le postait depuis la France, il risquait moins de subir des avanies. Mais je suis ravie de mon choix : ces petites vacances dans le paradis de Nicolas m’ont enchantée.



Si vous voulez participer au tirage de Graines de Paradis, par Sharini Parfums Naturels, laissez un commentaire. L’occasion est rare de profiter d’un parfum qui l’est tout autant, puisqu’il n’en existe que 25 flacons.


Autres blogs participant à l’opération “The Mystery of Musk”:

I Smell Therefore I Am

Perfume Shrine

The Non Blonde

Indie Perfumes

Bitter Grace Notes

CaFleureBon

First Nerve

Olfactory Rescue Service

Olfactarama





Illustration: Paradis Terrestre de Pierre Bonnard.

39 commentaires:

  1. Le musc je connais mais le mélange "salade de fruits" de fleurs! .. et de musc m"intrigue ! j'aimerais bien gagner un flacon de ce précieux nectar!

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  2. Cleopat, la phase citrus ne dure pas longtemps, mais elle est délicieuse.

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  3. çà alors, l'enfleurage cela existe encore !!!
    Le rendement est pourtant très faible, j'étais persuadé que c'était une technique abandonnée depuis longtemps...
    Je ne sais pas si j'aurais envie de porter des parfums uniquement parce que "naturels" mais je suis intrigué...
    ... So, enter me in the draw, please !

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  4. Thierry, ça n'est pas largement pratiqué car en effet, les rendements sont faibles et cela demande un boulot de Romain, mais la preuve... Après, naturel ou pas, si le résultat est beau... Et puis comme je suis gentille, même si tu ne gagnes pas, tu pourras sentir mes échantillons!

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  5. Quelle belle histoire...qui me fait rêver. Ca me rappelle les contes de fées, où les philtres les plus dangereux (et les plus efficaces!) contiennent au moins une goutte de sang ou un cheveu de celui qui les a composés : moi aussi je voudrais bien y goûter !

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  6. Caramba, j'aimrai bien sentir ça! Toute une histoire: miel d'oranger musqué, enfleurage, ça éveille l'intérêt/ l'appétit.
    Donc la formule magique: please enter me in the draw;
    Et j'irai bien faire un tour dans ce tableau!

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  7. Tout ceci donne l'eau à la bouche. Veuillez m'inscrire au tirage. Merci et un beau bonjour ensoleillé de Montréal
    -Laurent

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  8. Je découvre de nouvelles choses tous les jours. J'étais pourtant convaincue que le 100% naturel, c'était comme revenir au temps de Marie Antoinette et totalement obsolète. Mais comme le disait fort justement sa couturière : "il n'y a de neuf que ce qui a été oublié", se vérifie une fois de plus. Je t'en prie, inscris moi pour ton tirage.

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  9. Ce billet me laisse coite... juste rêveuse, la tête emplie de parfums. Délicieux. Là, dehors, les merles chantent... ah je m'égare. Vraiment, si ce parfum est aussi enivrant que ce vous exprimez là, c'est un nectar des Dieux !
    Je vous demande d'avoir la bonté de considérer ces pauvres lignes en tant que commentaire, j'aimerais tant goûter à cet eden parfumé...
    alizarine

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  10. enfleurage, macération, teinture, graines de paradis...on est dans une parfumerie que nous avons laissé de coté depuis le XVIIIème...interesting ! je veux bien être dans le listing pour peut être sentir cette belle initiative ! Merci !

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  11. Dominique, oui, il y a un petit côté potion magique!

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  12. Rebecca, comme quoi, plus c'est vieux plus c'est neuf!

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  13. Alizarine, c'est noté... même si les hirondelles ont regagné leurs nids!

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  14. Anonyme, je veux bien, mais il faudra m'écrire pour vous identifier!

