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dimanche 18 juillet 2010

Le Top 10 des parfums de l'été 2010: Moite, chaud, crémeux



La chaleur estivale est disponible en deux saveurs : sèche ou collante. Comme je préfère me rafraîchir par des moyens low-tech – brumisations d’eau minérale, nuisette mouillée et éventail de Séville – que par mes parfums, et que je préfère les agrumes dans ma bouche que sur ma peau, ma philosophie olfactive m’écarte des trucs légers ou hespéridés. J’aime les distorsions qu’inflige la chaleur à certaines notes, accélérant l’évaporation des unes, étirant et décomposant celle des autres… En été, je m’adonne donc le plus souvent aux fleurs blanches et tropicales : après tout, c’est dans les climats chauds qu’elles poussent. Et c’est dans la canicule qu’elles s’expriment le plus sensuellement sur ma peau.


Manoumalia figurait déjà sur ma liste l’an dernier. L’unique composition de Sandrine Videault pour LesNez, fille clandestine de Bandit et de Fracas partie se perdre en Océanie, domine encore mon répertoire. Avec son accord presque blet tubéreuse-frangipanier-gardénia aux facettes champignon et gasoil, son fond cuiré de vétiver et son sillage beurré de santal, Manoumalia évoque la moiteur de la jungle, ses pourritures végétales, sa vitalité féroce… et son inquiétante beauté.


Pour une version plus civilisée de cette touffeur tropicale, je penche pour Songes d’Annick Goutal. Les produits pour le corps sont d’une qualité exceptionnelle – ils vous parfumeront suffisamment si l’eau de parfum vous semble trop saturée par plus de 35 degrés. Appliquez la crème juste sur le bas des jambes et vous concurrencerez les odeurs d’une boutique de fleuriste (expérience vécue). Faites mousser le gel douche, allez jouer les odalisques sur le lit sans vous essuyez, et vous ne vous plaindrez plus que la chaleur vous empêche de dormir (idem).


Avec son débouché en trombe où une vanille très verte virant à la banane pas mûre le dispute à la brûlure du rhum et des baumes, Vamp à NY d’Honoré des Prés bouscule la tubéreuse tout en révélant une facette inédite, plus enjoué et sexy, du style d’Olivia Giacobetti. C’est devenu mon tube de l’été. D’ailleurs, mon premier flacon diminuait tellement qu’il a désormais un jumeau dans le frigo. Où il devrait, en toute logique, voisiner avec mes petites culottes, si je m’inspirais du personnage de Marilyn Monroe dans Sept ans de réflexion


Le Sira des Indes de Jean-Michel Duriez – dernier lancement féminin de Jean Patou, dont ses propriétaires Procter & Gamble ne semblent pas savoir que faire – n’a pas rencontré le succès escompté, sans doute parce qu’il a été présenté comme un parfum luxueux dans la lignée du mythique Joy, alors qu’au fond il n’aspirait qu’à être joyeux. Ce pimpant cocktail lacté à la banane relevé d’un trait amer de cardamome sur coeur de jasmin indolé, de champaca miellé et d’ylang-ylang et fond vanille-ambre-santal, est un oriental version Bollywood, façon floral fruité. Et il me tire toujours un sourire.


J’ai commencé dernièrement à m’acclimater aux notes aquatiques, dont les quatre parfums suivants jouent de façon subtile et originale – bien que j’hésite à le signaler, étant donné l’aversion que suscite ce mot d’aquatique chez les amateurs de parfums. Mais ce qui m’intéresse ici, c’est la sensation d’humidité qu’ils réussissent à évoquer. Par exemple, le Fleur de Liane de L’Artisan Parfumeur, que j’ai récemment redécouvert, s’inspire comme Manoumalia de l’idée d’une jungle prise dans un cycle de destruction et de renaissance, mais de façon plus ouverte, plus mouillée, qui évoque fleurs, feuilles, racines et terre imbibées de pluies tropicales.


Dans l’Ensoleille-moi de Gas Bijoux (autre parfum passé de la liste de l’an dernier à celle de 2010), Mathilde Laurent utilise tout autrement cette sensation d’humidité : l’odeur est toujours tropicale, mais on a quitté la jungle pour la plage. Rafraîchi par une dose de Calone si énorme qu’elle disparaît littéralement, boosté par un matériau ambré-boisé appelé Aldambre qui réussit à exacerber les facettes moites et beurrées des fleurs tropicales tout en leur assurant un sillage à la fois immense et léger.


