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jeudi 31 janvier 2013

"Like a ribbon on a woman's finger": 1932, the new Chanel Les Exclusifs (and a draw)



In 1932, the woman who’d made costume jewelry chic switched gears and designed a collection of diamond jewels she showed in her private apartments, declaring:

 “In my profession, any means is legitimate, provided it is only used in the true spirit of fashion. I started creating costume jewelry because I felt it was refreshingly free of arrogance, during a period that tended towards ostentatious displays of luxury. This consideration faded into the background during the economic recession, when, in every sphere of life, there emerged an instinctive desire for authenticity, and amusing trinkets were once more put into their proper perspective.
If I have chosen diamonds, it is because they represent the greatest value in the smallest volume. And my love of things that glitter has inspired me to try to combine elegance and fashion through the medium of jewelry.”
(“Bijoux de diamants créés par Chanel” catalogue, 1932)


To illustrate her catalogue, Chanel showed her usual unerring flair for singling out geniuses by picking Robert Bresson. At 31, the photographer was still a decade away from making his first feature film Les Anges du péché; he would go on to be one of the directors most revered by the Nouvelle Vague. André Kertész, a star photographer, captured the uncanny surrealist beauty of the Belle Époque mannequins chosen by Chanel to display her designs, an iconoclastic move at a time when precious stones were presented on black velvet.




However, the intrusion of a female couturier in the world of haute joaillerie was not at all to the liking of the Place Vendôme establishment. Chanel was compelled to dismount the stones lent by the Diamond Corporation in London, so that in the end, her foray in diamonds endured much less than her perennial N°5.

Since then, the house has staked its ground on the Place Vendôme by opening Chanel Joaillerie at N°18. In 2012, it celebrated the 80th anniversary of the “Bijoux de diamants” exhibition with a new “1932” collection, as well as the lavishly illustrated Jewelry by Chanel authored by Patrick Mauriès. A keen fashion connoisseur and co-founder of the elegant and erudite FMR magazine with Franco Maria Ricci, Mauriès takes this coffee-table book beyond the vanity project and into the realm of the essay, turning it into a must-read for admirers of Chanel.


The anniversary was also marked by the launch of a new Exclusive, first presented to journalists last year with the “1932” jewel collection, and on sale as of February 1st
 
The line already features a tribute to Chanel Joaillerie, N°18. Add one to 18, then to 31, and you get 1932 – the numerology-obsessed Chanel would have been pleased… The first whiff of 1932 does indeed call to mind N°18’s limpid ambrette facets – pear, rose, iris, musk – as well as 31 rue Cambon’s banana-tinged jasmine, though with none of its over-ripe fruitiness or warm ambery notes.

1932 is presented by Chanel as jasmine-centered, jasmine being to perfumery what diamonds are to jewelry. But the star-shaped flower, which reprises one of the main motifs of the 1932 jewel collection, is embroidered on a sterling-quality, chamois-soft iris. And iris plays just as much of a starring role in the scent. The press material equates this supple treatment of precious materials to Chanel’s vision for her jewels, clasp-less and flowing “like a ribbon on a woman’s finger”, an apt-enough simile.Here, jasmine is given a luminous, fresh treatment rather than playing on narcotic flower-flesh.

Like two of my favorite Naughties Chanels, 31 rue Cambon and N°5 Eau Première, 1932 feels both precision-engineered and somehow fuzzy. Niche aficionados are apt to find its gauzy texture a little too subdued, but I’m finding myself increasingly attracted to this style after a decade of quirky hard-hitters and solinotes. Sillage tends to be moderate and it is more fleeting than I’d like on me. But I find it so utterly lovely I’ve taken to spraying 1932 on a pashmina to stretch out its stealthy gorgeousness.

I will be drawing one 2 ml spray atomizer sample of 1932 from my decant. 
To enter, drop a comment telling me about your favorite Chanel Les Exclusifs and why you love it (failing that, which one you’d most feel like testing). The draw will close on Monday February 4th


Illustrations: top picture by Robert Bresson for the 1932 catalogue (courtesy Chanel), middle picture of the exhibition by André Kertész.Historical details are drawn from Jewelry by Chanel. 


