vendredi 30 décembre 2011

Le Best-of des parfums 2011 : L'Europe sombre mais sent bon



Bonne pioche pour les chypres en 2011. Ce qui n’a rien d’étonnant, au fond: les chypres sont des parfums pour temps durs. Le gaz moutarde soufflait encore sur les tranchées lorsque Coty a lancé la tête de file de la famille. La seconde vague – les Bandit, Femme, Miss Dior… -- a déferlé en pleine Occupation ou peu après. Tout se passe comme si les facettes humus et légèrement iodées de la mousse de chêne, qui ancrent la chair des fruits et des fleurs, arrosaient la terre de quelques larmes… Cet inconscient du chypre l’accorderait-il aux périodes historiques difficiles ?
Ou alors, plus simplement, la remontée des chypres au nombre des lancements de l’année traduit la même envie de se réfugier dans des esthétiques surannées que des films comme Midnight in Paris de Woody Allen, Hugo de Martin Scorcese ou L’Artiste de Michel Hazanavicius.  Quoi qu’il en soit, les plus beaux chypres 2011 nous ramènent par le bout du nez à une époque où les parfums étaient adultes, complexes et un peu ténébreux. Et ce n’est sans doute pas par hasard que deux des plus émouvants aient été inspirés par les souvenirs d’enfances les plus poignants de leurs auteurs…

MonParfum Chéri (Annick Goutal), hommage rendu à Femme par Camille Goutal et Isabelle Doyen, assombrit encore les tonalités « fruit blets sur terre humide » de l’un des parfums jadis portés par Annick Goutal. Rétro, certes, mais plutôt à la manière d’une réécriture du film noir par les frères Coen – on songe à Miller’s Crossing – que d’un exercice de style…Culotté, excessif, charnel : l’un des plus beaux lancements de l’année.

Azemour (Parfum d’Empire) offre une palette diamétralement opposée aux nuances automnales et crépusculaires de Mon Parfum Chéri : brises océanes soufflant sur les dunes et les orangers brûlant au soleil. Et pourtant, ce sont les larmes autant que les embruns qui l’imprègnent d’un effet salé-iodé : Azemour évoque la terre où Marc-Antoine Corticchiato est né et a grandi, paradis perdu qu’il n’a eu le courage de retrouver que tout récemment… Du coup, ce chypre robuste et juteux comme une orange dévoile une tendresse élégiaque inattendue.

Toujours dans le registre du passé revisité : AromaticsElixir Perfumer’s Reserve, réécriture par Laurent Le Guernec du classique de Clinique pour son 40ème anniversaire. Un jus à la fois sombre et scintillant comme un bourgogne versé dans une coupe en cristal taillé, qui exalte l’accord aromatique rose-patchouli créé par Bernard Chant en le glaçant d’un accord floral aldéhydé souverainement dédaigneux des tendances…

À l’inverse, Bottega Veneta Eau de Parfum a la modernité de ces formules courtes auxquelles Michel Almairac excelle. Le parfumeur a soulevé la peau des chypres fruités d’antan (dont il avait déjà proposé une réécriture radicale dans Rush de Gucci) pour la greffer sur un accord cuir inédit. Sans doute la plus belle surprise de l’année dans le mainstream : son succès, on l’espère, poussera d’autres maisons de luxe à emprunter d’autres voies que celles du fleuve fruitchouli…

Là où Bottega Veneta se distingue par sa parfaite adéquation à l’esprit maison, le charme du Candy de Prada se situe précisément dans sa dissonance : un bonbon rose shocking insolemment collé sur un sac à main à 3000 euros. Mais une fois l’enrobage caramel fondu, Candy porte la signature composée par Daniela Andrier pour Prada, un nuage délicat de musc et d’iris imprégné d’une bouffée de benjoin. Par là-dessus, mieux vaut inhaler sa dose de sucre que de l’avaler : c’est la jouissance sans la pénitence, même pas la minuscule humiliation de porter un parfum girly-nunuche. Après tout, c’est quand même Prada.