La note humide de sève est presque indécelable – et pourtant délicatement présente – dans L’Eau Baptiste d’Olivia Giacobetti pour Iunx, nouvellement rééditée (mais hélas, elle toujours réservée aux Parisiens puisqu’il n’est disponible que dans la boutique de l’hôtel Costes, qui refuse toute expédition). Ce murmure de fleur d’oranger tout en tendresse embrasse les facettes vertes et miellée de la fleur, soulignée d’une note de blé. C’est presque une cologne à laquelle on aurait soustrait ses vitamines, d’une texture impalpable, dématérialisée, qui est la quintessence du style de Giacobetti pour Iunx. Et comme tous les Iunx, ce parfum joue sur une dimension spirituelle – les mondes meilleurs qu’ils évoquent purement par l’olfaction parlent à l’âme… Un pschitt, fermez les yeux, et vous y êtes : racheté de tous vos péchés par cette eau de baptême.


C’est encore une sensation d’eau fraîche qu’évoque le de Baschmakov de Céline Ellena pour The Different Company. Lancé sous forme d’hommage à la Russie de ses ancêtres par le designer Thierry de Baschmakoff, co-fondateur de TDC, ce parfum a la limpidité d’alcool d’un autre joyau de Céline pour TDC, Sel de Vétiver, et les qualités désaltérantes d’une potion magique, où le shiso joue de ses facettes citronnées-menthées sur fond d’épices et d’herbes froides, muscade et coriandre, et de musc boisé crayeux.


Malgré mes fantasmes des tropiques, c’est plutôt dans le Midi que j’ai passé mes vacances d’été ces dernières années, bien que mes goûts du moment ne me portent pas vers les senteurs aromatiques du maquis. Mais L’Eau du Sud d’Annick Goutal, décidément méditerranéenne, fait partie de mes classiques estivaux. Comme je ne raffole pas particulièrement des citrus, je la rangerais plutôt parmi les chypres hespéridés descendant d’Eau Sauvage, avec son débouché juteux de citron vert, pamplemousse et mandarine aromatisée d’une poignée de feuilles de basilic – le basilic étant d’ailleurs l’une des facettes de la mandarine – de menthe poivrée et de verveine. Ces notes sont réchauffées de cannelle et d’immortelle sur une base moussue, ce qui confère à la fraîcheur de L’Eau du Sud une teinte plus sombre, fumée et salée.


Poursuivez sur la route des épices, et vous tomberez sur la région où l’ylang-ylang et l’œillet célèbrent leurs noces clandestines ; où le clou de girofle consume les notes florales, balaie la poudre, et cuit la chair. Les notes sèches et combustibles du Terracotta Voile d’Été de Guerlain évoquent les rues des villages du Sud, de la Provence à la Sierra andalouse, à l’heure où les murs réverbèrent la chaleur de la journée…


D’autres échantillons se bousculent déjà dans les lancements de l’automne. Rendez-vous d’ici peu pour des avis sur Boxeuses de Serge Lutens et les nouvelles Heures de Parfum de Cartier… entre autres !


En attendant, voici d’autres top 10 de l’été (en anglais) :

Bois de Jasmin

Now Smell This

Perfume Posse

Perfume-Smellin’ Things




Illustration: Nue devant le miroir de Paul Bonnard (1916)

16 commentaires:

  1. Ma chère Denyse,
    comme tu le sais, je te rejoins totalement pour le choix des fleurs blanches tropicales. Comme toi, je ne goûte guère la fraîcheur des Hespéridés sur ma peau bien que j'apprécie fort d'en sentir quelques uns sur touche ou sur autrui, encore faut il qu'il y ait du corps, ainsi j'aime beaucoup Jardin en Méditerranée par exemple, parfum impressionniste qui ravit mon odorat. Mais sur ma peau, j'aime les fleurs lactoniques et te ton top 10, je partage Manoumalia, Songes et Vamp à NY. Auxquels je rajoute Beyond Love, Liaisons Dangereuses, Private Collection Tuberose Gardenia et Jasmin de Nuit.

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  2. Rebecca, Beyond Love était dans mon top ten de l'été dernier et je n'ai pas voulu mettre trop de doublons (déjà, je radote sur Ensoleille-moi et Manoumalia), et Jasmin de Nuit fait partie de la rotation d'été, mais j'ai préféré lister la nouvelle composition de Céline, qui ne t'a pas bouleversée, je le sais!
    J'ai une mignonnette du Jardin en Méditerranée que je devrais ressortir: Victoria de Bois de Jasmin l'a mise dans son top 10. Deux mentions le même jour, c'est un signe!

