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samedi 9 août 2008

Du Soleil à la Lune: les bougies parfumées Cire Trudon


Ce sont toujours les étrangers qui vous font découvrir de nouveaux coins à Paris. Quand mon amie B. m’a envoyé un email de Londres pour me demander les prix des bougies parfumées de Cire Trudon, je me suis précipitée sur leur site, puis, de là, à leur boutique de Saint-Germain-des-Prés, passablement intriguée par le mariage improbable d’une histoire prestigieuse et d’un directeur artistique férocement branché.


Cire Trudon, fondé au milieu du 17ème siècle, est en effet le plus ancien fabricant de bougies en France. Ses cierges ont éclairé – et éclairent toujours – les églises du pays tout entier, dont celle de Saint Roch à Paris, où sont traditionnellement organisées les obsèques d’acteurs et d’artistes (dont récemment celles du regretté Yves Saint Laurent). Aujourd’hui, la société fabrique des bougies parfumées pour des marques de luxe comme Guerlain, Cartier, Dior ou Hermès ; elle fournit le Ritz (au parfum Fleur d’Oranger) ; ce sont ses chandelles qui illuminaient les décors du Marie-Antoinette de Sofia Coppola.


À cette impressionnante tradition, la famille Blondeau, à qui Trudon appartient depuis 1989, a ajouté un plus-produit en la personne de Ramdane Touhami, désormais copropriétaire de la maison.


Ce D.J./entrepreneur/créateur de mode aligne depuis 1992, date du lancement de sa première marque alors qu’il était encore au lycée, une liste impressionnante et éclectique de réalisations : en 1998, il ouvre le concept-store L’Épicerie, pendant plus trash et jeune de Colette ; sa Parfumerie Générale a été le premier (et reste le seul) magasin multimarques de cosmétiques de niche à Paris ; sa boutique Bureau Politique diffusait sa propre marque de prêt-à-porter masculin, Résistance RT ; il a ouvert une chaîne de boutiques de luxe au Japon.


Lorsqu’on entre dans la boutique Cire Trudon sur la rue de Seine, on a pourtant peine à croire que son style bobo-18ème a été conçu par le trublion Touhami. De même, la ligne de 10 bougies parfumées qu’il a lancée semble sagement se cantonner aux références historiques de la maison, du Roi Soleil à Napoléon.


Chaque bougie est placée sous une cloche de verre ; c’est l’air qu’elle contient qu’on inspire. Les senteurs sont aromatiques et d’une composition assez complexe, où prédominent les agrumes et la menthe. Manon est une jolie lavande qui doit sûrement contenir des aldéhydes : elle émet leur parfum caractéristique de fer chaud sur linge propre. Odalisque mélange les hespéridés à la fleur d’oranger et la vanille ; Trianon rappelle le Vent Vert de Balmain avec ses accords de galbanum, de jacinthe et de rose sur lit de musc.


Puis l’on saute à pieds joints des salons, couvents et jardins de la France aristocratique pour atterrir au début du 20ème siècle, en plein Dada, mélange de thé, vétiver, menthe et eucalyptus censé ouvrir nos « champs magnétiques » (et peu importe que les champs en question aient relevé du surréalisme plutôt que de l’école lancée par Tristan Tzara).

C’est quand on se met le nez dans la cloche d’Odeur de Lune qu’on comprend que, justement, quelque chose cloche… Est-on tombé, via un trou noir, dans la boutique de Comme des Garçons ? Ce qu’on sent est-il minéral, végétal, animal ? Ce n’est pas que ça pue, mais on se demande si on a bien envie de sentir ça dans sa maison…


La bougie Odeur de Lune a été conçue par l’artiste Philippe Parreno (qui a signé le décor de l’un des cafés parisiens de l’empire Costes, et co-réalisé avec Douglas Gordon un film sur Zinedine Zidane) : elle est censée s’inspirer de rapports de la NASA.