Par-delà les charmes régressifs de la confiserie, nous verrons sûrement beaucoup plus de passerelles entre parfums et arômes au cours des prochaines années. Thierry Mugler, assurément la marque mainstream la plus couillue de la planète et des galaxies avoisinantes, ouvre encore la voie avec la collection Le Goût du Parfum, traduite en recettes par le chef Hélène Darroze (pour lestélécharger depuis le blog de Nicolas Olczyk, cliquez ici).

L’autre maison de parfum de créateur qui porte l’étrangeté dans son ADN, Comme des Garçons, a renoué cette année avec sa veine expérimentale la plus radicale après une série de « joint ventures ». Antoine Lie et Antoine Maisondieu sous la direction de Christian Astuguevieille, ont fait pousser une fleur faite de ruban adhésif d’emballage, plantée par Rei Kawakubo dans un flacon informe et bulbeux. Un jus à la fois urbain, curieusement romantique et finalement assez portable, qui démontre la complicité secrète des odeurs naturelles et synthétiques.

Les Perfume Guns de Frédéric Malle jouent également sur cette alliance de l’industriel et du romantique : parfums d’ambiance ultraraffinés proposés dans des vaporisateurs en plastique gris ultra-fonctionnels, capables d’embaumer une pièce d’un pschitt. Mon préféré pour l’instant : le Chez Monsieur de Bruno Jovanovic, qui a l’odeur de l’endroit où j’aimerais vivre, un bureau tapissé de vieux livres qui sent le cuir et le Havane.

Je ne me suis pas donné la peine de compter les nouvelles marques de niche lancées cette année (je laisserai ce soin à Michael Edwards), mais je me dis qu’au lieu de nous lamenter de cette surabondance, nous pourrions tout aussi bien nous en réjouir. Certes, elle signifie que plus jamais nous ne pourrons sentir tout ce qui sort, que nous raterons des merveilles (c’est là qu’il faudra compter sur les blogs, qui continuent également à se multiplier). 
Mais cet effet « longue traîne » signifie tout de même que plus de voix pourront s’exprimer, et que les inspirations les plus diverses, voire les plus saugrenues, aboutiront dans les flacons.
Il n’est pas non plus impossible que cette multiplication de petites marques indépendantes pousse l’industrie, des grands labos aux verriers et aux conditionneurs, à envisager autrement ses rapports avec les « petits » clients, qui doivent souvent affronter un chemin de croix dès qu’ils ne comptent pas produire 5000 flacons. C’est aussi le modèle de distribution qui devra évoluer… Mutations en vue ?

Parmi ces nouvelles marques, Olfactive Studio se distingue, non seulement parce que les trois premiers parfums sont très beaux, mais parce que le concept – utiliser des photos originales en lieu et place d’un brief – est développé de façon très cohérente et professionnelle. Céline Verleure a su s’entourer d’une équipe créative et mobiliser un budget conséquent, ce qui confère à sa petite maison une allure de grande marque. Son concept « photo » colle aussi à une tendance qui devrait se développer : croiser le parfumerie avec d’autres pratiques artistiques.

Et puis il y a les petites marques créées et portées à bout de bras en solo, pour l’amour de l’art, comme Neela Vermeire Créations. Fondés sur la culture olfactive de l’Inde natale de Neela – marché qui n’a pas encore assez de maturité pour les marques de niche, mais source féconde d’inspiration – le trio créé par Bertrand Duchaufour suggère la possibilité d’une parfumerie réellement métissée (Sandrine Videault, avec Manoumalia, s’est déjà aventurée très loin dans cette direction).
On se prend à rêver de ce que serait une parfumerie créée par des parfumeurs non-occidentaux formés « à la française »… Les prochaines innovations nous viendront-elles des BRICs ?
Bref, je suis optimiste, sinon pour l’avenir du monde en général, du moins pour celui de la parfumerie – on ne va tout de même pas passer sa vie à se lamenter sur les reformulations ou les fruitchoulis…

Maintenant, à vous : avec quel parfum comptez-vous dire adieu à 2011 et accueillir 2012 ?