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  3. Denyse,
    Je me range plutôt du côté des "tradis" pour l'été en éliminant tout ce qui pourrait être trop lourd, autrement dit toutes ces approches supposément iconoclastes ne sont pas pour moi (mais j'ai adoré Vol de Nuit en extrait sur toi l'été dernier ! )
    En prévision de cet été que je n'imaginais pas aussi chaud (je rentre de Berlin où la température n'est pas descendue en dessous de 30° pendant une semaine) j'ai fait des "provisions" ce printemps :
    - l'Eau du Sud qui pour moi non plus n'est pas un citrus classique (avec fruits jaunes ou oranges) mais effectivement une eau chyprée aromatique et verte que je n'ai pas encore comparée à l'Eau Sauvage mais qui m'en semble très proche.
    -l'Eau du Ciel (à Berlin les tilleuls embaumaient encore dans certaines rues)
    - Néroli de Goutal pour l'aspect craquant et vert du petit grain (l'Eau baptiste est plus "virginal" non ? )
    - pour la soirée lorsqu'on a envie de matité j'aime de plus en plus Duel qui est bien mal nommé tant sa douceur déconcerte
    Un été très monomaniaque Goutal donc mais aussi je reviens à Sel de Vétiver qui est mon vétiver d'été.
    Et enfin toujours pour la matité mais quand les températures baissent un peu Eau de Gentiane Blanche qui est le seul lancement mainstream de ces dernières années que j'aie envie de porter.

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  4. Denyse,

    Je ne suis pas fana moi non plus des hespéridés et autres colognes, été ou pas. Les jus « frais » et « légers », pas pour moi ! Comme vous le soulignez, la chaleur révèle parfois des aspects inédits des parfums en jouant sur leur évolution, en apportant des distorsions à certaines notes. Je n’hésite donc pas à porter mes orientaux (ou apparentés). Au chaud, j’ajoute du chaud ! Ils n’en sont que plus troublants. Les accords de tête sont plus fusants, tandis que la finale s’attarde, s’enroule et se déroule à n’en plus finir sur la peau…
    Ainsi j’ai commencé à apprécier - ou apprivoiser - Vol de Nuit à la faveur des températures estivales ! Au feu d’artifice vert et aromatique de l’ouverture succèdent rapidement des accents chauds, vanillés, épicés et ambrés dans lesquels je retrouve un peu mon Heure Bleue. Aussi ai-je le plus grand mal à l’associer à l’hiver et à l’idée de fourrure (mon Dieu, suis-je « normale » ?)…
    La peau devient brûle-parfum pour les larmes résineuses de Fille en Aiguilles, que j’ai boudé cet hiver après avoir failli succomber l’été dernier… Austère et chaleureux, il m’évoque des grains d’encens répandus sur les braises…
    Quant à mon « vieux fidèle », Sables, compagnon de tous les étés depuis vingt et un ans, il se fait brûlant et donne le meilleur de lui-même, se dévêt longuement jusqu’à sa trame sèche et poivrée, c’est pourquoi je ne le porte qu’aux beaux jours.
    En revanche Havana Vanille, testé par 30°, devient lourd et sirupeux, avec une vanille assez indigeste, et j’y ai renoncé pour le moment…
    Premier commentaire sur votre blog dont je suis lectrice depuis quelque temps déjà… Un peu intimidée quand même…
    Bien à vous.

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  5. moi non plus els hespéridés ce n'est pas mon truc, meme en été;

    alors je privilégie plutôt songes, (qui en plus suscite toujours énormément de compliments), chamade, l'heure bleue en extrait le soir de préférence, enfin lorsque le soleil se couche, j'utilise aussi avec parcimonie mon échantillon de manoumalia en attendant de pouvoir me l'acheter.
    Lorsqu'il fait chaud et humide, le soir de préférence, je porte habanita et havana vanille..qui ressortent sublimement par ce type de chaleur, et je trouve également très beau attrape-coeur par temps chaud.
    Musc ravageur le soir aussi se prête très bien aux chaleurs moites, à condition d'avoir la main légère.

    Et puis, quand meme , mon aqua allegoria ylang et vanille, très belle pr les beaux jours.

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  6. Thierry, tant qu'à être monomaniaque, autant scotcher sur Goutal! J'ai re-senti l'eau de gentiane blanche, très mate en effet, je la trouve remarquable mais c'est vraiment pas pour moi!

