More to Read - Encore des lectures

vendredi 28 septembre 2012

"Parfums Flambeurs, des jus qui en jettent" dans Citizen K N°64, en kiosque le 27/09


Pour son numéro de rentrée, Citizen K s'interroge:

"To bling or not to bling?"

Vous trouverez donc un article de moi sur les jus qui en jettent en pages 148 à 152, avec quelques considération sur 1 Million et sa compagne Lady Million, La Vie est belle, Manifesto, Dolce & Gabbana et tutti quanti puisqu'on m'encourage à être irrévérencieuse, mais aussi, puisque j'ai le droit de parler des marques plus pointues, sur Bombay Bling de Neela Vermeire Créations, Daphne de Comme des Garçons, Péché Cardinal des Parfums MDCI.

En kiosque depuis le 27 septembre pour la plus que modique somme d'un euro.

jeudi 27 septembre 2012

Serge Lutens Une Voix noire: White Flower, Black Voice (and a sample draw)



Every morning, Serge Lutens writes for a few hours. The story he wrote about Billie Holiday, his staff say, wasn’t initially intended to inspire a perfume. In fact, they add, it’s the first time he writes the story he will give out with a perfume before the perfume exists. It is also the first time he claims inspiration from a muse.

Billie, the short story given out at the press launch, doesn’t speak of perfume directly, though all the elements for a perfume are there in the story. Tobacco. Rum. Face powder. Gardenia. But it addresses its magical, transformative powers indirectly:

“Essentially, to objects not worn by those they were originally intended for, I bestow the power of transference or, perhaps, of metamorphosis. You are possessed.”

If Serge Lutens conjured the princess he became as a schoolchild studying the Middle-ages for Santal Majuscule, here it is Lady Day who possesses him:

 “If I speak to you of Billie, it is certainly a roundabout way of speaking about myself. The “I” is hard for me. Don’t get me wrong, I am not with, but within Billie. [Translator's note: the French preposition "en" could also mean "in" as in "in disguise.]
As soon as her voice rose against a velvet drama, my heels rose. The cloth of a straight serge skirt hobbled my steps. The same suit squared my shoulders. With neither Job rolling paper nor tobacco, I held my cigarette high. As long as My man lasted, I became Billie or a chic client crossing through her song.”
Lutens, who started out as a visual artist, has been sliding from scent to words, and in this gradual morphing into a writer, his writing has become inseparable from his fragrances. The former will soon be made available to the public on the brand’s new website: a strange medium of publication for an author, but why not? Some of the more interesting experiments in fragrance today go beyond the purely olfactory into a cross-disciplinary approach: in this case, the fragrance-story diptych (triptych, if you include the compilation of Billie Holiday songs included in the press kit) is what Serge Lutens emits.

Is it somehow “cheating” to overlay Une Voix noire – the juice – with the beauty and pathos of Billie Holiday’s voice, of her legend? To enlist her ghost as Serge Lutens’s first avowed perfume muse? Is this substantially different from digitally conjuring Marilyn Monroe to tout Dior’s J’Adore in an ad campaign?

I’m sure the very idea of cheating would delight Serge Lutens. But if we are to believe his story – why not? It’s a good story – this goes further than just plucking the flower off the singer, since Lutens, in a Tiresias-like experience, claims to have been possessed by Billie Holiday each time he heard her sing… Billie is the story of how the flower found its way into her hair, singed of by a curling iron. Let’s not forget Lutens started out as a hairstylist – “Curling irons are not only able to play tricks on us, but also to make fun of those who are their victims.”

