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vendredi 19 juin 2009

Les Voyages Olfactifs de Guerlain: Paris-Moscou, Paris-New York, Paris-Tokyo


Le carnet de voyage olfactif serait-il devenu un passage obligé en parfumerie ? L’Artisan Parfumeur et Hermès travaillent déjà le genre depuis un moment ; « Nous-avons-cherché-les-essences-les-plus-rares-dans-les-contrées-les-plus-lointaines » est un cliché pour communiqué de presse ; Bond N°9 a déjà fait une OPA sur le marché « une ville, des quartiers ». Le voyage immobile odorant est, en effet, une façon de briser l’équation parfum = femme (ou homme). Donc, pourquoi pas ? Et chez Guerlain, en tous cas, on n’oublie jamais d’ancrer ces instantanés urbains à la chair qu’ils sont censés orner : le parfum d’ambiance reste toujours un parfum de peau.

N’étant jamais allée à Moscou, j’ignore quel sillage dégagent les élégantes moscovites, mais pour moi, Paris-Moscou évoque Carrie Bradshaw en train de siroter un Cosmopolitan dans un bar des abords de la Place Rouge, parfumée au Sarah Jessica Parker Lovely, si elle avait épousé le personnage de Barychnikov lors de la dernière saison de Sex and the City. Le parfum, signé Randa Hammami, est une nouvelle déclinaison du style girly-Guerlain : cette fois, l’airelle tient le rôle du fruit rouge, paré d’une note floral anisée et nimbé d’un musc boisée, dans une base maison de fève tonka et de vanille. La texture est cependant beaucoup plus légère que celle de La Petite Robe Noire, et nettement moins sucrée que celles des Élixirs charnels. Très joli, et sans doute nettement moins redoutable que les belles du Moscou d’aujourd’hui.

Paris-New York rappelle assez irrésistiblement l’Aqua Allegoria Winter Délices de Jean-Paul Guerlain, et pour cause : ils ont le même auteur. Ce parfum s’inspire de l’ambiance de New York à la veille de Noël : avec son poivre rose et sa cardamome saupoudrés sur une base de cèdre -- et de vanille, naturellement – c’est le plus manifestement masculin du trio. De nouveau, la texture est allégé, doucement scintillante, immatérielle : un tourbillon de cristaux de givre plutôt qu’un Guerlain bien en chair.

Paris-Tokyo s’ouvre sur des notes de citron et de gingembre confit tourbillonnant dans un thé vert tellement réaliste que l’on sent littéralement le tannin crisser sur la langue; de minuscules fleurs de jasmins se déploient paresseusement dans la tasse brûlante… C’est sucré, mais comme l’est un nectar de fleur plutôt qu’une mâchée de barbe-à-papa. Qui eut cru que la grande Annick Menardo pouvait compose sur un mode aussi serein et délicat ? Mais malgré sa musique en mode mineur, Paris-Tokyo laisse une empreinte olfactive très nette, sans doute à cause de ses effets tactiles. C’est mon préféré des trois : avec des accords acidulés-sucrés et son chaud-froid de gingembre, ce serait un délicieux parfum de canicule – si l’été finissait par arriver.

Image par Tartx sur Flickr



4 commentaires:

  1. Le vrai voyage olfactif chez Guerlain c'est Mitsouko (enfin le vrai, l'ancien, aussi exotique que mysterieux.
    Daltroff de Caron avait deja lance un London-Paris en 1905, il a fallut attendre 2009 chez Guerlain pour que Delacourte en reprenne le concept...(roll-eyes/roll-eyes)LOL

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  2. Si j'avais, quand un concept est aussi ancien en parfumerie, on ne peut pas parler de retard mais de famille de parfums qui prennent diverses formes au gré des décennies. Je suis d'accord cependant que le vrai Mitsouko m'emmène beaucoup plus loin... Mais il n'y a plus de Jacques Guerlain, dans aucune maison, et maintenant on ne voyage plus à bord du France, mais d'Easy-jet...

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  3. carmencanada, sans nul doute, c'est seulement que je suis demoralisee par la direction artistique chez Guerlain.

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  4. Ben... il faut donc chercher ses plaisirs ailleurs (encore 15 jours avant de pouvoir sentir Des Filles en Aiguilles!).

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