Pour d’autres Top Ten de l’année, cliquez sur Bois deJasmin, Now Smell This, Perfume Posse et Perfume-Smellin’ Things.

Photo de Roxanne Lowit.

27 commentaires:

  1. J'ai bien peur de me lamenter plus que jamais sur les reformulations et les fruitchoulis ;) Le meilleur de parfumerie actuelle ne m'interesse pas plus que ca. De toutes facons Mon Parfum Cheri et Bottega Veneta ne sont pas sortis aux Etats-Unis, donc connais pas, mais je doute que ca se serait traduit par un achat.
    Mon dernier coup de coeur de l'annee, Cristalle eau de toilette (discontinue aux US mais j'ai reussit a trouver un flacon chez Bloomingdales a Manhattan, meme reformule il est tres beau!). Je suis dephasee avec les gouts actuels de la societe! Je mise tout sur mes achats parfums pre-reformulations sur ebay. Toutefois j'attends avec impatience le prochain Serge Lutens au printemps (dont je connais deja le nom mais j'ai promis de rien devoiler).



    Emma

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  2. Emma, ce qui distingue les livres (ou les enregistrements musicaux, ou les films) des parfums, c'est que ce sont des formes d'art reproductibles: par conséquent, on peut en théorie jouir de "l'original" indéfiniment, quelle que soit l'époque où il a été produit. Le parfum est en partie reproductible (on peut retrouver la forme même si certaines variations existent au niveau de matières premières), mais au fond pas tant que ça...
    En plus, il est périssable. C'est pourquoi j'ai fini par faire mon deuil de cette recherche des "pré". En plus, mon frigo est plein.

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  3. Pour moi j'enterrerai 2011 sous les effluves violacées de De Profundis, mon tout-dernier achat qui me séduit, me ravit, me transporte, m'intrigue, m'obsède comme je n'espérais plus l'être avec une création de Serge Lutens... qui ne faisait plus depuis qqs années que gentiment me plaire.

    alizarine
    ..qui vous souhaite à vous ainsi qu'à vos lecteurs/trices la plus belle des fins d'année

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  4. Je me retrouve en vous et Uella.
    J'ai exaucé ma "wish list" au delà de mes espérances, "mon frigo est plein".
    J'ai pris résolution de ralentir avec ebay, mais je m'offrirai encore quelques vintage "unsniffed", et stockerai une ou deux bouteille ("Femme" "Joy" "Mitsouko"... en a-t-on jamais assez?). "Je mise sur les "pré"".

    Je renonce à...
    Je ne renonce à mes parfum préférés, même s'il sont vintage ils restent les formes les plus accomplis de parfum que je connaisse. Des archétype et des diapasons.
    J'accueille...
    J'accueille tout ce qui entretient ma curiosité : les nouvelles sorties, les épices, les huiles essentielles, les vins la cuisine le thé le café, la musique, tout tout tout.
    En premier, les nouveautés des marques et créateurs qui ont mon affection. C'est pas très rationnel mais c'est comme ça. "L'artisan parfumeur", "Serge Lutens", Mathilde Laurent, et tout ceux comme elle qui sont mus par un idéal élevé de la parfumerie, et a de l'ambition dans leurs réalisations.

    Bonne année et bonne santé!
    Mes résolutions de l'année, ce serait de réussir mes études en droit, et peut-être d'ouvrir un blog parfum.
    Il est rassurant de lire, dans le billet, qu'il y a du boulot pour les petits nouveaux. ^_^!

    P.S.: et arrêter d'être à moitié malade avec le nez bouché!

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  5. Alizarine, De Profundis me semble un excellent parfum pour enterrer une année... Il suscite en tous cas des réactions assez mêlées et passionnelles!
    Très bonne année à vous aussi.

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  6. Julien, pour Femme et Mitsouko, je suis d'accord, on n'a jamais assez de "pré", et j'ai également quelques réserves.
    Bonne chance pour vos découvertes olfactives de toutes sortes, pour la réussite de vos études et pour vos projets d'écriture... ainsi que pour les atchou!