A gardenia bush watered with rum grows on his “Tombeau pour Billie Holiday”, narcotic and mushroom-tinged as gardenias are wont to be – this effects persists throughout the development – though not as decadently ripe as Tom Ford’s defunct Velvet Gardenia. In keeping with the story’s retro vibe, there is something of Fracas in Une Voix Noire (both scents, after all, are named after sounds), though the “black voice” sings its torch song a couple of octaves lower than Fracas’ hot pink coloratura, pulled down by a balsamic haze of rum and blond tobacco. But the power, the volume, the headiness are in the Fracas spectrum… I’ve always thought that if tuberose was a corruptress, gardenia was a corrupted flower, but Une Voix Noire almost makes Tubéreuse criminelle feel like a debutante, past the latter’s initial weirdness.

With Fracas, apart from the obvious white flowers, Une Voix Noire shares its strong muskiness and a sweet fruitiness that expresses itself in top notes that are almost strawberry-flavored, along with that characteristic “grape Kool-Aid” effect white florals naturally give off. A touch of burning rum darkens the sweetness out (an effect found in Olivia Giacobetti’s Vamp à NY for Honoré des Prés). On the scent-map, Une Voix Noire would also be in the same neighborhood as Calice Becker’s Sweet Redemption for By Kilian.

Those expecting a realistic gardenia soliflore will not find it in Lady Day’s dressing room: it’s just part of the story… Is the scent made better by that story? Like photographs, recorded voices – Edison initially conceived the phonograph to preserve the voices of loved ones – or flowers growing in the Garden of Good and Evil, perfumes may resurrect the dead. 
But make no mistake: it is Serge Lutens who speaks through this "voix noire" -- not the voice of a Black woman, but the voice of black. The color of his mother's dress.
Since I received a full bell jar at the launch, I’m willing to share. Just drop a comment and I’ll draw decant.

Added October 2nd: The draw is now over. Thank you for your interest!

Serge Lutens: Fleur Blanche, Voix Noire (et tirage au sort)



Tous les matins, Serge Lutens écrit pendant quelques heures. La nouvelle que lui a inspirée Billie Holiday, d’après ses collaborateurs, n’était pas à l’origine censée devenir un parfum. D’ailleurs, nous précise-t-on, c’est la première fois que l’un de ses textes complétés préexiste au parfum qu’il accompagne. La première fois aussi qu’il cite nommément une muse.

Billie, le récit offert aux journalistes lors du lancement, ne parle pas directement de parfum, bien qu’il s’y trouve tout ce qu’il faut pour en composer un. Tabac. Rhum. Poudre. Gardénia. Mais il évoque indirectement son pouvoir de métamorphose.

« Essentiellement, aux objets qui ne sont pas sur qui, originellement, ils eussent dû se trouver, j’accorde le pouvoir de transfert et à terme, peut-être, de métamorphose. Vous êtes possédé. Une couleur, un geste, une coiffure marquent l’affiliation. Je connais cela. Par eux, au plus haut ou en terre, vous êtes porté. Vous ne vous appartenez plus. »

Si pour Santal Majuscule, Serge Lutens évoquait la princesse qu’il devenait, écolier, en étudiant le Moyen-âge, ici c’est le spectre de Lady Day qui le pénètre comme un parfum :

« Si je vous parle de Billie, c’est sûrement un moyen détourné de le faire de moi-même. Le « je » m’est difficile. Ne vous trompez pas, je ne suis pas avec, mais en Billie.
Dès que sur un drame de velours, montait sa voix, mes talons se haussaient. Le drap de serge d’une jupe droite entravait ma démarche. Un même tailleur mettait mes épaules au carré. Sans papier Job et pas plus de tabac, je tenais haut ma cigarette. Le temps d’un My Man, je devenais Billie ou une cliente chic traversant son chant. »

Lutens, qui a débuté dans le visuel, n’a cessé de glisser des odeurs aux mots, et dans cette métamorphose qui le fait tendre vers l’écrivain, ses textes sont devenus indissociables de ses parfums. Ils seront d’ailleurs bientôt consultables sur le site de la marque, en cours de refonte – qu’une maison de parfum se fasse, en quelque sorte, maison d’édition (voire moyen d’auto-publication)… pourquoi pas ? Certaines des expériences les plus intéressantes en ce moment dans le parfum relèvent de dispositifs pluridisciplinaires plutôt que de l’odeur pure. Dans le cas présent, le diptyque parfum/nouvelle (qui esquisse un triptyque puisqu’une compilation de chansons de Billie Holiday était offerte aux journalistes) est ce que Serge Lutens émet.

