lundi 31 décembre 2012

Mon Top Ten des parfums 2012: Du printemps toute l'année


Inutile de dire que Séville à l’aube a été le parfum de l’année pour moi. Et puisqu’il figure au palmarès 2012 de nombreux blogs, je suppose que ce parfum né d’une double aventure – celle qui l’a inspirée et celle de sa création avec Bertrand Duchaufour – a su parler à d’autres. Ce développement est le fil narratif de mon livre The Perfume Lover, qui paraîtra en français aux Presses de la Cité fin mai ou début juin 2013 (le titre français n’est pas encore trouvé : si vous avez des suggestions, je suis preneuse !).

La plupart des lancements 2012 qui m’ont émue partagent avec Séville à l’aube un enivrement printanier. Serait-ce parce que les parfumeurs, décideurs et consommateurs ont eu envie à l’unisson d’un vent de renouveau ? Plusieurs floraux tendres se sont épanouis ; une interprétation différente de la fraîcheur, ni citrus, ni aquatique, s’exprime à travers de notes de chair de fleur moite et de sève (Inflorescence de Byredo, Narciso Rodriguez for Her L’Eau et See By Chloé poursuivront la tendance en 2013).

Jour d’Hermès, disponible en boutique Hermès et lancé mondialement en février, est l’expression la plus achevée de cette approche. Conçu pour évoquer la fleur-en-soi plutôt qu’une fleur en particulier, le pendant féminin au Terre d’Hermès de Jean-Claude Ellena est à la fois serein et enivrant. Côté mainstream, c’est de loin mon lancement préféré.

Baiser Volé eau de toilette de Mathilde Laurent pour Cartier est, tout comme la version extrait, plus fidèle à l’inspiration d’origine – une peau frottée de lys – puisque les notes cosmétiques de l’eau de parfum y sont moins présentes, avec une ouverture aldéhydée qui booste les notes vertes.

L’Eau de Chloé de Michel Almairac (Robertet) est la plus intéressante de la série signature de Chloé. Coup de génie et prouesse technique : enrober la structure chyprée verte-citrus d’eau de rose, substituée à l’eau qu’on ajoute au concentré et à l’alcool. C’est cette eau de rose qui, seule, crée une note rosée très naturelle qui joue de la tête au fond.

Mito de Vero Profumo, par l’irremplaceable Vero Kern, est une interprétation ultra-niche et sans compromis du floral printanier, citronnelle mordant à pleine dents un cœur de fleurs dominé par le magnolia. Un volume époustouflant qui suscite les compliments spontanés.

Boutonnière N°7 de Rodrigo Flores Roux (Givaudan) pour Arquiste m’est parvenu trop tard pour que je rédige un billet cet année. Mais ce gardénia tout en fraîcheur verte greffé sur une cologne masculine – l’antithèse de la fleur blette de Tom Ford ou de celle, baumée confiturée, de Serge Lutens – le confirme : Arquiste est une maison qui compte.

Perle de Mousse de Bertrand Duchaufour pour Ann Gérard, autre jeune maison sur laquelle je compte revenir dare-dare, est l’interprétation la plus originale du genre chypre vert cette année. Son overdose de lentisque, qui joue dans la structure le rôle d’une mousse de chêne presque certainement destinée à l’interdiction sous peu, teinte son cœur muguet de nuances de violette et d’iode.

 Lumière Blanche de Sidonie Lancesseur (Robertet) pour Olfactive Studio – encore une jeune maison qui se distingue par sa cohérence et sa qualité – tire le thème verdoyant qui court dans tous mes lancements 2012 préférés vers une autre zone de la carte olfactive. Un jeu sur l’incandescence qui éclaire d’un chaud-froid d’épice la blancheur d’un accord lait d’amande-iris-santal.

Blanc de Courrèges de Julie Massé (Mane) est, comme son nom l’indique, un hommage à la couleur emblématique de cette maison mythique. À en juger par le nombre de visites au billet que je lui ai consacré, cette délicieuse dragée iris-patchouli a su créer le buzz. Un lancement joliment encadré des classiques Empreinte et Eau de Courrèges, restaurés par Vincent Schaller (Firmenich).