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  15. oh beh moi aussi je voudrais bien le gagner pour m'evader avec toutes ces senteurs :)

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  16. Bonsoir,

    Ce musc a l'air très tentant, et c'est assez amusant cette coïncidence, je discutais justement sur un forum de l'absence de parfums musqués dans les gammes bio ou naturelles. Etant une grande fan de MKK, j'avais un peu de mal à y trouver mon compte, problème résolu? J'aimerais beaucoup participer à ce tirage.

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  17. J'aimerais bien participer au tirage SVP! Je n'ai jamais eu trop l'occasion de comparer la parfumerie naturelle à sa contrepartie plus synthétique et ça éveille mon intérêt! Et pour votre salade de fruits d'hiver, c'est vrai que le gingembre et les agrumes se marient à merveille...moi j'y rajoute un peu d'eau de rose, c'est classique, mais pas mal non plus...
    Punaise Bleue

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  18. Time2MuskUp, en fait il existe un certain nombre d'ingrédients naturels qui ont des facettes musquées, notamment l'angélique et l'ambrette utilisées ici (elle est présente ailleurs mais plus discrètement). Je vous inscris!

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  19. Punaise bleue, cela demande une attention différente car les parfums naturels sont moins "architecturés" puisque dépourvus de matériaux à une molécule. Je vous inscris.

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  20. L'expérience de Nicolas Jennings est touchante. Il faut avoir la foi chevillée au corps et une patience infinie pour créer des parfums de A à Z.
    N'entre pas qui veut au Paradis, n'est-ce pas?

    HannaH

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  21. je ne pensais pas qu'il y avait encore des parfumeurs qui produisaient eux meme leurs essences
    j'ai l'impression d'etre dans le film "le parfum ou encore de lire le roman :)
    bien saur sans qu'il n'y ait meurtres à la fin, ou alors meurtres de fleurs pour en tirer leur substrat, mais est ce vraiment un meurte ou plutot une metamorphose

    je suis partante pour la tirage au sort ;)

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  22. Hanna, beaucoup sont appelés, peu sont élus! Je vous inscris.

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  23. Vero, eh oui... revival de l'artisanat! Et en effet, ce n'est pas un meurtre mais une métamorphose... une sublimation! Je t'inscris.

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  24. Bonjour Carmencanada,

    Je vous remercie pour ces précisions, je vais donc orienter mes recherches de ce côté.:-)

    En visitant le site de Sharini, j'ai aussi vu "Musc d'Hibiscus", le connaissez-vous? En tout cas, voilà une bien jolie maison dont j'ai vraiment envie de découvrir les créations. Merci pour la découverte!

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  25. Time2MuskUp, en relisant ma réponse, je trouve justement qu'elle manque un peu de précision! Je voulais dire que des facettes musquées sont présentes dans d'autres matériaux, mais moins manifestement que dans l'angélique et l'ambrette, les deux seuls à contenir des muscs macrocycliques, également présents dans le musc d'origine animale.
    Le Musc d'Hibiscus, je ne connais pas (d'ailleurs, je découvre Sharini en même temps que vous) mais ce terme peut désigner l'ambrette, qui présente également des facettes rosées et alcool de poire. Vous pouvez la sentir en matière vedette de Chanel N°18 (dans les Exclusifs). Dans Musc d'Hibiscus, je vois que Nicolas l'associe au géranium, autre note rosée, à l'eau de rose en solvant, et au pamplemousse qui est une note qui va particulièrement bien à la rose -- zut, je suis en train d'écrire une review avant même d'avoir senti!!!

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  26. Mince, c'est de ma faute, désolée! :-D

    Il va vraiment falloir que je teste ce N°18. En fait, la note alcoolisée m'a toujours un peu fait peur.

    Merci encore pour ces précisions plus précises encore! ;-)

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  27. Monique/AimeHaine7 juillet 2010 à 21:28

    Comment résister à participer au tirage, histoire d'avoir une petite idée du paradis, et un grain de folie, tant la description est jolie !