Est-ce « tricher » que de charger Une Voix noire (le parfum) de la beauté et du pathos de la voix de Billie Holiday, de sa légende ? D’enrôler son fantôme en muse lutensienne ? En quoi cela diffère-t-il, au fond, de la résurrection numérique de Marilyn Monroe par Dior pour les spots J’Adore ?

J’aime croire que l’idée de tricher ravirait Serge Lutens. Mais si on l’en croit son histoire – et pourquoi pas ? Se non è vero, è bello –, lors de cette séance de spiritisme, ce n’est pas que la fleur qui a été arrachée à la chanteuse puisque Lutens-Tirésias dit avoir été possédé par Billie Holiday en l’entendant chanter… Billie est d’ailleurs l’histoire (réinventée) de la façon dont ce fameux gardénia est apparu dans ces cheveux brûlés par un fer à friser. N’oublions pas que Lutens a débuté comme coiffeur – 

« peut-être vous étonnerez-vous qu’un outil de coiffeur ose sourire, mais de la même façon que les oiseaux à longs becs et particulièrement les pélicans se moquent de nous, les fers à friser sont non seulement doués pour nous jouer des tours, mais aussi pour s’amuser de ceux qui en sont victimes. »
Un buisson de gardénia arrosé de rhum pousse sur ce « Tombeau pour Billie Holiday », narcotique, teinté d’un relent de chanterelle (l’effet persiste longtemps dans le développement), mais pas aussi décadent que dans le défunt Velvet Gardenia de Tom Ford.  En écho à l’ambiance rétro du récit, c’est un peu à Fracas qu’on songe en sentant Une Voix Noire (les deux parfums, après tout, portent des noms sonores), bien que cette voix noire chante sa romance deux octaves en dessous des trilles de colorature de Fracas, tirée vers le grave par un brouillard baumé de rhum et de tabac blond. Mais la puissance, le volume, le capiteux relèvent du spectre de Fracas. J’ai toujours cru que si la tubéreuse était une corruptrice, le gardénia était une fleur corrompue, mais Une Voix noire donnerait presque à Tubéreuse criminelle des airs de débutante, lorsqu’on dépasse l’étrangeté initiale de cette dernière…

Avec Fracas, mise à part l’évidence des fleurs blanches, Une Voix noire partage le musc et un fruité-sucré qui s’exprime dans les notes de tête par un effet presque bubble-gum à la fraise, intensifié par le côté « arôme au raisin » caractéristique des fleurs blanches. Le rhum assombrit cette douceur (un effet que l’on retrouve par ailleurs dans le Vamp à NY d’Olivia Giacobetti pour Honoré des Prés). Sur la carte olfactive, Une Voix noire pourrait également voisiner avec le Sweet Redemption de Calice Becker pour By Kilian.

Il ne faut pas s’attendre à tomber sur un soliflore gardénia photo-réaliste dans la loge de Lady Day. Ce n’est qu’une partie de l’histoire. Quant à savoir si l’histoire nous induit à trouver le parfum meilleur… Disons que comme les photos, les voix enregistrées – Edison avait d’abord conçu le phonographe pour préserver le souvenir des chers défunts – ou les fleurs qui poussent dans le Jardin du Bien et du Mal, les parfums peuvent ressusciter les morts.
Est-ce le cas de la Voix noire empruntée par Serge Lutens? Qu'on ne s'y trompe pas plus qu'il ne nous ment: il s'agit ici d'un Lutens "en" Billie, comme on dirait "en travesti".