"Comme un ruban sur le doigt d'une femme": 1932, nouvel Exclusif de Chanel (et tirage au sort)



En 1932, en pleine Dépression, la femme qui avait ennobli le bijou de fantaisie décide de créer une collection de bijoux de diamants qu’elle expose dans son hôtel particulier. 
« Les moyens les plus divers sont légitimes, dans la profession que j’exerce, pouvu qu’ils ne soient employés que dans le vrai sens de la mode. La raison qui m’avait amenée, d’abord, à imaginer des bijoux faux, c’est que je les trouvais dépourvus d’arrogance dans une époque de faste trop facile. Cette considération s’efface dans une période de crise financière où, pour toutes choses, renaît un désir instinctif d’authenticité, qui ramène à sa juste valeur une amusante pacotille.

Si j’ai choisi le diamant, c’est parce qu’il représente, avec sa densité, la valeur la plus grande sous le plus petit volume. Et je me suis servie de mon goût pour ce qui brille pour tenter de concilier, par la parure, l’élégance et la mode. »
(Texte du catalogue de l’exposition « Bijoux de diamants créés par Chanel », 1932)
Pour illustrer ce catalogue, Chanel a, comme toujours, du flair pour dénicher le génie. Robert Bresson, 31 ans, est encore photographe à l’époque : il ne réalisera que dix ans plus tard son premier long-métrage, Les Anges du Péché. Mais son esthétique dépouillée – janséniste, dira-t-on – est déjà à l’œuvre dans ses photos. C’est André Kertész qui capte l’ambiance teintée de surréalisme de cette exposition où les joyaux s’exhibent sur des bustes de mannequins fin de siècle plutôt que sur velours noir


L’intrusion d’une couturière dans le monde de la haute joaillerie hérisse à tel point la place Vendôme que Chanel est contrainte de faire démonter ses bijoux pour les rendre à la Diamond Corporation de Londres – ces pièces qui auraient pu être éternelles se sont avérées en fin de compte moins durables son indétrônable N°5.

Depuis, la maison a pris sa revanche en s’installant au N°18 de la place Vendôme, dans un hôtel particulier qui lui appartient désormais. Pour célébrer le 80ème anniversaire de l’exposition de 1932, elle a ouvert des ateliers de joaillerie in-situ, présenté une collection de joyaux « 1932 » et confié à Patrick Mauriès la rédaction d’un ouvrage somptueusement illustré, Les Bijoux de Chanel (Éditions de La Martinière). 

L’élégante érudition de l’auteur, ex-élève de Roland Barthes, grand connaisseur de la mode et co-fondateur avec Franco Maria Ricci du magazine d’art FMR, permet à ce beau livre de dépasser son statut d’ornement de table basse : le texte est un très bel essai sur la paradoxale philosophie du bijou de Chanel.




La ligne des Exclusifs de Chanel s’est également enrichie d’un nouveau parfum, 1932. Jusqu’ici disponible aux seuls clients de Chanel Joaillerie et présenté à la presse l’été dernier, il est mis en vente le 1er février dans toutes les boutiques. Encore un hommage à la joaillerie de Chanel, donc, puisque c’était déjà le cas du N°18. 18 + 1 = 19. 31 (rue Cambon) + 1 = 32. Chanel, férue de numérologie, raconte-t-on, n’aurait pas renié les equations qui ont donné lieu à ce 1932.

Et de fait, les facettes limpides de l’ambrette du N°18 – poire, rose, iris, musc – se sont glissées dans la formule de 1932, tout comme le jasmin légèrement banane-pêche de 31 rue Cambon, mais sans la chaleur de l’ambre et l’aspect délicieusement blet de la note florale ce dernier. D’ailleurs, 1932 est présenté par Chanel comme un jasmin, « qui est au parfum ce que le diamant est à la joaillerie… l’essentiel », déclare Jacques Polge dans le dossier de presse.

Mais cette fleur dont la forme étoilée évoque l’un des motifs de la collection de joaillerie « 1932 » est brodée sur un iris de qualité époustouflante, d’une souplesse de peau de chamois. Et l’iris est tout autant que le jasmin la star de ce parfum. Toujours selon le dossier de presse, ce traitement tout en souplesse des matériaux correspond à la façon dont Chanel avait voulu traiter ses bijoux, sans fermoirs ni montures apparentes, s’enroulant « comme un ruban sur le doigt d’une femme »… Bien vu.Ce jasmin joue d'ailleurs plutôt sur la fraîcheur et la luminosité de la note que sur la chair florale narcotique.