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  7. Denyse, comme tu le dis le parfum est perissable. Moi aussi j'ai fait mon deuil de vieux parfums vintages, les Caron par exemple, et puis il faut faire de la place, je ne suis pas une hoarder (quel est le mot en francais?), ces parfums ne m'interessent plus de toutes facons.
    Par contre, je continue de faire mon plein de Rive Gauche, No.5 et de Boucheron en pre-reformulation, je cherche en vain Cristalle en pre, mais difficile. Mitsouko j'ai deux extraits vintage, ca me suffit.

    Pour revenir a la nouvelle parfumerie, mon probleme c'est finalement le manque de consensus chez vous les critiques et les bloggeurs. Alors que vous vous accordez tous a dire, sans exception, que Feminite du Bois, Boucheron et Rive Gauche dans leurs formules d'origines sont exceptionnels, c'est loin d'etre le cas pour le meilleur de la parfumerie actuelle. Plebiscitees par certains, les trois dernieres creations de Cartier ont ete descendues en fleche par Octavian Coifan. De meme il a profondement deteste De Profundis alors que Bois de Jasmin donne 5 etoiles a ce parfum de Serge Lutens.
    Faudra pas non plus s'etonner que dans deux trois ans Luca Turin annonce que Mon Parfum Cheri et Bottega Veneta sont des "disaster" machin et "failed" truc.


    Emma

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  8. Emma, mais pourquoi est-ce qu'un parfum devrait faire l'unanimité chez les critiques? Ce serait affligeant si nous avions tous les mêmes goûts et parlions tous d'une même voix.

    De plus, un classique, ça s'identifie avec le recul. La critique de parfum n'existait pas à la sortie de Féminité du Bois ou peut-être y aurait-il eu débat. A l'époque, dans l'industrie, on se moquait d'ailleurs des Lutens car on considérait que ce n'étaient que "des bases".

    Quant à ce que Luca pourra dire dans deux ou trois ans de tel ou tel produit, je m'en b... à m'en disloquer le poignet, même si j'ai toujours plaisir à le lire.

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  9. Attention moi aussi je suis pour la diversite des opinions et contre la dictature des etoiles donnees aux parfums. J'apprecie ton blog pour la qualite de tes articles et de nos reflexions qui s'en suivent. Cela dit, que ce soit Rive Gauche ou Feminite du bois dans leur forme d'origine, il y aura personne pour dire que c'est de la daube, mais ca n'empeche en rien la diversite des ressentis de chacun. Je me demandais seulement si le meilleur de la parfumerie actuel peut rivaliser avec ces "modern classics", j'ai le sentiment que non, mais j'espere me tromper et ca n'engage que moi.


    Emma

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  10. Emma, encore une fois, entre le manque de recul et la profusion de lancements, c'est vraiment difficile de prédire quel parfum sera un classique -- c'est-à-dire sera en mesure de survivre aux décennies, d'influencer d'autres parfums, voire de se retrouver dans les produits fonctionnels... Malheureusement, une grande part des produits de niche ne sont pas assez diffusés pour espérer une immense pérennité.

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  11. Comme toi, Denyse, j'ai arrêté de me lamenter sur les changements en parfumerie. J'acceuille donc cette nouvelle parfumerie, sûrement moins "grasse" dans ses composantes mais toujours porteuse d'émotions.
    Ma joie du moment, grâce à une bienfaitrice, je peux encore m'inonder du Feu d'Issey, seul parfum que je regrette car à mon avis il pourrait encore exister dans sa forme d'origine (1998), sinon j'ai acceuilli Prada Candy et je compte bien aussi acheter le Botega. Et j'attends avec impatience le Amber Oud de Kilian qui ne devrait pas tarder...

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  12. je voulais écrire accueillir!!! j'aurais du me relire.