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  7. Oui absolument d'accord, l'été embellit les parfums chauds.
    Et si j'aime aussi les verts et citronnés, j'apprécie autant leurs stridences crissantes sur fond d'hiver vivifiant voire neigeux, dans le même esprit j'adore porter du clair ou du blanc à la saison froide !
    Ah votre billet a eu l'effet immédiat de me faire rechercher, exhumer et même porter illico mon Sira des Indes, parfum mal aimé s'il en est... Je ne sais* pourquoi je l'avais relégué, il a vraiment un petit charme intéressant mmmm...:) Merci pour cette belle idée.
    *(son packaging est tout de même raté, ce carton entre marronasse et orangé est très bof et l'ajout du liseré doré paradoxalement le banalise, le rend presque vulgaire)
    alizarine

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  8. J'adhere au programme moite et chaud, pas d'hesperidés pour moi, quel que soit le temps. Par contre mollo sur les fleurs blanches opulentes évidemment mais Vamp a NY et Manoumalia de temps à autre c'est parfait.
    Sinon cet été je suis plutôt monomaniaque d' Andy Tauer: cuir créosote et feu de camp avec Lonestar Memories et je me rêve Biker sur le route 66. Rêverie au jardin et sa lavande boostée et Incense Rosé, comme son nom l'indique.
    Par contre, non vraiment, aquatique: uniquement pour la piscine ou la plage bientôt mais pas dans mes parfum. L'eau d'Issey a fait trop de dégât dans l'inconscient collectif des perfumista.
    Et j'essaie d'oublier ce que j'ai lu de Terracotta Voile D'été, histoire d'éviter un achat unsniffed et de ne pas trop entamer mon budget Piña collada au bord de l'eau du mois prochain!

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  9. Rafaèle, il ne fallait pas hésiter si longtemps à commenter, c'est superbe ce que vous nous écrivez là... La peau comme brûle-parfums, je regrette de ne pas avoir trouvé l'expression même si le geste y est!

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  10. Sophie, j'ai hésité à mettre habanita dans la liste... Mais je lui réserve un traitement à part, en fait. Quant à mon décant de havana vanille, il a pris un sale coup cet hiver, d'
    autant que je m'en sers dans mes cours, donc ... J'attends qu'il fasse des petits!

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  11. Alizarine, sira des indes est un joli parfum au lancement un peu raté, ce qui fait qu'il n'a jamais vraiment trouvé son public, alors qu'il se situe plusieurs crans au-dessus de la plupart des fruités floraux. C'est pourquoi j'ai eu envie de ce clin d'oeil: Jean-Michel Duriez est sous-exploité chez P&G !

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  12. Anatole, et pourtant, l'Eau d'Issey est un très grand parfum! J'ai un peu tâté aussi du côté des cuirés. Ça marche!

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  13. J'aime toujours autant les parfums héspéridés en été car ils me donnent un incroyable coup de fouet et favorisent la bonne humeur. Mais depuis peu j'aime aussi porter des parfums ambrés comme Ambre fétiche d'Annick Goutal. La chaleur exalte parfaitement son côté sensuel. Ambre extrême de L'Artisan Parfumeur fait partie des prochains convoités.

    Je commence aussi à porter les fleurs blanches que je trouvais toujours séduisantes en nature mais quelque peu trop capiteuses sur moi. Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, comme l'on dit.

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  14. Passionez, surtout qu'il y a fleur blanche et fleur blanche, tout comme il y a ambré et ambré: quand on a dit la note, on n'a rien dit encore!

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  15. Ha! Ça tombe bien, j'ai fini par craquer pour "Songes"! Il sera parfait dans les îles aux eaux turquoises cet été, j'adore profiter d'un voyage pour changer de parfum et associer une odeur à l'endroit (reste à résister jusque-là pour ne pas inaugurer le flacon avant d'arriver, dur-dur, la tentation est terrible!!!). Sinon, comme parfum qui aurait pu me faire craquer cet été, ça aurait pu être "filles en aiguilles" de Lutens, "Ninfeo mio", "Vanille galante" de Hermès (si ce n'était le prix rédhibitoire...), "l'été en douce de l'AP", "l'eau des merveilles" (Hermès encore) et "Havana Vanille" (rebaptisé "Vanille absolument" chez l'AP) pour les hommes, et encore 3 que j'ai porté avec plaisir en été par le passé: "Amethyst" de Lalique, "l'Eau" par Kenzo et "Un jardin après la mousson" de Hermès! Sinon, Voile d'été n'est plus proposé par Guerlain! Bonnes vacances à tous les amoureux du parfum!

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  16. Bonne vacances Clochette (les miennes, un lot de trucs à tester: pas de repos pour les braves de l'olfaction!).

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