Comme deux de mes Chanels contemporains préférés, 31 rue Cambon et N°5 Eau Première, ce 1932 donne l’impression d’être à la fois assemblé avec une précision d’horloger et flouté. Les accros de la parfumerie de niche risque de trouver cette texture vaporeuse un peu trop sage. Pour ma part, après une décennie de potions fortes, d’aspérités, de solinotes, je suis de plus en plus séduite par ce style plus subtil… aussi. Le sillage de 1932 reste assez discret, et je l’aurais aimé plus rémanent, du moins sur moi. Mais je le trouve si ravissant que du coup, je lui ai dédié un pashmina, qui me permet de prolonger le plaisir.

J’ai assez de 1932 pour tirer au sort un échantillon de 2 ml. 

Pour participer, parlez-moi dans un commentaire de votre Exclusif de Chanel préféré (ou à défaut, de celui que vous aimeriez le mieux essayer). Le tirage au sort se terminera lundi 4 février.



Illustrations: photo du haut par Robert Bresson pour le catalogue Bijoux de diamants (1932), photo du milieu par André Kertész. Les références historiques sont tirées du livre de Patrick Mauriès.

lundi 28 janvier 2013

On perfume, jewels and a German sociologist: Prologue to Chanel 1932


One is invisible, liquid and ephemeral, its very enjoyment requiring its annihilation. The other is glittering and so hard it is virtually indestructible.

As forms of adornment, jewels and perfumes seem to be polar opposites, their only common points being the places where they are worn (wrists, neck, ears) and the fact that they are one-size-fits-all.

But the pioneering German sociologist Georg Simmel (1858-1918) held another view. Simmel was keenly interested in fashion – in fact, he could be considered one of the founding fathers of fashion theory – inasmuch as its mechanisms and language produced social relationships. 

Intriguingly, he defines adornment as both “egoistic” and “altruistic”: though it enhances the wearer’s personality at the expense of others who appear less distinguished by contrast, “its pleasure is designed for the others, since its owner can enjoy it only insofar as he mirrors himself in them; he renders the adornment valuable only through the reflection of this gift of his.”

Simmel rates types of adornment “
in terms of (…) closeness to the physical body”, from what can literally not be separated from it, the tattoo, on to clothing which can be further split between the well-worn that has taken on the kinks of its wearer’s body, and the brand-new which retains its impersonality. On this scale, jewelry is the furthest thing from a tattoo: hard and therefore un-modifiable by the wearer’s body, and whose very elegance lies in its impersonality”. 

What is really elegant avoids pointing to the specifically individual; it always lays a more general, stylized, almost abstract sphere around man which, of course, prevents no finesse from connecting the general with the personality.”

 For Simmel, jewelry’s powerful social effect is due not only to its impersonality but to the way “radiates” from its wearer:  

 “By virtue of this brilliance, its wearer appears as the center of a circle of radiation in which every close-by person, every seeing eye is caught. (…) The radii of this sphere mark the distance which jewelry creates between men "I have something which you do not have." But, on the other hand, these radii not only let the other participate: they shine in his direction; in fact, they exist only for his sake. By virtue of their material, jewels signify, in one and the same act, an increase in distance and a favor.”
 Surely, then, perfume is the absolute opposite of jewelry? To enjoy it, its wearer doesn’t need a mirror – whether an actual looking-glass or the gaze of others. Unlike jewelry, it changes on the body. And what could be more personal than the choice of a scent?

Not so for Simmel, clearly no great believer
in “personal chemistry”, who classes perfume squarely with jewels on his “impersonality” scale of adornment:
“It adds something entirely impersonal to personality, something that comes from the exterior but incorporates itself so well to it that it seems to radiate from it. It increases the personal sphere by producing an impression similar to the fire of diamonds or the shine of gold. Anyone who comes near it plunges into this atmosphere and is somehow caught in the sphere of the personality.
Like clothing, perfume covers (…) the personal atmosphere, replacing it with an objective atmosphere while drawing attention towards it. One supposes that the perfume created by this fictitious atmosphere will be pleasant to all, that it is a social value like jewels, adornment. It must please independently from the wearer, subjectively be enjoyed by his entourage, while enhancing his value as a personality at the same time.”

Now, if anyone could rival Simmel in his sociological observations on adornment, it would be Coco Chanel, who almost singlehandedly scrambled the codes of 20th century elegance. With N°5, she carried out the program inscribed in perfume as an “impersonal”, “radiant” adornment –the “stylized, almost abstract sphere” Simmel posited as true elegance. She also turned her N°5 into a value as absolute as the gold standard.  N°5 isn’t a perfume: it stands for perfume in itself. Witness last December’s “Europe wants to ban N°5” media flare-up: N°5 isn’t the only one threatened, but its symbolic value is so universal nothing could have raised the alarm more efficiently.