Et alors, la lune, ça sent quoi ? Apparemment, le métal chauffé, le soufre, le kérosène, le salpêtre et le charbon, sur une base de bois brûlé. Cette fragrance conceptuelle et déconcertante est sans doute la première d’une série : un autre artiste, Carsten Höller (qui a conçu une salle d’essayage pour le corner Dior Homme de la boutique de Tokyo à l’époque où Hedi Slimane était directeur artistique de la marque), est censé travailler actuellement sur une bougie basée sur les phéromones.


Mise à part cette ligne assez onéreuse (€50) dont les senteurs ont été développées par le décidément très doué M. Touhami, Cire Trudon propose une gamme plus classique (€22,50 pour les grandes tailles, €7 pour les petites) de 32 bougies parfumées qui comprend notamment plusieurs senteurs gourmandes (Caramel, Chocolat, Viennoiseries, Thé Noir, Cannelle), une adorable et désuète Violette et deux odeurs très Caron, Fleur de Coton (qui rappelle la célèbre poudre) et Tabac Blond. Les bougies de grande taille durent de 40 à50 heures ; les petites, de 20 à 25 heures. Notez qu’aucune abeille n’a été exploitée pour leur production : Cire Trudon utilise un mélange secret de cires purement végétales.


La marque est également vendue chez L’Éclaireur, mais ce serait dommage de se priver du décor charmant et de l’accueil, qui ne l’est pas moins, de la boutique de Saint-Germain…


Image: Kirsten Dunst dans le Marie-Antoinette de Sofia Coppola.

11 commentaires:

  1. Quelle coïncidence ! Alors que j'annonçais hier à un ami la disparition de Bois ciré chez Diptyque, il me parlait de Cire Trudon.
    De quoi déjouer les stratégies financières des fonds de placement ?

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  2. Thierry, espérons que cette belle affaire de famille (pour autant que je sache)le restera... Curieux, comme les trucs apparaissent sur plusieurs radars en même temps! Comme quoi, Ramdane Touhami est bel et bien créateur de buzz...

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  3. Quelle coïncidence, je reviens de Bordeaux où la charmante dame qui tient la non moins charmante parfumerie Asmara m'a fait l'éloge des bougies Cire Trudon.
    Thierry, je suis au désespoir de l'arrêt de Bois Ciré, une de mes favorites chez Diptyque.

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  4. Moi aussi, Lamarr, je pleure Bois Ciré... Mais c'est marrant, tout d'un coup, que Cire Trudon apparaisse sur le radar. J'y vais demain, et j'ai fait mon choix: Trianon et Dada!

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  5. Hi hi, je lorgne également sur Trianon. Mais n'étant pas parisienne cette semaine, je devrai patienter jusqu'à la semaine prochaine et mon retour sur la Capitale.

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  6. Une amie m'a aussi fait le plus grand éloge de Manon, lavande aldéhydée qui serait le complément parfait de L'Eau Blanche d'IUNX, je crois.

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  7. Lors de mon passage à la boutique, où j'ai craqué pour Empire et Carmélite, le vendeur m'a dit que 5 nouvelles bougies seraient en vente dès novembre, ainsi que de sublimes coffrets. Vivement Noël !

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  8. J'ai moi-même craqué pour Trianon et offert Dada à des amis artistes... Ce sont de bonnes nouvelles, tout ça!

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  9. Je me suis offert Abdel Kader pour Noël, menthe fraîche, gingembre et girofle, une merveille !

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  10. Jeanne, je suis maintenant tentée par Spiritus Sancti, aldéhydes, encens, muguet, labdanum, benjoin...

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  11. oui, j'ai beaucoup aimé celle-ci également, avec Trianon. Ce sera peut-être la prochaine... vu l'usage intensif que je fais de mon Abdel Kader, ce sera sûrement pour bientôt ! Ceci dit, je suis agréablement surprise de la diffusion pour un accord qui n'est pas à priori très puissant (menthe et épices), même éteinte, elle parfume la pièce !

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