Infusion d’Iris Absolue de Prada tire la blancheur aveuglante de l’original vers un registre plus sensuel. Tout se passe comme si Daniela Andrier avait plongé Candy dans son Infusion d’Iris pour l’imprégner de douceur baumée. En complément : le gommage Candy, beaucoup plus dosé en iris et en musc qu’en caramel, et fortement rémanent.

 Musc Tonkin de Parfum d’Empire vient bousculer ce florilège. Extrait en édition limitée, l’hommage de Marc-Antoine Corticchiato à la note animale la plus mythique de la palette dompte n’est pas tout à fait assez fauve pour qu’on le boucle dans une cage… mais de justesse.
Mentions plus qu’honorables – j’aurais tout aussi bien pu faire un Top 15 – à Santal Majuscule de Serge Lutens, Aedes de Venustas, Speakeasy de Frapin sur lequel je reviendrai, Corps et Ames Eau de Parfum de Parfumerie Générale et Fils de Dieu, du riz et des agrumes d’ État Libre d’Orange.
Et puis un clin d’œil à la campagne de Noël de La Petite Robe Noire de Guerlain, parce qu’elle me fait danser…


Depuis un Montréal polaire -  moins 20°C, 45 cm de neige -- je vous souhaite à tous et à toutes un réveillon enivrant !
Illustrations: The Roses on Park Avenue de Will Ryman.


6 commentaires:

  1. Je n'ai malheureusement pas pu sentir tous ces jus, ce n'est pas évident de trouver une parfumerie qui recèle de tels trésors olfactifs peu connus à côté de chez soi, quand on est en banlieue parisienne. Mais j'ai pu en tester quelques uns et j'ai eu trois coups de coeur cette année : Volutes de Diptyque, je suis devenue accro à la douceur de cet Amsterdamer à l'iris et au miel. C'est à la fois chaud et intime. Ensuite Lumière Blanche, une autre odeur cocon. Moi qui adore la cardamone et l'amande en cuisine, je trouve leur mariage en parfum particulièrement réussi et profondément original. Et Lumière Blanche m'a permis de trouver par ricochet mon odeur à moi : Chambre Noire. Et mon troisième chouchou pour 2012, c'est Santal Majuscule. Contrairement à ce que disent certains officianados, je ne trouve pas du tout que c'est une "redite" chez Lutens et le trouve loin d'être banal par rapport à la gamme des parfums Lutens (je le préfère de loin à Une voix Noire avec lequel, j'ai un peu de mal)...
    Tout plein de bonnes choses à vous Denyse pour 2013. Cette année, j'espère pouvoir rencontrer l'exploratrice passionnée d'effluves que vous êtes en chair et en os, au cours d'une dédicace de votre livre....

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  2. Ambre Rouge, l'aficion est exigeante envers ce cher Serge plus qu'envers aucun autre! Ce santal est beau et subtil, et je trouve un peu injuste qu'on reproche à quelqu'un qui oeuvre depuis 20 ans de ne pas chercher à exprimer autrement des notes qu'il a abordées par le passé. C'est un peu le travers de la politique des auteurs: il faudrait que chaque "film" soit un prototype.
    Par ailleurs, tous mes voeux à vous aussi! Il y aura très certainement des signatures programmées lorsque mon livre paraîtra en français. Je suis sûre que François Hénin, entre autres, m'accueillera chez Jovoy où l'ouvrage est déjà vendu en anglais. Donc nous aurons je l'espère l'occasion de nous croiser!

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  3. tous mes voeux chère Denyse !

    Hélène

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  4. Hélène, comme on dit chez nous au Québec:
    - Bonne année grand nez.
    - Pareillement grandes dents!
    (ça peut se poursuivre aussi longtemps qu'on trouve des rimes!).

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  5. "The Perfume Lover" sounds good (to me) even in french. On peut enlever le "The" : "Perfume Lover". Qui me semble clair et comprehensible.

    Trois suggestions :

    "I love parfums"
    "Parfums passion"
    "La femme qui parlait à l'oreille des parfums" :-)

    Bonne Année, chère Denyse.

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  6. NLR, merci pour ces propositions. Je crois que les titres du type "le x qui parlait à" sont un peu grillés, puisque le livre de C. Burr sur Luca Turin s'intitule "L'Homme qui entendait les parfums". Et si je choisissais un titre en anglais, Dominique Noguez ne me reparlerait plus jamais, or j'aime beaucoup Dominique Noguez!

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