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  13. Les grands classiques ou meme les modern classics n'ont jamais beneficie d'une grande diffusion commerciale. Avant les annees 90, les grandes marques de parfum ne s'interessaient qu'a la bourgeoise, l'employee de bureau et l'ouvriere n'avaient qu'a acheter de l'eau de Cologne de supermarche. Feminite du Bois et Mitsouko aussi differents soient-ils n'ont jamais ete concus pour plaire au plus grand nombre.
    Depuis que les grands groupes ont mis la main sur ces maisons de parfums, le parfum s'est "democratise" et pour plus de profits ils ont niveles la parfumerie vers le bas parce qu'ils veulent vendre a la gamine de 16 ans du coin comme a la nana PDG d'une grande societe en Asie.
    La parfumerie de niche actuelle, qu'elle apporte ou non quelque chose, ce qui est certain, elle cible la meme clientele que ciblaient autrefois les Guerlain et Chanel.
    D'ailleurs comme le souligne Luca Turin, le parfum n'a jamais ete un vrai produit de luxe au niveau du prix. A l'epoque c'etait avant tout une histoire de positionnement social. Chanel avant l'ere Coco Mademoiselle et Chance ne s'interessait qu'a une sorte de femme, pas deux, pas trois, et surtout pas toutes.


    E.

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  14. Rebecca, d'accord avec toi sur le Feu d'Issey, parfum véritablement novateur, peut-être trop pour le public... Pour les nouveautés, ravie de constater que nos goûts coïncident!

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  15. Emma, tu as bien raison, les classiques, c'est-à-dire les parfums qui ont survécu aux décennies parce qu'ils ont toujours été soutenus par les marques et été appréciés du public, n'ont pas été conçus pour plaire au maximum de personnes comme le sont les produits post-80s. Ils ont cependant bénéficié de conditions très différentes -- leur longévité, le prestige de leur griffe -- que les parfums de niche.
    Mais la démocratisation du parfum n'est pas d'hier, comme l'explique Elisabeth de Feydeau dans son livrfe.
    Coty a très vite démocratisé son offre, les Bourjois composés par Ernest Beaux s'adressaient à un public plus large et plus international, des parfums comme Charlie dans les années 70 étaient aussi destinés au plus grand nombre.
    Ce qui a changé, c'est l'influence du marketing, déjà présente dans les années 60 (Edmond Roudnitska s'en plaint dès cette époque), qui triomphe définitivement à partir des années 80.
    Il n'est pas certain que les parfums de niche bénéficient des mêmes avantages qu'un Shalimar ou qu'un N°5 pour trouver un public d'une génération à l'autre. Il leur est difficile de se tailler une vraie part de marché, comme a su le faire Angel par exemple: ils n'ont pas assez de force de frappe.
    Mais c'est un peu la même chose dans tous les domaines de création: il y a les blockbusters, conçus pour l'être, et puis la "longue traîne" de produits très nombreux qui ne s'adressent qu'à un public relativement restreint. Pas forcément le plus riche, d'ailleurs: beaucoup de gens au goût raffiné font certes partie de la "bourgeoisie", mais pas au sens des clientes de Guerlain dans les années 20.
    Vaste sujet!

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  16. hoarder (quel est le mot en francais?) : "quelqu'un qui ne jette rien", mais l'expression est plutôt jolie en français, comparée aux connotations "maisons encombrées de partout" et "stockage maladif" de hoarder en anglais.

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  17. J'allais dire "je renonce aux Carons actuels" (bellodgia, narcisse noir,... je vais les revendre) mais je n'ai pas voulu dire du mal, rester positif. Et les anciens Carons sont vraiment trop dur à trouver.
    Rive gauche : tu vises plutôt les edt, ou les extraits? Certaines fois, on voit des extraits vendus au prix des miniatures d'edt, les vendeurs ne font pas la différence. C'est rare, mais étonnant.
    No5 : j'ai reçu une ancienne EDT, je l'avais acheté comme ça, juste parce que je combinais les frais de port. Et de sceptique j'ai été conquis instantanément : l'iris, cette rose qui se transforme en violette, un peu fruit rouge et liquoreuse comme peut l'être la rose naturel. Mon dieu pourquoi chanel à virer au "quasi tout synthétique", ils avaient pourtant la réputation d'avoir leurs propres champs de roses.