Conversely, Chanel’s first foray into diamond jewelry in 1932 turned out to be the very opposite: an esthetic experience almost as fleeting as a drop of fragrance, as we’ll see in Thursday’s review of the new Exclusive, 1932. 

Be sure to check back in for a draw of a sample!


Quotes are drawn from a 1950 translation of Georg Simmel’s Sociology, except for the last one, which I translated into English from a French translation in Georg Simmel, Sociologie et Épistemologie, Paris, PUF, 1981. Illustration by Robert Bresson, from the 1932 exhibition catalogue of “Bijoux de Diamant créés par Chanel”, courtesy Chanel.

Du parfum, des diamants et d'un sociologue allemand... Prologue à 1932 de Chanel




L’un est invisible, liquide, éphémère – sa jouissance même entraîne son annihilation. L’autre est scintillant et si dur qu’il est virtuellement indestructible.

Parfums et diamants sont, en apparence, des parures de nature diamétralement opposées, leur seuls points communs étant sans doute les endroits du corps où on les porte (poignets, cou, oreilles) et leur côté « taille unique ».

Mais Georg Simmel (1858-1918) décelait d’autres parallèles. Ce pionnier allemand de la sociologie s’intéressait vivement à la mode, dans la mesure où ses mécanismes et ses codes produisent des rapports sociaux.

« La parure, c’est l’objet égoïste par excellence, dans la mesure où elle fait ressortir celui qui la porte, où elle exprime et augment le sentiment de sa valeur aux dépends des autres », écrit Simmel, « et en même temps elle est altruiste, car c’est justement aux autres qu’elle est agréable – alors que son propriétaire ne peut lui-même en jouir qu’au moment où il se regarde dans un miroir. »
Georg Simmel, Sociologie, Étude sur les formes de la socialisation (1908), Paris, PUF.

Simmel classe les types de parure sur une échelle liée à leur proximité au corps. Ce qui ne peut littéralement pas en être séparé : le tatouage. Le vêtement, détachable du corps mais néanmoins de plus en plus personnel au fur et à mesure qu’il est porté et que le corps de son propriétaire le modèle, tandis que le vêtement neuf reste plus impersonnel.

À cette aune, le bijou est ce qu’il y a de plus éloigné du tatouage : dur, fermé sur lui-même, non susceptible d’être modifié par le corps de son propriétaire donc entièrement détachable : « son élégance même réside dans son impersonnalité », déclare Simmel. Car « Ce qui est réellement élégant évite de désigner ce qui est spécifiquement individuel ; il s’agit d’une sphère plus générale, stylisée, presque abstraite entourant l’homme. » (ibid)

L’effet du bijou n’est pas uniquement fonction de son impersonnalité, mais dérive de la façon dont il « irradie » :

« En vertu de son éclat, son porteur devient le centre d’un cercle de radiation qui capte toute personne à proximité, tout œil qui voit. (…) Les rayons de cette sphère marquent la distance créée par le bijou entre les hommes – “J’ai quelque chose que vous n’avez pas.” Mais d’un autre côté, ces rayons ne laissent pas seulement l’autre participer ; ils brillent vers lui ; en fait, ils n’existent que pour lui. En vertu de leurs matériaux, les bijoux signifient dans un seul et même acte un accroissement de la distance et une faveur. » (ibid)

On pourrait supposer que le parfum est diamétralement oppose au bijou puisqu’il est justement cette parure dont la jouissance peut se passer de miroir, qu’il s’agisse d’une glace ou du regard de l’autre. Contrairement au bijou, sa forme s’altère selon la personne qui le porte ; son choix est intensément personnel, fondé sur la culture, les goûts et les souvenirs de chacun… Pourtant, Simmel le situe dans la même classe que le bijou dans son échelle des parures :