Puisque la maison Serge Lutens m’a fait cadeau d’un beau flacon, je peux en partager un échantillon avec vous. Laissez-moi un commentaire et je ferai un tirage un sort.

Pour en savoir plus sur Billie Holiday, sa biographie et sa place dans l'histoire du jazz, cet essai, "Voix sans issue", de l'anthropologue Jean Jamin (cliquez ici). C'est de là que j'ai tiré l'image de Billie Holiday à l'Olympia en 1958.

Ajouté le 2 octobre: Le tirage au sort est maintenant terminé.

lundi 24 septembre 2012

Chandler Burr's talk at the Institut Français de la Mode in Paris



How ironic was it that the four people discussing the artistic status of perfume at the Institut Français de la Mode in Paris were Belgian, Italian, American and Canadian?

“Le Parfum: tout un art” was the finale of a yearly series of beauty, fragrance and cultural events called “Les Rives de la Beauté”, organized by Wouter Wiels. Chandler Burr, on his way back from Florence where he was Pitti Fragranze’s guest of honor, dropped in before returning to New York to prepare his “Art of Scent” exhibition at the Museum of Arts and Design, opening in November.

Since August, I’d been invited to take part in the event though the program and my role kept shifting: first I was sounded out to interview Chandler and field questions from the audience. Then Chandler wasn’t sure he could make it so that we considered organizing a panel discussion. Then he confirmed, but stated he preferred being interviewed by someone not from the world of perfume, at which point the IFM suggested one of their teachers, Luca Marchetti, a dazzlingly knowledgeable and edgy specialist of the intersections between contemporary art and the luxury industry.

In the end, I was invited to step onstage for a debate after Chandler’s interview by Luca. It was an hour-long discussion with many interventions from the audience, with CB presenting a few fragrances by Jean-Claude Ellena as examples of “olfactory works of art”, since he’d just given a talk on JCE at Pitti. My role in the debate was to bring in another point of view (I also translated a bit for CB who hadn’t spoken French for a while, and supplied a few perfume history dates).



I don’t feel it’s altogether elegant to continue (and retro-engineer) the discussion in the absence of its other protagonists, so I've chosen not to write it up. Although I feel Chandler’s statements and positions are extremely blunt, I understand he may feel compelled to simplify matters in order to get through to cultural institutions, industry sponsors and the general public. His approach is not the only licit one, but it’s pioneering and I hope many such initiatives, offering different approaches, will follow.

For those who read French, please click on this link to read my colleague Béatrice Boisserie’s article on the event on her wonderful new blog Paroles d’Odeurs.

The Institut Français de la Mode will soon be posting a podcast (also in French) on its website.

Chandler Burr, invité de l'Institut Français de la Mode et des Rives de la Beauté



La salle Yves Saint Laurent de l’Institut Français de la Mode était bondée samedi dernier pour assister à la conférence de Chandler Burr, ex-critique de parfum du New York Times et actuel curateur du département d’art olfactif au Museum of Arts and Design de New York, qui inaugurera en novembre l'exposition "Art of Scent".

Cette rencontre-débat intitulée "Le Parfum: Tout un art", organisée par l’IFM et Wouter Wiels dans le cadre des Rives de la Beauté dont ce dernier est le créateur, était animée par le sémioticien Luca Marchetti, professeur à l’IFM et spécialiste des croisements entre le luxe et l’art contemporain. 

Comme j’avais également été invitée par Wouter Wiels à dialoguer avec Chandler Burr, je suis trop partie prenante pour rédiger un billet sur l’événement…

Je vous invite donc vivement à cliquer sur ce lien pour lire l’article de ma consœur du Monde, Béatrice Boisserie, « La Muse et le Commissaire », et à découvrir par la même occasion son nouveau blog Paroles d’Odeurs, lancé cet été et d’ores et déjà foisonnant d’idées.

L’IFM mettra prochainement en ligne un podcast, accessible en cliquant ici.