    Cristalle, j'ai trouvé récemment, (j'ai pas testé sérieusement encore, je suis en retard). Je pourrais t'envoyer des decants si tu veux.

    Coifan a des goûts très particuliers, il a encencé "j'adore l'or" et des millésimes Givenchy, et j'ai été à deux doigt de me faire avoir en achetant "unsniffed". Et les Guerlains -et la politique Guerlain- ne sont pas abominables, simplement décevants ou en deça de ce qu'ils étaient avant.
    Les cartiers exclusifs ne sont pas abordables, pas directement jolis ou éblouissants. Mais ils sont remarquablement innovant, moderne avec une facture classique harmonieuse, et des ingrédients au top.
    Turin&Sanchez, si on écarte leur parti pris "pro Calice Becker" "pro Lauder" etc., on peut vraiment compter sur ce qu'ils disent. Même si en 3 lignes, ils ne se mouillent pas trop. Ils aident pour savoir quelles marques et quels parfums essayer en premier.

    Ton discours sur la démocratisation du luxe est intéressant.
    Marjane Satrapi rappelait dans une interview qu'il faut bien distinguer : Par essence l'art est éllitiste (ça prend du temps à créer, c'est cher, c'est parfois dur à comprendre), et c'est l'accès à l'art qu'on doit essayer de rendre démocratique. (ex : les musées ont des chef-d'oeuvre, mais sont ouverts à tous).
    J'allais dire la même chose que Denyse. Je connais plusieurs histoires de la petites employée de bureau du passé, qui a testé tous les flacons du magasin, puis économisé pour se payer son "femme de rochas" "l'heure bleue" ou "diorissimo" (ma mère, Tania Sanchez, etc...).
    Que dire de pertinent sur la situation actuelle? Un article récent du "nouvel observateur" montrait dans un diagramme, que sur un flacon mainstream payé 100€, 25€ allait à la pub, 1% à 1,5% au concentré parfumé. C'est tout.
    Je suppose que pour une marque de niche, ce sont ces 25% de pub qui sont reversés sur le budget de la formule. Le reste est assez fixe : la TVA, le distributeur, la marque de parfum.
    Alors que dire?
    Si on acceptait de payer 130€ au lieu de 100€ un flacon mainstream, on aurait une révolution dans le contenu des flacons.
    Parce que sans aucun produit naturel (un peu coûteux), quelque chose d'aromathérapique manque dans les parfums mainstream pour me titiller le cerveau. Je dis les choses comme elles me viennet : ~~~ les parfums maintream sont des sensations intellectuelles, ils leur manquent des trucs pour me prendre au coeur et au corps.
    Aussi, j'ai l'impression que le savoir-faire (skills) pour utiliser les matières premières se perd chez la plupart des nez. Bien sûr nous avons notre liste d'exceptions (tiens! Giacobetti, le bio!). Mais par exemple parfois j'ai l'impression qu'Ellena prend beaucoup de temps pour retrouver une combinaison de notes naturelles qui existaient déjà par le passé, et encore le résultat d'Elena manque de superbe (désolé de dénigrer :s). Alors que c'est Elena, un maître! (et élève de Roudnitska! diorissimo v c'est du mozart c'est génial)!)

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  18. Julien, si on payait plus cher le flacon mainstream, on remplirait un peu mieux les poches des actionnaires de LVMH, L'Oréal et cie... Prendre un peu moins de marge et mettre un peu plus de qualité n'est pas toujours à l'ordre du jour lorsqu'on a l'immense marché naïf de la Chine à conquérir comme priorité.

    Pour ce qui est de la quantité de MP naturelles, je ne parlerais pas d'aromathérapie (rien que le mot "thérapie" me file l'urticaire) mais d'une perception inconsciente de la plénitude d'une essence naturelle, même les molécules qui ne semblent pas avoir d'action odorante mais qui donnent de la "chair"... Cette impression est irremplaçable.