« Il ajoute à la personnalité quelque chose de tout à fait impersonnel, quelque chose venant de l'extérieur mais s'incorporant si bien à elle qu'il paraît s'en dégager. Il agrandit la sphère de la personne en produisant une impression semblable aux feux du diamant ou aux reflets de l'or. Celui qui est proche plonge dans cette atmosphère; il est en quelque sort pris dans la sphère de la personnalité. Comme les vêtements le parfum recouvre la personnalité tout en la soulignant. C'est en cela qu'il constitue une manifestation typique de la stylistique, une dissolution de la personnalité dans des caractères généraux qui cependant en expriment les charmes d'une façon beaucoup plus pénétrante que ne le pourrait faire sa réalité immédiate. Le parfum recouvre l'atmosphère personnelle, la remplace par une atmosphère objective tout en attirant l'attention sur elle. On suppose que le parfum créé par cette atmosphère fictive sera agréable à chacun, que c'est une valeur sociale comme les bijoux, la parure. Il faut qu'il plaise indépendamment de la personne, qu'il réjouisse subjectivement l'entourage de celle-ci, tout en rehaussant cependant du même coup sa valeur comme personnalité. »
Georg Simmel, Essai sur la Sociologie des Sens, Paris, PUF.

Ces observations sociologiques sur la parure, il y a fort à parier que Coco Chanel a dû les saisir d’instinct, elle qui a eu le génie de bouleverser tous les codes de l’élégance au 20ème siècle (les théories de Simmel sont d’ailleurs exploitées par Patrick Mauriès dans Les bijoux de Chanel (Éditions de La Martinière, 2012).

Avec son N°5, Chanel a en effet réalisé le programme du parfum en tant que parure « rayonnante » et « impersonnelle » -- la « sphère stylisée, presque abstraite » où Simmel décelait la véritale élégance. Ce parfum, elle et ses successeurs ont su le transformer en valeur aussi absolue que l’étalon-or. Le N°5 n’est pas un parfum : c’est le parfum en soi. Témoin, encore récemment, l’affolement autour d’un article de l’agence Reuter, « L’Europe veut interdire Chanel N°5 ». Bien évidemment, il n’est pas le seul parfum menacé par le projet de réglementation, mais la portée symbolique de son nom est telle que rien n’aurait pu alerter le public plus efficacement.

À l’inverse, la première collection de joaillerie de Chanel en 1932 s’est avérée presque aussi éphémère que le sillage d’un parfum, comme nous le verrons dans le prochain billet. 

Rendez-vous jeudi pour découvrir le nouvel Exclusif, 1932 : à cette occasion, je ferai tirer au sort un échantillon.

Illustration: photo de Robert Bresson tirée du catalogue de l’exposition « Bijoux de diamants créés par Chanel » (1932), courtesy Chanel.

vendredi 25 janvier 2013

My Top Ten Winter Fragrances 2013: Exploring the Milky Way



Though perfume lovers are apt to have a wider scope of tastes than civilians, most of us feel more affinities with certain areas of the scent-map. The spot where the majority of our favorite fragrances overlap. It’s not necessarily an olfactive family. In my case, I’d say it’s the point where a few of them intersect or skirt each other.

White florals, fruity chypres and an offshoot of the latter I’d call fruity woods have one point in common: lactones. They’re present in tuberose, gardenia and jasmine (but not orange blossom); they provide part of the pit-fruit (peach, plum, apricot) accords; certain musks, like the ones in angelica, are also lactones. As their name indicates, lactones have a creamy aspect – to find out why they love skin, click on the link to my Elle.com article. And that’s where they skirt the areas where other notes hang out. For instance benzoin, which has a fluffy powdery milky tinge, or Mysore sandalwood, which is creamy and smoky with floral rosy facets.

However they are treated, lactones and milky-creamy notes swing between the carnal and the cuddly. That’s the zone I find myself gravitating to year-round, but here are my more winter-friendly picks for the season…

Mon Parfum Chéri par Camille made my top ten of 2011 list and it’s still going strong in the rotation. It’s also one of the very few Goutals I’ve seen eliciting such love-hate reactions. As a descendent of Femme gone full-on Boho, it wraps the lactonic plum-and-peach heart of a Prunol-type base in violets and rose under a huge whiff of earthy patchouli. To me, Isabelle Doyen and Camille Goutal have achieved a perfect combination of vintage glamour, contemporary gutsiness and tender warmth.

In the City of Sin, by Calice Becker for By Kilian’s new white collection, is to my nose another contemporary quote of the fruity chypre family, channeling Femme by way of Féminité du Bois but shifting the latter’s form – lactonic fruit, spices and woods – towards a neighboring area of the scent-map. Here, peach turns into apricot, with the greenness of the skin conjured by cardamom, and the jammier, almost boozy flesh bolstered by rose. The sweetness is kept in check by the woodier fond, but I’ll definitely be experimented with cardamom and rose-water come apricot season.

