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Comme Bottega Veneta est surtout renommé pour ses luxueux sacs à main en cuir tressé, le cuir semblait particulièrement indiqué pour le premier parfum de la maison. Michel Almairac précise toutefois que ce n’était pas le brief. Mais puisqu'il avait trouvé l’accord cuir de ses rêves, et qu’il en est à un stade de sa carrière où, dit-il, « je préfère ne pas gagner un projet que de faire un projet que je n’aime pas », il en a fait le cœur de sa proposition. Bien vu : lorsqu’il l’a sentie, le regard de Tomas Maier, directeur artistique de Bottega Veneta, s’est illuminé. Quelques essais plus tard, la formule était bouclée, raconte le parfumeur grassois au petit groupe d’auteurs de blogs mode et parfum invités par Bottega Veneta.
Tandis que nous sentons une mouillette imprégnée de l’accord cuir, Almairac explique qu’il résulte de la combinaison d’une nouvelle matière synthétique et d’une matière première naturelle qu’il connaît bien. Mais il n’a aucune intention de les identifier.
Je fronce tellement les sourcils au-dessus de la mouillette qu’Almairac s’interrompt pour me demander si je ne suis pas d’accord avec ce qu’il en train de dire à ce moment-là. Il est vrai que les blogueurs mode veulent surtout savoir ce qu’il pense de Bottega Veneta (du bien) ou pour quel type de femme il a créé le parfum (aucune, toutes, il n'y a pas pensé), et qu’il a peut-être envie de changer de sujet… Mais ce n’est pas forcément le moment de s’engager dans une conversation trop technique, et puis je cherche encore à déduire ce qui compose ce fameux accord.
Je décèle un effet osmanthus – abricot confituré, violette, daim – ainsi qu’un aspect iodé assez inhabituel que j’associerais à la mousse de chêne ou à ses dérivés de synthèse comme l’Evernyl. Plus tard, lors du cocktail, Almairac valide mes impressions sans toutefois confirmer mes déductions. S’il a voulu un effet iodé dans son cuir, c’est que pour lui, les villes portuaires dégagent en effet une odeur cuirée… Ce vent marin (mais pas aquatique, ne pas confondre) n’est pas ce qui donne à Bottega Veneta son caractère, mais il lui confère une pointe d’étrangeté.
S’il se dégage néanmoins une petite impression de familiarité de ce cuir velouté comme une peau d’abricot, c’est qu’Almairac a déjà joué sur l’accord violette-cuir dans le Cuir Améthyste d’Armani Privé – lorsqu’il trouve une meilleure façon d’exprimer une idée, pourquoi un parfumeur ne la revisiterait-il pas ? Maintenant que c’est fait, l’accord ne sera plus réutilisé.
Mais jouer uniquement sur le cuir aurait entraîné le parfum vers des territoires trop proches des codes « niche ». Almairac l’a donc faufilé, comme les artisans de Bottega Veneta tressent leurs lanières de cuir selon la technique de l’intrecciato, dans un chypre que les facettes abricot de l'accord cuiré et une note prune tirent vers le fruité... Tout ça se tient.
La famille des chypres a fait une remontée spectaculaire au cours de la dernière décennie : de 2% des lancements en 2000 à 25% en 2010. Le choix reste quand même assez culotté pour le premier parfum d’une maison de luxe, mais il correspond assez bien aux collections de prêt-à-porter élégantes et adultes de Tomas Maier (qui, comme Alber Elbaz chez Lanvin, donne l’impression de travailler pour de vraies femmes, à qui il arrive d'aller au bureau).
Senti isolément, l’accord chypre est un peu décalé, notamment parce que la bergamote y est plus « confiserie » que d’habitude. Il s’agit en fait, explique le parfumeur, d’un produit fractionné, autrement dit modifié de façon à en retirer certaines molécules dont on ne souhaite pas l’effet : une essence naturelle « couture », dont Robertet, où Michel Almairac travaille depuis 1998, s’est fait une spécialité. De même, le patchouli a été amputé de ses aspects moisis et camphrés ; le jasmin sambac a perdu ses fractions vertes.
Une baie rose CO2, produit-star de la parfumerie depuis deux ou trois ans, fait vibrer la bergamote « confiserie » en note de tête. Ses effets encens font remonter rapidement un accord cuiré glacé d’une confiture d’abricot légèrement caramélisée – comme si elle avait attaché au fond de la casserole. Mais, pour rester dans les métaphores cuisinières auxquelles le parfumeur a volontiers recours, l’amertume du cuir et de la mousse de chêne « déglacent » cet effet sucré. Et si l’on cligne un peu du nez pour se concentrer sur le cœur floral/lactonique du parfum, on peut y deviner le fantôme d’une autre interprétation des chypres fruités signée Almairac, le Rush de Gucci, mais sans l’éclat néon bleuté des aldéhydes…
Le parfum est à la fois bien facetté et d’une facture dépouillée – Almairac préfère les formules courtes même si, explique-t-il, il est plus difficile d’y dissimuler les défauts techniques. Si Bottega Veneta se situe dans une zone de la carte olfactive déjà explorée par le Daim Blond de Serge Lutens ou le Cuir Améthyste déjà cité ci-dessus, il propose une alternative élégante : note exquise, bel équilibre, volume appréciable – la prune domine le sillage – mais texture assez fine pour porter dans un contexte professionnel. Manifestement, Coty Prestige, la division qui produit également les parfums Chloé et Balenciaga, sait travailler des parfums mainstream qui ont assez de caractère pour intéresser à la fois les amoureux du parfum et les clientes de Sephora.
Reste à leur souffler l’idée de rééditer un coffret des grandes créations de François Coty, déjà repesées en 2004 pour le centenaire de la société…
La jeune et grave Diane chasseresse photographiée par Bruce Weber est Nine d’Urso, fille de l’incomparable Inès de la Fressange et de Luigi d’Urso.










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