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  19. Denyse, oui vaste sujet! Je connais mal l'histoire des parfums Coty sauf qu'aux Etats-Unis ils sont vendus dans les supermarches (mais on les trouve de moins en moins notamment depuis la deferlante des parfums bas de gamme de certaines celebrites).

    Julien, je ne sais pas si tu as acces aux listings de ebay.com, si oui tu y trouveras des Caron vintages assez facilement et pas trop chers, en tout cas bien moins chers que les Guerlain.
    Cela dit, les Caron ne me disent plus rien, je ne les trouve plus assez intemporels pour les porter aujourd'hui. Denicher des vintages sur ebay ok, mais je veux pas de parfums qui font vieux quelque part.
    Pour Cristalle, je te remercie mais c'est bon, j'ai un flacon neuf et je le trouve pas mal du tout finalement. Apparament un contact de l'industrie du parfum a mis Luca Turin dans la confidence, la qualite du galbanum de l'actuel Cristalle n'a jamais ete aussi exceptionnelle!

    Tu as tout a fait raison en ce qui concerne "l'histoire de la petite employee de bureau du passe". Pour elle a l'epoque porter un parfum Chanel c'etait une facon de se demarquer de sa propre condition sociale en laissant trainer derriere elle le sillage d'une femme Autueil-Neuilly-Passy.
    J'ai connu au Lycee des nanas issues de milieux modestes au mileu des annees 80 qui ne bouffaient rien de la journee pour se payer deux choses, COCO de Chanel et un carre Hermes!



    Emma

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  20. Emma, Coty a juste été l'une des marques les plus innovantes de la parfumerie, tant pour les jus que pour le marketing...
    je comprends tout à fait ce que tu veux dire pour les Caron: je trouve plusieurs d'entre eux saisissants de beauté (en tous cas les versions que je possède) mais il n'en reste pas moins qu'un parfum peut être magnifique mais daté. En général, pour porter, je préfère des écritures plus modernes. Au fond, c'est la différence entre porter du vintage (en tous cas des vêtements de l'époque où on portait des gaines!) et du moderne. Ma collection de vêtements vintage est assez énorme, mais je ressors ça assez rarement... Il faut vraiment être d'humeur. Et en aucun cas, surtout, assortir le vêtement à un parfum de même époque!

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  21. Denyse, porter du vintage, parfum ou vetements, ce n'est qu'une question d'intemporalite ou non. J'ai essaye de revendre dans les consignment stores de Manhattan pour une dame retraitee des Nations-Unies qui portaient des tailleurs et des chemisiers de grandes marques style Ungaro etc. dans les annees 80 et 90 deux valises entieres de fringues, ils n'ont pratiquement rien voulu. Trop demode, eux ce qu'ils veulent comme vintage c'est la veste pantalon YSL, le sac Kelly d'Hermes ou encore un tailleur Chanel annees 60, ce qu'il y a de plus iconique et intemporel. Pour le parfum, c'est finalement la meme chose, le No.5 des annees 50 sera toujours superbe alors qu'un parfum d'Estee Lauder des annees 80fera date.


    E.

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  22. Je parie qu'ils y viendront et qu'on aura un Ungaro 80s revival un de ces jours...

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  23. Pas impossible,, en tout cas dans l'etat actuel des choses la nana completement stuck-up du magasin regardait les Ungaro en faisant des NO, NO, NO, NO,,,comme si c'etait vraiment de la grosse merde, j'avais envie de la claquer! haha!

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  24. - J'étais utopique en avançant "payer 30€ de plus, 30€ qui irait pour la part "ingrédient" du flacon"". Évidemment qu'avec la mentalité actuelle des grands groupes, les 30€ iraient partout sauf dans les ingrédients et la qualité.
    - "perception inconsciente de la plénitude d'une essence naturelle" : nan... aromathérapique : non plus...
    il faut qu'on trouve un petit mot pour ça.