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  28. Time2MuskUp, le N°18 est "clivant", comme on dit, et Chanel l'a désormais remisé au placard pour faire place à Beige, mais il existe toujours et je l'aime énormément!

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  29. Monique, un grain de folie... sûrement aussi! Je vous inscris.

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  30. le menu est alléchant... et quand on va sur le site sharini, il y a d'autres tentations..!
    merci de nous présenter cette maison, carmencanada..! (et si par hasard, vous aviez sniffé leur "jasmin céleste", je guette votre ressenti!)
    et je veux bien faire partie du tirage au sort..!

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  31. Fleurdesel, c'est alléchant, en effet! Mais, non, je n'ai rien senti d'autre... je vous inscris!

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  32. 1 000 pardon pour ma non participation aux commentaires sur le très beau Vamp à NY... Mes vacances ont été déraisonnablement prolongées...
    Et je constate que pendant que je me régalais de l’odeur du sable du Sahel, vos considérations parfumistiques ont encore et plus que jamais nourries ce blog.
    Difficiles de m’y retrouver !
    Un chat drogué, Rebecca chez kilian, des parfums plus naturels que la nature et un peu de désenchantement...

    Dans le désert j’ai pensé à deux odeurs : celle de la lessive sur les vêtements portés par l’être aimé, celle des étrons bovins qui parfument l’air vif de montagne autour de la maison de grand-mère.
    Du chimique ou du naturel ? Drôle de question.
    Et la madeleine de Proust alors, c’étais du bio ?

    Je me souviens du jour où j’ai découvert «Dans tes bras» de Maurice Roucel. J’ai regardé la vendeuse et j’ai dit «bof», puis je suis vite sorti pour me retrouver seul et écraser une larme.
    Je ne sait pas si cette émotion était naturelle ni mes larmes 100% bio. Mais j’y replongerais bien mon nez.

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  33. Madiel, dans la chaleur, le cerveau ralentit mais n'arrête pas! Je comprends votre émotion avec Dans tes bras, c'est un parfum d'une grande étrangeté et dont les résonances sont très profondes... Naturel, synthétique, bio, vous avez raison, quand l'émotion est là on s'en fiche!

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  34. Désolée, il est désormais trop tard pour participer au tirage de Graines de Paradis! J'annoncerai le gagnant lundi.

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  35. Bonjour!
    Je test en ce moment les parfums Sharini, je suis ravie! Et j'en profite pour dire que je trouve bien dommage que si peu de de blogs (francophones) en parlent, de Sharini et de tous ces parfums "naturels"!

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  36. Heidi, plusieurs raisons à cela... D'abord le fait que ces toutes petites entreprises artisanales diffusent très peu. Non seulement on n'y a pas accès, mais en plus on risque de ne même pas connaître leur existence, surtout en France où c'est une activité bien moins développée que dans le monde anglo-saxon, où l'artisanat est historiquement plus valorisé.

    Ensuite, je parle pour moi, comme j'ai le nez formé à la parfumerie classique, j'ai beaucoup plus de mal à entrer dans des compositions souvent réalisées par des autodidactes (même s'ils sont parfois très doués), qui manipulent des matières parfois rétives, que justement les matières premières issues de la synthèse peuvent dompter et structurer.
    C'est pourquoi j'ai tendance à privilégier les parfums naturels ou bio, si j'en parle, réalisés par des parfumeurs de formation "classique", qui me sont plus intelligibles.

    Enfin, comme le recours au 100% naturel ne se fait pas forcément pour des raisons purement esthétiques, mais pratiques (manque d'accès aux matières de synthèse), ou encore éthiques, écologiques, quand ce n'est pas carrément du marketing, j'ai du mal à les évaluer sur les mêmes critères que les parfums sur lesquels je me penche habituellement.

    Je rate sûrement des trucs très beaux, vous m'en voyez désolée, mais ce blog est rédigé dans mes moments de liberté et le temps manque pour réellement enquêter sérieusement et apprendre ce langage différent.

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