Good Girl Gone Bad, also in Kilian’s white collection, was a project initiated by Jacques Cavallier who Kilian Hennessy had worked with on Armani Mania back when he was at L’Oréal. When Cavallier was hired by Louis Vuitton, Alberto Morillas took over. My overwhelming impression of GGGB is of a big, squishy floral ball – an abstract impression of flowers that could read as either a hardcore version of J’Adore or the nocturnal face of Jour d’Hermès. The “gone bad” bit is a seductively “off”, fruit-turning-into-liqueur note provided by osmanthus, rose and davana, picking up the creaminess of jasmine and tuberose.  I’m finding myself increasingly drawn to these non-figurative floral notes: it’s really what mainstream could and should be.

Vol de Nuit Évasion, the duty-free only eau de toilette version of Guet-Apens/Attrape-cœur, has long been discontinued. I’m hoarding two bottles of it (along with one each of the other versions). To me, Mathilde Laurent’s touched-with-peach, smooth-as-caramel tribute to De Laire’s famed Ambre 83 (a labdanum and vanilla base) is still the quintessential contemporary Guerlain, though I guess it now qualifies as vintage since it was made in 1999.

Felanilla popped up in my memory when I retrieved Vol de Nuit Évasion from my archives, and in fact I see I’d name-checked Attrape-Coeur in my review. Launches come at such a fast and furious pace it’s easy to forget a 2008 fragrance, but Pierre Guillaume’s compelling weirdo for Parfumerie Générale blends the wintery metallic coolness of saffron and iris with a warm, balsamic base that stills feel very forward-thinking after five years’ perspective.

Candy by Daniela Andrier for Prada is another one that’s holding up from my best-of-2011: I spray it with abandon on colder days. The caramel crust gives way quite quickly to the creamy vanilla and benzoin heart: it’s like eating bonbons in heaven.

Santal Majuscule, Serge Luten’s third take on a note introduced with Féminité du Bois, follows another path in the Milky Way. This time the creaminess is achieved by the eponymous sandalwood. I detect a hint of peach – part of Lutens’s signature lactonic fruit palette – made jammier by a honeyed rose that picks up sandalwood’s floral facets. Understated for the house, and again, a lovely balance of carnal and cuddly.

L’Arbre is the first new composition Olivia Giacobetti produces for Iunx since her house was stricken from Shiseido’s portfolio and re-emerged as an ultra-exclusive line sold solely in the boutique of the Hotel Costes in Paris. It is said to contain real Indian Mysore sandalwood, either from older stock or from a new, sustainable source like the one tapped in another launch by a prestigious niche brand (hush-hush: I’ve been sworn to secrecy until February 15th). A very different take from the Lutens, done in Giacobetti’s unique ethereal style, this is sandalwood vapor.

Santal Massoïa, the latest Hermessence, tugs the smoky milkiness of sandalwood into a dulce de leche effect, toppling it straight into the lactone zone, since massoïa wood does actually contain a lactone. Jean-Claude Ellena being Jean-Claude Ellena, this doesn’t translate into heavy-hitting sandalwood jam but rather into a delicate tea and fig-tinged Platonician idea of sandalwood. As other reviewers have remarked, its lasting power isn’t stellar, a critique Ellena addresses by stating that once he’s achieved the scent he envisioned, he’s not willing to deform it by adding ingredients with more skin-welding power.

L’Amandière, part of the “Extrait” trio presented by James Heeley last spring, strays a bit out of my chosen theme. But its charming green-tinged almond-blossom accord provides the indispensible “spring is just around the corner” scent one needs in the dead of winter, while retaining enough heft and warm balsamic effects to stave off the chill.

I’m not including 1932, the latest Chanel Exclusive in this list since it will only be out on February 1st, but it’s immediately become a personal favorite among the upcoming launches. I’ll be giving it my full attention next week, along with a sample draw, so be sure to pop in on Thursday 31st

For more seasonal round-ups, check out the usual suspects: Bois de Jasmin, Now Smell This, The Perfume Posse and Perfume-Smellin' Things.

Illustration: Pygmalion and Galatea (Marlene Dietrich) by Cecil Beaton, a choice motivated by etymology since "Galatea" means "whose skin is white as milk".