jeudi 20 juin 2013

Venezia Giardini Segreti de Profumo Italia : Les Tam-Tam du Paradis


Rose et jasmin : la séduction et la beauté. Herbes aromatiques : la cuisine et le soin. Myrrhe : l’Orient, le sacré. Ambre gris : la mer.

Venezia Giardini Segreti, premier parfum d’une série composée par AbdesSalaam Attar pour Profumo Italia en hommage aux cités d’Italie, surgie de la romance imaginée par Hugo Pratt pour Corto Maltese dans Fable de Venise (pour la lire en italien, cliquez ici).

« Il y a à Venise, trois lieux magiques et secrets : l'un dans la " Rue de l'Amour des Amis ", le deuxième près du " Pont des Merveilles " et le troisième dans la " Calle dei Marrani " près de San Geremia dans le vieux ghetto. Quand les Vénitiens – parfois, ce sont les Maltais – sont fatigués des autorités, ils vont dans ces lieux secrets et, ouvrant les portes au fond de ces cours, ils s'en vont pour toujours vers des pays merveilleux et vers d'autres histoires. »

Qu’est-ce que le parfum, sinon un porte au d’une cour – parfois, c’est un jardin – qui s’ouvre « vers des pays merveilleux et vers d’autres histoires » ? Par exemple, celle-ci : et si Catherine de Médicis n’avait pas importé en France le raffinement de la parfumerie italienne de la Renaissance ? Si le parfum n’était pas devenu français ? Si, dans cet univers parallèle, les moines, les alchimistes et les princes avaient perfectionné en Italie l’art du parfum, avec les ingrédients importés de l’Orient via Venise ? Si le parfum n’avait jamais cessé d’être une magie et une médecine, s’il n’était pas devenu l’ultime marchandise-fétiche charriant la renommée des marques de luxe ?

AbdesSalaam Attar habite cet univers parallèle. Français de naissance, voyageur, il a parcouru l’histoire du parfum en remontant vers le passé, vers l’Orient, vers l’origine, via l’Italie. Son Venezia Giardini Segreti ne doit rien aux techniques éprouvées de la parfumerie contemporaine, mais n’en est pas moins imprégné d’une culture très ancienne des senteurs qui distingue le travail d’AbdesSalaam Attar de celui de la plupart des tenants de la parfumerie naturelle… J'ai déjà développé ces idées dans un billet antérieur.

Sa composition est harmonieuse parce qu’elle rassemble des éléments qui s’entendent depuis des siècles. Elle l’est aussi parce que chacun de ces ingrédients relève d’une charge symbolique qui renvoie, par-delà la mémoire individuelle, aux traces quasi-subliminales qu’en charrie notre culture. Le jasmin et la rose relèvent du charme érotique, mais cette dernière revêt également un sens mystique dans la poésie persane, où elle figure le maître spirituel qui, comme la rose, n’a de cesse d’ouvrir ses pétales pour révéler ses secrets… La myrrhe ne fait pas uniquement allusion à l’Orient auquel Venise livre passage, mais aux larmes de Marie Madeleine, la porteuse de myrrhe. Or il se trouve que l’unique église consacrée à la Madeleine à Venise arbore un symbole franc-maçon, un œil ouvert dans un triangle, et que justement, les aventures de Corto Maltese dans Fable de Venise débutent lorsqu’il choit par une verrière en pleine cérémonie maçonnique… Tout se tient.

Mais l’ingrédient magique qui permet d’accéder au jardin secret de Venise, c’est l’ambre gris, qui pour AbdesSalaam Attar sent « le cuir, la mer et le lait maternel »… Je n’ai senti la véritable teinture d’ambre gris que deux fois, et ne pourrais prétendre la reconnaître : mais peut-être que cette odeur de mer et de lait est ce qui confèrent à Venezia Giardini Segreti cette aura de familiarité poignante qu’on éprouve en le découvrant. On est déjà passé par là… Comme Venise, le parfum est un labyrinthe.


Mes demoiselles du temps jadis
dans les jardins qui frémissent
faites-lui écouter, je vous en prie
les tam-tam du paradis
Il a fait des voyages
foudroyé, foudroyé par un mirage
toujours une voix qui l'a séduit
les tam-tam du paradis


 (pour une raison quelconque, Blogger ne me laisse pas incruster cette vidéo Youtube de Paolo Conte chantant Les Tam-tam du Paradis dédié à Corto Maltese: cliquez ici pour le lien).



2 commentaires:

  1. ce qui est un petit peu dommage c'est que le concept des jardins n'est pas entièrement nouveau (cf Hermès) mais très jolie idée, je suis très fan d'Hugo Pratt

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  2. Columbine, le concept des jardins n'est en effet pas nouveau... puisqu'il remonte au moins à 1895 (Le Jardin de mon curé, Guerlain). Des dizaines et des dizaines de parfums se sont appelés "jardin" ceci ou cela depuis!
    Pour être un peu plus claire, puisque je ne l'ai pas explicité dans ce billet, la série consacrée par Dominique Dubrana aux cités d'Italie ne s'axera pas systématiquement sur les jardins. Pour Milan, il s'inspire des cafés, par exemple.

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