    - Emma, tu sembles parler des offres "buy it now"? C'est vrai qu'on trouve comme ça du Caron ou du Guerlain à prix élevé. Mais on ne trouve pas tout, et je préfère le jeu des enchères. Les parfums ont plus de chance d'être abimés, mais ils sont bien plus abordables. Je suis gêné avec les BIN pour les vintage, j'ai toujours l'impression de soutenir la spéculation et l'envol des prix.
    - C'est vrai que les Carons renvoient à une époque : le fond "marron glacé", les accords oeillets. Mais ces facettes sont équilibrés par la qualité des autres ingrédients et l'ingéniosité des compositions.
    Par exemple, je pense que les aldéhydes ont besoin du "gras" des HE de roses pour être contrebalancé. Les parfums ont commencé à faire vraiment dater quand on n'a plus mis l'argent. C'est comme si un rouage caché était alors apparant, un os saillant.
    Le parfum qui sent négativement la veille dame, c'est souvent la version réactualiser.

    Daté. Qui peut être ramené à une époque : oui! Comme Opium est daté.
    Daté = périmé. Non. Pour les carons, je les trouve "tendres", leurs facettes un peu désuètes ne mêlent à de jolies notes.

    Aujourd'hui j'ai cru sentir arpège sur une jeune femme. Ca sentait mieux que rien (qui se parfume aujourd'hui?), et mieux que les odeurs des shampoing. J'ai aimé. Ca a botté le cul à ma pensée "sait-elle que ça peut faire vieille dame?".

    Peut-être qu'on est victime des visions de la femme qu'on a. Arpège est un parfum tendre et "doudou", enveloppant. Mais l'archétype féminin à la mode n'est pas "enveloppé" ni doux ni tendre, c'est une hooker svelte dans des louboutins.

    - Ah mais non :S la petite employée de bureau (= ma mère :D attention hein /!\) elle achetait femme, diorissimo. Elle s'embellissait l'âme. Elle ne cherchait pas à s'acheter la panoplie de la rombière, carré hermes, parfum chanel, serre tête, pompes vernies.

    - Ungaro? Il suffira d'une exposition de musée, pour que tout le monde prétende n'avoir jamais oublié son style, et l'avoir toujours connu.

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  25. Julien, bien sur les Caron renvoient a une epoque. Caron et Jean Patou ciblaient exclusivement la dame qui se parfumait pour aller au theatre ou a l'Opera. Les femmes d'aujourd'hui ont une vie ultra active; qui passe sa vie a se faire belle toute la journee pour sortir dans les plus hautes spheres le soir? Et meme celles qui peuvent se permettre ce train de vie (le fameux 1% dont on parle tant actuellement) n'ont pas toutes envies de ces parfums dits "gras". Ha, ces nouveaux riches! La derniere fois que je suis allee voir jouer Rachmaninov au Lincoln Center a New York, moi qui portait Pois de Senteur, entre les fruitchoulis et Britney, je faisais vraiment tache d'huile, jamais plus!

    Denyse, il est si bien ce Parfum Cheri? Je viens de lire qu'on le trouve a Bergdorf Goodman (pour le moment), je vais essayer d'y passer demain, c'est bientot mon anni alors ;p))


    Emma

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  26. Julien, cette perception d'une essence naturelle, c'est ce que j'appelle la chair...

    Pour les aldéhydes, c'est comme pour toutes les MP, il y a des façons de les utiliser dans l'écriture des formules qui sont plus ou moins contemporaines. Aldéhydes sur formule classique rendue plus cheap, forcément ça fait démodé. Mais dans un Rush de Gucci, par exemple, ou dans le dernier Comme des, ils sont traités de façon très différente, très moderne.

    Pour qu'une écriture soit perçue comme datée, il faut qu'elle soit devenue un poncif, donc qu'un type d'accord ou de note ait connu un très grand succès.

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  27. Emma, j'aime énormément Mon Parfum Chéri, c'est ce que j'ai le plus porté durant mes vacances de Noël. Bref, j'ai voté avec ma peau!

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